‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 4)Chapitre 18 sur 33 · CHAPITRE LXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXIII

Joan. îv, 43-54.

Après être resté deux jours sur le territoire de Sichem, pour confirmer les Samaritains dans la foi, le Seigneur Jésus s'en alla en Galilée, où il avait été élevé (Joan. iv, 43). Ceci signifie, que vers la fin des siècles, après avoir afîermi les Gentils dans la vérité, il retournera chez les Juifs pour les convertir. Le Sauveur vint de nouveau à Caria, où nous l'avons vu,

aux noces, changer l'eau en vin, sous les yeux de ses disciples. Or, il y avait un seigneur, dont le fils était malade à Caphamailm (Joan. iv, 46). Ce seigneur ayant appris que Jésus était arrivé dans le voisinage, alla le trouver, à Cana, et le pria de descendre à Capharnaiim, pour venir en personne guérir son fils, comme si le Sauveur n'eût pu opérer cette guérison sans être présent sur les lieux (Joan. iv, 47). D'après saint Théophile, ce seigneur avait commencé à croire, lorsqu'il avait vu changer l'eau en vin, mais il n'avait pas une connaissance parfaite de la divinité de Jésus. L'Evaugéliste donne à cet homme le titre de régalas, petit roi, nom qui peut s'entendre de plusieurs manières. Un petit roi peut être le chef souverain d'un petit État; mais ce n'est pas ici le sens du mot, parce qu'il n'y avait pas alors de roi en Judée; car les Romains, voulant briser l'orgueil des Juifs, avaient enlevé le titre de royaume à la Judée qu'ils avaient divisée en quatre tétrarchies, pour prévenir leur rébellion. Selon saint Ghrysostôme, on peut aussi entendre par petit roi, un homme issu d'une race royale ou appartenant à une maison régnante ; mais ce sens ne convient pas non plus au cas présent. Enfin, on peut entendre par petit roi un officier royal, comme dans la circonstance dont il s'agit ici ; car l'homme dont parle l'Évaugéliste avait été envoyé par l'Empereur pour gouverner la Galilée, et c'est pour cette raison qu'il résidait à Capharnaûm, comme dans la métropole du pays ; peut-être aussi il était membre de la famille d'Hérode le TéLrarque et jouissait d'une certaine dignité princière.

Instruit des merveilles que Jésus avait opérées, cet officier espérait obtenir la guérison de son fils ; mais sa foi était mêlée de quelque doute, parce qu'en réclamant la présence du Sauveur il la regardait comme nécessaire pour la gué-

rison qu'il demandait ; car il ne croyait pas à l'ubiquité de la puissance du Sauveur comme le centurion qui s'était écrié : Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit, mais il suffit que vous disiez une parole et mon serviteur sera guéri (Matth. vm, 8). Jésus, voyant que cet officier n'avait pas une parfaite confiance, lui reprocha sa foi tiède, en disant: Semblable aux incrédules, vous ne croyez pas, si vous ne voyez des signes, c'est-à-dire des miracles communs, ou des prodiges, c'est-à-dire des miracles extraordinaires. Ceux-ci sont appelés prodiges, parce qu'étant sans exemple, ils ne peuvent être montrés comme du doigt par la comparaison de choses semblables que l'on puisse voir ou entendre. Ces signes, ces miracles sont donnés aux infidèles pour confirmer une docirine, mais non pas aux fidèles qui admettent les preuves tirées de l'Écriture sainte. Jésus ne blâme pas ici l'officier de ce qu'il demande une guérison miraculeuse, mais de ce qu'il ne la demande pas avec une foi convenable. Néanmoins, comme l'officier renouvelle sa prière avec ferveur, en disant ''Joan. iv, 49) : Seigneur, descendez avant que mon fils meure, Jésus l'exauce ; et tout en restant au lieu même où il se trouvait, afin démontrer qu'il était comme Dieu présent partout, quoiqu'extérieurement absent il guérit, par sa seule parole, le fils de l'officier et augmenta ainsi la foi du père. Car, pour ôter à celui-ci la fausse pensée que sa présence corporelle étail nécessaire à la guérison désirée, Jésus refusa de se transporter lui-même auprès du malade, en disant à celui qui l'implorait: .1//'':, votre fils est plein de vie ; des portes de la mortoù il touchait, il est revenu à une santé parfaite,lui qui étaitsurle point d'expirer (Joan. iv, 50). Comme la foi est une condition nécessaire pour obtenir les bienfaits de Dieu, l'officier crul aux paroles de Jésus, et il s'en alla sans être accompagné du Sauveur, croyant bien que sa vertu de

guérir s'étendait partout. Il commençait alors à croire ce qu'il ne croyait pas auparavant, savoir que Jésus avait la puissance de guérir par sa parole, que par conséquent il était Dieu et comme tel présent partout.

