GOÉKISON DE L'HÉMORROÏSSE ET RÉSURRECTION DE LA FILLE DE JAÏRE
'Mattb. ix, 18-26. - Marc, v, 22-43. — Luc. vin, 41-56.)
Après les faits miraculeux que nous venons de raconter, un chef de la synagogue, nommé Jaïre, s'approcha de Jésus, vers lequel la foi conduisait ses pas (Matth. ix, 18). Il l'adorait, en lui témoignant le respect convenable, et prosterné aux pieds de Celui qui répandait le salut de tous côtés, il le suppliait pour sa fille unique, âgée de douze ans. Seigneur, disait-il, ma fille se meurt, elle est morte présentement. Il parlait ainsi selon sa cruelle appréhension, parce qu'il désespérait de retrouver sa fille Vivante ; il en parlait donc comme si elle avait expiré déjà, désirant que le Seigneur la guérit ou la ressuscitât. Saint Marc (v, 23) dit que cette enfant était à l'extrémité, in extremis ; mais on la regardait comme trépassée, tant la mort était imminente ; car, dans le langage ordinaire, on dit qu'une personne est morte, lorsqu'elle est si proche de sa fin que la distance qui l'en sépare est comptée pour rien. Mais venez, continue le père affligé, approchez au nom de votre miséricorde, imposez-lui votre droite secourable et elle vivra, parce que vous lui rendrez la santé. Jaïre demande ici deux choses pour en obtenir une troisième : que Jésus vienne et impose les mains sur sa fille afin qu'elle revienne à la vie ; mais cet homme ignorait que le Seigneur pouvait la délivrer de la mort, quoiqu'absent. Cependant la conduite de Jaïre peut nous servir d'instruction ; puisque nous n'avons qu'une âme, si elle est malade, nous devons d'autantplusnous préoccuper de
sa guérison, que si nous la perdons, nous perdons tout. Or, Dieu vient à nous spirituellement par la grâce prévenante, il nous impose les mains par la grâce concomitante, et alors notre âme vit par la grâce coopérante.
Et Jésus se levant le suivit avec ses disciples (Matth ix, 19), et une foule nombreuse l 'accompagnait (Marc, v, 24). Par la conduite de ces différentes personnes, les inférieurs apprennent à être obéissants, les égaux à être obséquieux, et les supérieurs à être zélés pour ressusciter les âmes que le péché a tuées. Ici, comme le remarque Rémi d'Auxerre. quelle douceur et quelle humilité le Seigneur propose nonseulèment à notre admiration, mais encore à notre imitation ! A peine Fa-t-on prié,' il se hâte de suivre celui qui le prie : de la sorte il instruit en même temps les sujets et les prélats, il offre aux uns le modèle delà soumission et aux autres le modèle de la sollicitude pastorale ; par conséquent toutes les fois que les prélats connaissent la mort spirituelle de quelqu'un de leurs sujets, ils doivent s'empresser d'accourir. Saint Ghrysostôme dit également à ce sujet (Iiom. 32 in Matth.) : « Aussitôt que Jaïre l'a supplié de venir ressusciter sa fille, le Seigneur ne met aucun retard, il se lève sur-le-champ et le suit. Par cet exemple, Jésus nous enseigne à être pleins d'activité dans toute œuvre de Dieu. »
Sur la route que Jésus-Christ parcourait, se trouva une femme hémorroïsse, ainsi appelée à cause de la maladie qu'elle souffrait (Luc. vin, 43 et 44) ; car depuis douze ans elle était affligée d'une ferle de sang, et elle avait dépensé tout son bien à se faire traiter par les médecins sans qu aucun d'eux réussît; ci la soulager. Cette femme s'approcha de Jésus par derrière ;■ soit parce qu'elle était honteuse de son infirmité; soit parce qu'elle était réputée immonde d'après La Loi ; soit parce qu'elle n'aurait pu se présenter en face, à