C'est pour notre instruction que le Seigneur refusa d'aller vers le fils de l'orgueilleux officier, tandis qu'il daigna venir vers le serviteur de l'humble centurion. Pourquoi dit saint Grégoire (Hom. 28 in Evang.), Jésus ne consent-il pas, quoiqu'il en soit prié, à visiter le fils de l'officier ? et pourquoi promet-il au contraire de visiter le serviteur du centurion, sans y être invité? Pourquoi cela ? Sinon pour réprimer notre orgueil qui considère dans les hommes, non pas leur âme faite à l'image de Dieu, mais les honneurs et les richesses dont ils sont favorisés ; car nous apprécions les hommes, d'après les choses qui sont hors d'eux-mêmes et non point d'après les qualités qui sont en eux-mêmes ; nous les jugeons d'après de viles apparences et non point d'après des vertus réelles. Or, c'est précisément afin de nous montrer que les Saints doivent mépriser ce que les mondains estiment, et estimer ce que les mondains méprisent, que notre Rédempteur ne voulut pas aller auprès du fils de lofficier et s'achemina de lui-même auprès du serviteur du centurion. Ainsi, il condamna notre orgueil qui ne saitpoint apprécierles hommes en tant qu'hommes. » — Que ces sages réflexions de saint Grégoire nous apprennent donc à juger les hommes non point à leur éclat extérieur, mais à leur valeur intrinsèque, car beaucoup se négligent eux-mêmespour rechercher d'autre part avec empressement les louanges mondaines, a Ah ! s'écrie saint Chrysostôme (Hom. 23 ad. pop. Antioch.), que d'imitateurs trouve aujourd'hui Nabuchodonosor ! De même que ce monarque s'enorgueillissait de son image, de même beaucoup d'hommes se glorifient de leurs habits précieux, de leurs

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équipages, de leurs palais grandioses avec les colonnes qui les ornent et les peintures qui les décorent. Ayant perdu ce qui faisait leur juste mérite, ils s'empressent d'aller de tous côtés pour recueillir une gloire frivole qui est une véritable ironie. » Ainsi parle saint Chrysostôme.

L'officier crut donc à la parole de Jésus, mais non entièrement, non parfaitement, ainsi que le prouve ce qui suit (Joan. iv, 5L). En effet, comme il descendait de Cana à Capharnaûm, il rencontra ses serviteurs qui venaient tout joyeux lui annoncer que son fils se portait bien, et aussitôt il s'informa d'eux à quelle heure le malade s'était trouvé mieux (Joan. iv, 52) ; car, pour constater si le fait était vraiment miraculeux, il voulait savoir si cette guérison était arrivée par hasard à une heure quelconque, ou à une heure précise, d'après l'ordre du Christ. Et ils répondirent : La fièvre Ta quitté hier à la septième heure. Voyez comme le miracle est manifeste, dit saint Chrysostôme (Hom. 34 in Joan.): le malade n'est pas arraché simplement et par l'effet du hasard au danger qu'il courait ; non, mais il est guéri tout à coup, sur la demande de son père, pour qu'on n'attribue pas ce résultat à l'énergie de la nature, mais à la puissance du Sauveur. Voilà pourquoi l'Évangéliste ajoute (Joan. iv, 53.): Le père reconnut donc que c'était l'heure ipéme où Jésus, auteur de la guérison, lui avait dit : Votre fils est plein de rie ; et que son fils avait été rappelé à la santé au moment même où le Seigneur avait prononcé cette parole. Aussi, il crut avec toute sa famille, et c'était justement la fin pour laquelle cet éclatant miracle avait été opéré ; dès lors sa foi fut entière et parfaite.