cause de la foule ; soit nour quelque raison mystique, pour figurer la confusion que l'homme doit ressentir à cause du péché. Animée d'une foi respectueuse, elle toucha la frange du vêtement de Jésus ; car son humilité était si profonde qu'elle se jugeait indigne de toucher les pieds ou même les habits du Seigneur. D'après cela, nous voyons que Jésus avait des franges à son vêtement, à la façon des Juifs, selon le précepte de la Loi. Mais il n'était pas suivi de serviteurs . ou de gardes pour éloigner ceux qui le pressaient ; voilà pourquoi cette femme s'approcha sans obstacle, lorsque la foule l'environnait. Admirons la foi de l'hémorroïsse, dit Rémi d'Auxerre : désespérant d'être guérie par les médecins auxquels elle avait donné toute sa fortune, elle comprit que le Médecin céleste était présent ; elle mit en lui toute sa confiance, et reçut de lui sa parfaite guérison. Cette femme nous fournit un précieux enseignement, dit liaban-Maur. Elle nous apprend combien grande est la vertu du corps de Jésus-Christ, puisque la frange de son vêtement a pu opérer un si grand prodige. Que ne devons-nous pas espérer, nous qui ne touchons pas seulement, mais qui consacrons et recevons en nous-mêmes le corps du Seigneur? Que ne doivent pas craindre ceux qui changent ce remède en mal ? Cette . femme an contraire y trouva le remède à son mal. Car, comme elle croyait fermement, elle disait en elle-même atth. ix, 21) : Si je puis seulement toucher son vêtement, je serai guérie de mon infirmité. Ce n'est pas que les vêtements aient par eux-mêmes la vertu de guérir, mais ils Servent en certaines occasions à manifester la vertu de ceux qui les portent. Aussi, dès que l'hémorroïsse eut touché ceux du Sauveur, elle fut guérie de son infirmité instantanément* Remarquons qu'elle s'était approchée, qu'elle avait parlé e1 avait touché la robe de Jésus pour recevoir sa guérison; car, t. m 2.
pour obtenir le salut, il faut réunir ces trois conditions de la foi, de la parole et des œuvres.
Jésus, connaissant alors qu'une vertu était sortie de lui, dit : Qui est-ce qui m'a touché (Luc. vin, 45) ? Il ne fait pas cette question pour connaître quelque chose qu'il ignorât, mais pour donner lieu à l'hémorroïsse de déclarer sa guérison et de manifester sa foi qu'il voulait louer particulièrement. La question que pose le Sauveur avait donc pour but de faire ressortir le mérite de cette femme par son humble confession, de procurer ainsi l'édification des spectateurs et la gloire de Dieu, d'accroître la confiance du chef de la synagogue et de lui fournir une assurance de la guérison de sa fille. Gomme les disciples lui faisaient remarquer que la foule le pressait de toutes parts, Jésus reprit (Luc. vm, 46): Quelqu'un m'a touché, car fai senti qu'une vertu s'échappait de moi, . c'est à-dire un effet de- ma puissance pour la guérison de quelque infirmité. Car, bien que les foules poussées par le désir d'entendre sa parole, le pressassent de manière à le toucher physiquement, elles ne le touchaient pas cependant avec la dévotion et la foi de cette femme, et voilà pourquoi il demandait particulièrement qui l'avait touché d'une manière spéciale. Cette femme donc, se voyant découverte (Luc. vm, 47), sentit son cœur pénétré d'une vive crainte et son corps pris d'un tremblement soudain en face de la majesté divine dont elle venait d'éprouver en elle la vertu toute-puissante ; elle vint alors se jeter aux pieds de Jésus, et avoua devant tout le peuple pourquoi elle l'avait touché, et comment elle avait été guérie aussitôt ; elle fit ainsi connaître que sa maladie était grave et invétérée, mais que sa guérison avait été complète et subite. Le Seigneur voulut la divulgation de ce fait merveilleux pour l'honneur de Dieu et l'utilité du prochain. Mais saint Chrysostôme de-
mande pourquoi le Sauveur dévoile cette femme qui setait approchée secrètement ; et le saint Docteur allègue six raisons de cette conduite (Hom. 32 in Matth.) : 1° c'était pour que cette hémorroïsse n'eût Pas quelque remords de conscience d'avoir touché Jésus-Christ ; 2° pour donner une leçon à cette femme qui pensait cacher sa démarche à Jésus- Christ ; 3° pour proposer à l'imitation de tous la foi prompte de cette pauvre infirme ; 4° pour prouver qu'il connaissait tout ; 5° pour montrer que, comme Dieu, il arrêtait 1 epanchement du sang ; 6° enfin, pour amener à la foi le chef de la synagogue.