Par cet exemple remarquable, saint Augustin (Tract. 16 in Joan.) et le Vénérable Bède nous montrent qu'on doit distinguer plusieurs degrés dans la foi comme dans les autres

vertus, savoir : le commencement, l'accroissement et la consommation. La foi de cet officier commença, lorsqu'il pria le Seigneur de descendre à Gapharnaûm pour guérir son fils ; mais alors sa foi n'était pas sans incertitude ; car s'il croyait que cette guérison pût être produite par la puissance du Sauveur, il ne croyait pas qu'elle pût l'être sans la présence de ce même Sauveur. Sa foi prit de l'accroissement, lorsqu'il accueillit avec confiance la parole de Jésus qui lui disait : Allez, votre fils est plein de vie. Sa foi atteignit la perfection, après que les serviteurs lui eurent annoncé le rétablissement de son fils ; car il crut alors complètement avec toute sa famille, de sorte qu'on put lui appliquer ainsi qu'aux siens les paroles adressées à Zachée : Aujourd'hui, cette maison a reçu le salut (Luc. xix, 9). Déjà donc l'officier était devenu un apôtre, puisqu'il avait entraîné tous les siens à embrasser la même foi que lui. — Gomme pour marquer les différents degrés de la foi en ce nouvel apôtre, l'Évangile le désigne d'abord par le titre de petit roi, regulus, quand sa foi commence ; puis par la qualité d'homme, lïomo, quand sa foi augmente ; enfin par le nom de père, pater, quand sa foi est parfaite. — Remarquons aussi que par trois fois différentes le même Évangile manifeste le rétablissement de la santé dans le fils (le cet officier. D'abord, le Seigneur le déclare en disant: Votre fils est vivant ; puis, les serviteurs l'attestent en annonçant .que ce fils était bien portant; enfin le père lui-même le constate en reconnaissant que son fils avait été guéri à la septième heure, c'està-dire à l'instant même où le Sauveur avait parlé. Cette triple manifestation de la vie pour le même enfant, nous montre qu'il y a aussi pour chaque homme trois sortes de vies opposées à trois sortes de morts, savoir : la vie de la nature opposée à la mort du corps, la vie de la grâce à la

mort du péché et la vie cle la gloire à la mort de l'enfer.

Dans le sens mystique, le fils de cet officier ou roitelet figure le genre humain, issu d'Adam, ce roi delà nature qui est devenu roitelet, en perdant sa charité par sa prévarication. Ce fils dévoré par l'ardeur de la fièvre représente l'humanité consumée par le feu de la concupiscence. Il fut guéri entre Gana qui signifie zèle et Capharnaùm qui signifie abondance, pour nous donner à entendre que l'homme livré aux plaisirs des sens a été sauvé par le zèle de la miséricorde divine. Les sept heures marquent les sept rayonnements du Soleil de justice, Jésus-Christ, cà savoir : la sanctification de notre nature, par son incarnation; la visite faite aux hommes, par sa nativité; la condamnation de la concupiscence, par sa circoncision; notre régénération, par son baptême; notre réformation, par son jeûne ; notre instruction, par ses enseignements et ses miracles ; enfin notre rédemption, par sa Passion, lorsque, le divin Soleil se couchant à la septième heure, nous fûmes guéris de notre infirmité. C'est ce qui était signifié dans le quatrième livre des Rois (v, 10), où il est dit : Allez voiis plonger sept fois dans le Jourdain; car le Jourdain qui signifie descente, figure le Sauveur descendant vers nous parles sept moyens susdits pour nous laver de nos péchés et nous rendre à la sauté de l'âme. — Ces sept heures peuvent signifier encore les sept parties de l'office divin par lesquelles nous honorons le Seigneur ; pendant la nuit, à matines, en nous rappelant son emprisonnement ; à prime, les outrages dont il fut accablé : à tierce, sa comparution devant les tribunaux; à sexte, sa condamnation, à none, sa mort ; à vêpres, sa sépulture ; à compiles, son tombeau gardé par di soldats. En passant par

-sept heures qui nous rappellent la Passion du Sauveur nous atteignons à la vie et au salut éternel. C'esl pourquoi

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le Psalmiste disait à Dieu : fai chanté vos louanges sept fois par jour, à cause des jugements de votre justice (Ps. cxvni, 164).

Dans le sens mystique encore, cet homme dont le fils était malade n'est pas appelé roi, mais plutôt roitelet, regulus; car il est dit dans le livre des Proverbes (xx, 8): Un roi qui est assis sur le trône de la justice dissipe tout mal par son regard. Celui donc qui veut se bien gouverner lui-même doit monter sur le trône de la justice pour discuter toutes ses œuvres, afin que, si quelque mal s'y glisse, il le dissipe par le regard de la discrétion ; et celui qui sait ainsi bien administrer son royaume mérite de porter le titre de roi. « Voulez-vous acquérir un grand honneur, dit Sénèque, je vous donne un empire, c'est celui de vousmême. » Si vous n'administrez pas bien ce royaume vous ne devez pas être appelé roi, mais roitelet (regulus). Ainsi tout pécheur peut être qualifié de roitelet, parce qu'il administre mal son royaume intérieur ; et, alors son propre fils est malade, quand son appétit sensitif s'oppose à la raison à laquelle il devrait obéir comme un fils à son père. Mais quand l'homme par sa raison implore avec foi le secours de Jésus-Christ, ce fils est guéri par la puissance du Seigneur qui remet l'appétit sensitif sous la domination de la raison. Celle-ci est donc alors comme un roi dans son royaume ; car elle gouverne tout le corps humain, dirige et modère la puissance affective de l'homme ainsi que toutes les autres facultés de son âme. Mais cette raison n'est plus qu'un roitelet, lorsque, perdant la sagesse, elle suit en aveugle les passions désordonnées sans leur résister ; c'est pourquoi son fils, c'est-à-dire son cœur, est malade et se détourne du bien pour se jeter dans le mal. Si, en effet, la raison restait toujours forte comme un roi, son fils ne serait pas malade ;

il ne tombe que parce qu'elle devient faible comme un roitelet. — Quels sont les serviteurs de la raison ? Ce sont les actes de l'homme, dont celui-ci est le maître ; ce sont aussi les mouvements de la sensibilité qui reçoivent l'ordre et la direction de l'intelligence. Or ces mêmes serviteurs annoncent que le fils de leur maître est vivant, lorsque les actes attestent la soumission de la partie inférieure à la partie supérieure de l'âme. — La septième heure à laquelle le fils est guéri de sa fièvre, indique les sept dons du Saint-Esprit qui enlève tout péché, rétablit la vie spirituelle et procure un salut complet et parfait à l'esprit et au corps. Ces sept heures peuvent aussi marquer les sept conditions à l'aide desquelles l'âme sort du péché par la pénitence, savoir : la contrition ; puis les trois qualités de la confession qui doit être vraie, simple et entière ; et enfin les trois œuvres de satisfaction, qui sont le jeûne, la prière et l'aumône. Ces sept heures sont figurées dans le IVe livre des Rois, où il est dit que l'enfant ressuscité par Elisée revint à la vie après avoir ouvert sept fois la bouche, parce que nous revenons des portes de la mort à la vie de la grâce au moyen des sept conditions de la pénitence.

Selon saint Théophile, l'officier ou petit roi c'est tout homme, non-seulement parce que tout homme est allié au Roi suprême de toutes choses en vertu de son âme faite à la ressemblance divine, mais aussi parce qu'il a une sorte de principauté sur toute la nature ; son fils, c'est-à-dire son âme a la fièvre des voluptés et des passions mauvaises. Mais il s'approche de Jésus et le prie de descendre, c'est-à-dire de s'abaisser miséricordieusement vers elle en lui pardonnant ses péchés, afin queses infirmités spirituelles ne lui causent pas la mort. Mais le Seigneur lui dit: F«, c'est-à-dire avance toujours dans le bien, et Ion fils vivra: si au cou-