Jésus s' étant retourné, Vaperçal, et approuvant sa foi, lui dit : Ayez confiance, ma fille, votre foi vous a sauvée, c'està-dire vous a mérité le salut (Matth. rx, 22). Comme une opération miraculeuse est au-dessus de la nature, il l'attribue à la foi qui est un acte surnaturel. Selon la remarque de saint Jérôme (in cap. ix, Matth.), le Sauveur ne dit pas à cette femme : Votre foi vous sauvera, mais vous a sauvée ; comme s'il disait : Parce que vous avez cru, vous êtes déjà sauvée. D'après saint Chrysostôme (Hom. 32 in Matth.), comme cette femme était tout effrayée, le Seigneur lui dit pour la rassurer : Ayez confiance, ma fille. Il l'appelle ma fille, parce quelle avait été guérie, à raison de sa foi, et que la foi en Jésus-Christ nous rend enfants de Dieu.— Remarquez que le Seigneur ne dit pas : Je vous ai guérie, mais il dit : Votre foi vous a guérie, afin de nous apprendre à éviter l'ostentation, et pour exalter le mérite de la foi. D'après saint Chrysostôme également, en disant à l'hémorroïsse que sa foi l'avait sauvée, le Seigneur ne veut pas attribuer à sa propre puissance mais à la foi de cette femme le bienfait de cette guérison ; et il nous enseigne par là que dans nos actes de vertu non- ne devons pas chercher et publier notre
propre gloire, mais celle de Dieu. — Et le Seigneur ajoute (Luc. vin, 48) : Allez en paix, vous qui étiez auparavant plongée dans la perturbation, à cause de votre longue infirmité corporelle. D'après saint Ghrysostôme, lorsque le Seigneur ajoute : Allez en paix, il l'envoie à la fin réservée aux bons qui est la paix où Dieu habite, afin de lui apprendre que non-seulement elle était délivrée de son infirmité corporelle, mais aussi des péchés qui en étaient les causes. — Et cette femme fut guérie dès cette heure, c'està-dire, d'après la Glose, dès l'instant où elle toucha la frange du vêtement, et non pas seulement dès l'instant où Jésus se tourna vers elle, car, alorselle était déjà guérie, comme on peut en juger par les paroles du Seigneur.
Quelques-uns ont supposé que cette hémorroïsse était Marthe, d'après un passage tiré de saint Ambroise ; car l'illustre Docteur (in cap. 8 Luc.', énumérant les bienfaits de Jésus, dit qu'il fit cesser une grande perte de sang <[iie Marthe éprouvait, qu'il chassa les démons du corps de Marie, qu'il reconstitua, en lui rendant la vie, le corps de Lazare déjà fétide. Ces paroles prouvent bien que Marthe fut guérie par Jésus-Christ d'une perte de sang, mais elles ne prouvent pas que Marthe fût précisément l'hémorroïsse ici mentionnée. On peut conclure, au contraire, du texte évangélique, que Marthe n'était pas cette hémorroïsse ; car celleci avait dépensé tout son bien à se faire traiter par les médecins, tandis que Marthe était riche. Eusèbe nous en fournit une autre preuve en disant que cette hémorroïsse demeurait à Césarée de Philippe (lib. vu Hist. eccles. 14). Selon cet historien, après avoir été guérie, elle fit dresser, dans la cour de sa maison, à Césarée, dont elle était originaire, une statue d'airain qui représentait Jésus-Christ avec les franges dp son vêtement. L'hémorroïsse témoignait une
grande vénération pour cette image à laquelle elle rendait d'humbles hommages. Aussi, devant cette même image, se fitelle représenter à genoux, les mains jointes, dans la posture d'une personne suppliante, tandis que Jésus-Christ étendait la main sur elle. Or, aux pieds de la statue de Jésus-Christ, ou vit pousser une herbe commune qui n'avait aucune efficacité, mais lorsqu'elle eut atteint les franges, sa vertu devint si grande qu'elle guérissait toutes lesmaladies. Selon saint Jérôme, Julien l'Apostat, ayant appris que l'on conservait encore à Césarée de Philippe le monument élevé par la reconnaissance de l'hémorroïsse, le fit abattre et remplacer par sa propre statue que la foudre brisa quelque temps après.