traire tu cesses de marcher, ton âme finira par mourir en devenant incapable d'aucun bien. Telle est l'explication donnée par saint Théophile. — Chaque jour également un officier sollicite la guérison de son fils malade, lorsqu'un prélat supplie le Seigneur de délivrer quelqu'un de ses propres sujets, tourmenté par différentes tentations. Le malade recouvre la santé, quand le coupable souillé par le péché recouvre la justice avec la grâce divine. Prions donc le Seigneur de nous guérir de nos péchés, parce que nous ne pouvons revenir à l'état de justice, sans un secours surnaturel. Le nom du lieu où le fils de l'officier est malade, nous marque trois choses qui sont les causes des infirmités spirituelles. En effet, Capharnaûm signifie pays d'abondance, ville de consolation, et c'était aussi une cité de grand renom. Or, les causes de nos infirmités spirituelles se trouvent souvent dans l'abondance des biens temporels, dans la consolation des jouissances mondaines et dans la possession des grandeurs humaines ; car la prospérité est plus funeste à l'homme que l'adversité. C'est la pensée qu'exprime Boëce en ces termes : « A mon avis, la fortune nous est plus utile en réalité lorsqu'elle nous contrarie que quand elle nous favorise en apparence. Aussi dans son livre de la divine Providence, Sénèque disait : « Environnez-vous de salutaires conseils, lorsque la vie s'offre à vous avec ses prospérités ; le chemin du bonheur est si glissant, qu'il est difficile de s'y tenir ; ne vous y donnez pas libre carrière ; mais regardez bien de tous côtés pour savoir où vous pouvez aller, et où vous devrez vous arrêter. » — Le malade guéri par Jésus-Christ était fils d'un petit roi. Ceci nous fait comprendre que la noblesse de }à naissance est souvent une cause d'infirmités spirituelles, parce que souvent les nobles s'enflent d'orgueil, se livrent aux rapines, se plongent dans

la boue des vices et des plaisirs. Prenons donc garde que la prospérité temporelle ne nous fasse tomber dans l'infirmité spirituelle, parce qu'elle conduit plus facilement et plus fréquemment au péché. Aussi saint Ghrysostôme dit (Hom. 'iG ad popul. Antioch.) : « Si lorsque nous jouissons de la piospérité nous vivons clans le mal, nous devons nous en affliger d'autant plus ; car lorsque nous péchons, nous devons toujours éprouver de la crainte, mais surtout lorsque nous ne ressentons rien de fâcheux. En effet, quand Dieu s'empiesse de nous imposer quelque châtiment, c'est parce qu'il veut alléger notre peine ; et quand, au contraire, il paraît supporter nos fautes avec une plus grande patience, c'est qu'il se réserve d'en tirer une vengeance jjIus éclatante, si nous persévérons dans la mauvaise voie. » — Le fils de l'ofïicier est guéri par la vertu de la parole divine, à la septième heure, c'est-à-dire à cette heure où le soleil éloigné du midi arrive à l'occident. Ainsi, lorsqu'après avoir passé le midi de notre vie, nous penchons vers la tombe, il est temps surtout alors que la vertu de la parole divine guérisse notre âme delà fièvre, en nous convertissant au Seigneur. Remarquons que le péché est signifié justement par la fièvre, et que tout pécheur est un véritable fiévreux. Comme le fiévreux subit les alternatives delà chaleur et du froid avec frisson, de même le pécheur éprouve tantôt les ardeurs delà cupidité par l'amour désordonné des biens éphémères, c'est là la chaleur de l'âme ; et tantôt le tremblement de la crainte, c'est là le froid de l'àme. Selon saint Augustin (in Ps. 79), louslrs péchés produisent en l'homme un double effet, la crainte et la cupidité. La crainte nous fait fuir tout ce qui contrarie notre chair; la cupidité nous fait désirer tout ce qui la flatte. Et c'est à raison de ces deux choses que le pécheur endurera dans l'enfer une double