Nous trouvons ici une leçon remarquable pour nous conserver toujours dans l'humilité, comme saint Bernard l'explique, en disant (Serm. de quatuor modis orandi) : Quiconque sert parfaitement Jésus-Christ peut être appelé la frange, c'est-à-dire la paitie la plus basse de son vêtement, à cause de l'humble opinion qu'il a delui-même. Seriez- vous donc parvenu à un tel degré de perfection que Dieu donnât à votre prière le pouvoir de guérir les malades ou d'opérer d'autres miracles, vous ne devriez pas vous enorgueillir pour cela ; car ce n'est pas l'homme, mais Dieu qui est l'auteur de ces merveilles. Ainsi, quoique l'hémorroïsse fût délivrée, comme elle en avait la confiance, en touchant la frange du Seigneur, néanmoins ce n'était pas de la frange elle-même, mais du Seigneur que la vertu libéralrice était émanée ; voilà pourquoi lui-même dit : J'ai senti une vertu s'échapper de moi. Prenez donc garde de vous attribuer jamais aucun bien, parce que tout bien descend du Très-Haut.
Dans le sens allégorique, cette femme que le Seigneur guérit d'un flux de sang, c'est l'Église sortie de la Gentilité
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qui s'était souillée en versant le sang des Martyrs, en se livrant aux turpitudes de l'idolâtrie, en s'abandonnant aux plaisirs de la chair et aux excès de cruauté. Mais la Gentilité toucha la franche de la robe de Jésus-Christ lorsqu'elle embrassa la foi de l'Incarnation du Sauveur ; car l'humanité du Seigneur est comme le vêtement delà divinité. C'est pourquoi l'Apôtre dit de Jésus-Christ (Philip, ri, 7) : Ils s'est rendu semblable aux hommes, et il a été reconnu pour homme par tout son extérieur. Dès lors, en vertu de cette croyance, la Gentilité fut guérie du flux de sang, parce qu'elle cessa de persécuter les Chrétiens, d'adorer les idoles, de rechercher les voluptés et d'aimer les meurtres. L'hémorroïsse fut guérie, lorsque le Seigneur allait pour ressusciter la fille du chef de la synagogue ; ainsi, d'après l'économie .divine du salut offert au genre humain, la Gentilité presque tout entière dont l'hémorroïsse était la figure, devait entrer dans l'Église, à la suite de quelques Juifs, en attendant la conversion de tout Israël. Mais aussitôt que l'hémorroïsse est guérie, on annonce que la fille du chef de la synagogue est morte; de môme aussi, quandla Gentilité fut convertieau Seigneur, on déclare justement que la Synagogue envieuse était morte à cause de sa perfidie. C'est ce qui a été signifié pareillement dans la parabole des deux fils dont l'aîné voyait avec chagrin le retour de son jeune frère. Saint Ambroise dit ici (in cap. 8 Luc): « A notre avis, que représente ce chef de. la synagogue, sinon la Loi, en considération de laquelle le Seigneur n'abandonna pas complètement la Synagogue ? Or, tandis que le Verbe de Dieu va trouver la fille du prince pour sauver les enfants d'Israël, la sainte Église, composée des Gentils qui se perdaient dans des vicas grossiers, ravit par sa foi le salut préparé pour les Juifs d'abord.» Mais pourquoi cette fille du prince de la synagogue avait-
elle vécu douze ans, tandis que cette femme était affligée d'un flux de sang depuis douze ans aussi ? C'est pour signifier que la Gentilité fut infirme tant que la Synagogue fut vigoureuse ; car, selon la remarque de saint Jérôme (in cap. 9 Matth.), la Gentilité avait perdu la foi au temps où la Synagogue l'avait conservée.
Dans le sens moral, l'hémorroïsse représente toute personne, pécheresse depuis longtemps, qui tombe de faute en faute. Enfin elle demande sa guérison au Seigneur en lui disant : Délivrez-moi de mes souillures, 6 Dieu de mon salut ! Libéra me de sanguinibus, Deus, Deus salutis mese (Psal. l 16). Ainsi, chaque jour le Seigneur guérit une hémorroïsse, lorsqu'il convertit par sa grâce une âme corrompue par différents vices.