peine, selon cette parole de Job (xxiv, 19) : Il passera d'un froid glacial à une chaleur excessive. De plus, parmi les funestes effets de la fièvre, on remarque la dépravation du palais pour lequel les meilleurs mets paraissent amers ou insipides ; de même le pécheur a le goût si dépravé que toutes les choses spirituelles lui sont insupportables. Gomme le nom de fièvre vient du mot latin fervor qui signifie bouillonnement, ainsi toute passion déréglée est une fièvre spirituelle qui consume 1 ame'par une chaleur pernicieuse. Et comme il y a plusieurs variétés de fièvres, il y a aussi plusieurs espèces de péchés : 1° la fièvre éphémère qui dure seulement un jour, figure le moment de la passion désordonnée et particulièrement "de la colère subite, qui doit finir avant le coucher du soleil, selon cette parole de l'Apôtre (Eph. iv, 26) : Que le soleil ne se couche pas sur votre colère. 2° La fièvre tierce qui a un jour d'intermittence, figure l'état de ceux qui après avoir péché, en conçoivent du regret mais qui se bornent à la contrition c'est-à-dire à un jour de pénitence, et ne parviennent pas au second c'est-à-dire à la confession, parce qu'ils retombent aussitôt dans le péché. 3° La fièvre quarte du malade qui reste deux jours sans en avoir des accès, figure Fétat du pécheur qui passe par deux jours de pénitence, c'est-à-dire par la contrition et la confession, mais qui n'arrive point au troisième jour, c'està-dire à la satisfaction, faute d'observer les prescriptions du prêtre, en sorte qu'il succombe encore aux tentations du péché. 4° La fièvre quotidienne figure l'état de ceux qui ont l'habitude de commettre le mal, sans en avoir la contrition; tels sont, par exemple, les hommes qui chaque jour se livrent à la gourmandise ou au mensonge, et qui sont souvent dans les disputes ou les procès. 5° De fréquente qu'elle était la fièvre devient continuelle, lorsqu'elle ne laisse plus de

repos au malade. Tel est l'état des luxurieux, des envieux et des avares dont la conversion devient très-difficile à cause de leurs habitudes mauvaises. 6° La fièvre appelée phthisie, parce qu'elle provient d'une constitution vicieuse, s'enracine dans les membres de telle sorte qu'elle en détruit et consume les humeurs naturelles. Elle figure spécialement la tristesse mondaine qui dévore le corps et produit la mort ; de là cette sentence du livre des Proverbes (xvn, 22) : La tristesse du cœur dessèche les os, c'est à-dire ruine les vertus. 7° La fièvre aiguë figure l'état des personnes qui défendent leur iniquité invétérée, qui ne craignent plus et ne rougissent plus de suivre leurs coupables inclinations. Ici le danger est tellement grave que les médecins regardent la maladie comme incurable.

Ce fut là, dit l'Evangéliste, le second miracle que Jésus fit à Cana en Galilée (Joan. iv, 54) ; il y avait déjà changé l'eau en vin, et il y rendit ensuite la santé au fils d'un officier; car, bien que l'enfant recouvra la santé à Capharnaiim, Jésus néanmoins opéra ce miracle, de Cana même où il se trouvait présent, lorsqu'il guérit par sa parole le malade absent. Dans le sens mystique, la double visite de Jésus à Cana indique le double effet de la parole divine dans l'âme. Cette parole produit d'abord la joie, signifiée par le miracle du vin quiréjouitle cœur de l'homme; elle procure aussi le salut, signifié par la guôrison de l'infirme. Cette double visite figure encore le double avènement du Fils de Dieu au monde. Le premier fut la manifestation de sa douceur miséricordieuse pour nous réjouir, ainsi que dès sa naissance l'Ange l'annonça aux bergers pour tout le peuple, et c'est ce qu'indique le miracle du vin ; le second avènement de Jésus-Christ sera la manifestation de sa majesté toute puissante, lorsqu'il viendra détruire nos infirmités et nos mi-

sères, et nous rendre conformes à son corps glorieux, c'est ce que signifie la guérison du malade.

■ f Prière.

Seigneur Jésus, qui êtes descendu de la Judée en Galilée. c'est-à-dire du ciel où les Anges vous bénissent et vous adorent en ce monde où tout change et tout passe, me voici devant vous, faible que je suis, séduit par lé charme des choses terrestres, près de mourir, accablé sous le poids de dangereuses tentations. Ah ! ayez pitié de moi, afin que je ne périsse point de la mort spirituelle, temporelle ou éternelle, en perdant la vie de l'âme, celle du corps et celle de la gloire. Que votre parole souveraine et que mon humble confession, accompagnée du jeûne et de la prière, soutenue par de pieux exercices et de vertueux exemples, concourent à me délivrer de la fièvre de la concupiscence et de la maladie du péché, en sorte qu'avec le secours efficace de votre grâce je ne succombe à aucune passion déréglée. — Ainsi soit il.

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