Ensuite des messagers étant venus annoncer au chef de la synagogue que sa fille était morte, Jésus dit au père pour le rassurer (Luc. vin, 50) : Ne craignez point, n'ayez pas une foi hésitante, croyez seulement, et elle sera sauvée de la mort. Et lorsque Jésus fut arrivé à la maison de ce chef (Maltk. ix, 23), il trouva la fille morte, et vit les joueurs de flûte qu'on avait mandés pour exécuter des airs funèbres. Il y a, en effet, des mélodies différentes pour réveiller dans l'homme des sentiments divers; les unes soulèvent l'audace, comme les trompettes guerrières, les autres inspirent la dévotion, comme les chants ecclésiastiques ; celles-ci portent à la joie, comme le son harmonieux de divers instruments de musique ; celles-là tirent des larmes et provoquent les lamentations. Ce sont ces dernières sortes de mélodies qui anciennement accompagnaient les funérailles des personnes distinguées, pou- exciter la foule aux pleurs et à la tristesse. Mais de tels usages ne conviennent pas aux Chrétiens dont le deuil ne doit pas être inconsolable,
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Jésus trouva aussi une trouve tumultueuse de personnes, qui pleuraient et gémissaient, jetaient des. cris et faisaient les préparatifs pour les funérailles. Ne pleurez pas, dit-il (Luc. vin, 52), la jeune fille n'est pas morte, c'est-à-dire, ne doit pas rester dans la mort ; mais elle dort seulement, elle est pour moi comme endormie ; car il m'est aussi facile de 'la ressusciter que de la réveiller. Elle était morte pour les hommes, dit le Vénérable Bède (in cap. 8 Luc.) parce qu'ils ne pouvaient la rappeler à la vie ; mais elle dormait à l'égard de Dieu, car il avait à sa disposition l'âme qui vivait dans le. sein de la miséricorde, et la chair qui reposait dans l'attente de la résurrection. De là est venue la coutume, chez les Chrétiens, de dire ceux qui dorment, dormientes, en parlant des morts de la résurrection desquels ils sont assurés.
Et ils se moquaient de lui, dans la pensée qu'il voulait parler du -sommeil ordinaire, sans connaître la mort véritable de la jeune fille. Vous voyez Jésus-Christ en butte aux moqueries dans la cour des grands, et cependant il ne réprimande pas les railleurs, parce que plus la dérision à sou égard était amère, plus la manifestation de sa puissance devait être éclatante. Selon la remarque de saint Jérôme (in cap. 9 Matth.), ils ne méritaient pas d'être témoins de la résurrection, ceux qui raillaient indignement l'auteur du prodige. Malgré leurs insultes, le Seigneur ne se désista pas de son dessein, pour montrer que les sarcasmes des méchants ne doivent pas arrêter les progrès des bons dans la voie du bien où. ils sont entrés. Il commença par congédier cette troupe de gens incrédules et moqueurs qui s'étaient rendus indignes de voir le miracle ; et ne laissa pénétrer avec lui personne, excepté le père et la mère de la jeune défunte pour les fortifier dans la foi par un si grand prodige, ainsi que Pierre, Jacques et Jean qu'il voulait instruire d'une ma-
nière particulière. Il voulut rendre ces cinq personnes spectatrices de la résurrection, afin que les circonstances du miracle fussent constatées par les dépositions des deux plus proches parents et des trois principaux disciples. Il ne voulut pas prendre d'autres témoins, pour nous montrer que nous ne devons pas révéler les mystères aux blasphémateurs et aux railleurs, mais seulement aux fidèles dociles et respectueux. D'après saint Chrysostôme (Hom. 7 in Marc), en excluant la foule, tandis qu'il introduit seulement trois disciples, le Sauveur nous enseigne à éviter les applaudissements des hommes. Selon saint Théophile, Jésus-Christ, avant de ressusciter la jeune fille, fait sortir tout le monde, afin de nous montrer qu'il n'est pas animé de la vaine gloire; Jésus-Christ, l'humilité môme, pouvait-il faire quelque chose par ostentation ?
Le Seigneur n'accorda le privilège d'assister à cette résurrection, puis à sa transfiguration et enfin à son agonie qu'aux trois disciples susdits ; et cela pour différentes raisons : soit pour relever leur dignité, soit pour signifier la foi à la Trinité, soit pour avoir un nombre suffisant de témoins, soit pour représenter et honorer en leur personne toutes les conditions qui composent la société catholique; car Pierre qui fut marié figure L'état de mariage ; Jean qui fut vierge, représente la virginité ; Jacques, dont on ignore la condition, figure la viduité. Jésus laissa entrer aussi le père et la mère de la défunte, afin qu'ils pussent rendre témoignage de cette résurrection.
Prenant donc la jeune fille par la main il lui dit : Jeune fille, je (e le commande, lève-toi (Marc, v, 41). Le Sauveur la guérissait par son attouchement et sa parole, pour nous montrer que son humanité était l'instrument de sa divinité dans l'opération des miracles. Selon saint Chrysostôme (Hom.
33, in Matth.), la main du Sauveur rendait la vie au cadavre de la défunte, et en même temps sa voix rappelait l'âme . dans le corps qu'elle avait quitté. Et aussitôt la jeune fille se leva et marcha (Marc, v, 42); car sa résurrection avait immédiatement suivi l'ordre du Seigneur. En marchant ainsi, remarque saint Chrysostôme, cette enfant montrait que nonseulement elle était vivante, mais encore qu'elle était parfaitement guérie. Et Jésus commanda qu'on lui donnât à manger, afin de prouver qu'il l'avait vraiment ressuscitée, et qu'il n'avait pas produit simplement un fantôme.
Selon le sens mystique, cette jeune fille morte dans l'intérieur de sa maison, c'est l'âme morte dans le secret de sa conscience par le péché de pensée. Le Seigneur dit que cette enfant dort, car l'âme qui pèche maintenant peut encore ressusciter par la pénitence. Les joueurs de flûte sont les démons avec leurs suggestions, ou les hommes avec leurs flatteries qui environnent la morte ; ils maintiennent notre corps dans les plaisirs sensuels ou consolations sensibles qui ont pour terme le deuil de l'enfer et la désolation éternelle. Mais dirigeons notre marche vers la patrie céleste et continuons notre route, sans faire attention à de perfides concerts qui nous causeraient la mort. Ainsi, Ulysse se fit attacher au mât de son navire et se boucha les oreilles de crainte que les chants des sirènes ne le portassent à se jeter dans la mer. Les foules tumultueuses sont les affections ou amitiés charnelles ; les moqueurs sont les mondains ou les détracteurs. Nous devons faire sortir cette foule pour ressusciter la jeune fille , parce que l'âme gisante comme morte dans le secret de sa conscience, ne ressuscite pas avant que les affections charnelles et les préoccupations mondaines n'aient été chassées de notre cœur; car elles nous empêchent de nous recueillir pour penser à notre salut.
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Nous devons éloigner les joueurs de flûte, c'est-à-dire ceux qui comme maîtres attirent doucement notre âme dans l'erreur. Nous devons également écarter les railleurs, parce qu'ils ne méritent que nos mépris. Alors la jeune fille est ressuscitée quand Jésus-Christ pénètre dans la maison de notre cœur, où il introduit avec lui Jean, c'est-à-dire la grâce, Pierre, c'est-à-dire la connaissance de Dieu, et Jacques, c'est-à-dire la supplantation du vice par la vertu. Avonsnous été tirés de la mort spirituelle, ou délivrés du vice, nous ne devons pas seulement quitter la couche de nos habitudes criminelles, mais encore marcher et avancer dans le sentier des bonnes œuvres , ensuite nous rassasier du pain céleste, soit de la parole de Dieu, soit du Sacrement de l'autel.
Du miracle précédent nous pouvons retirer une triple instruction : ainsi, le danger qu'encourt le pécheur par la mort de son âme est figuré dans la jeune fille; le remède que trouve le pénitent par la prière de l'Église est figuré dans le chef de la synagogue ; le bienfait que le Seigneur accorde par la conversion du coupable est figuré dans le Christ dont la miséricordieuse puissance ressuscita la jeune fille. Or , voici comment nous encourons peu à peu le danger : d'abord, nous approchons de la mort, lorsque nous concevons une délectation illicite; nous sommes à l'extrémité, lorsque nous nous trouvons sur le point de consentir ; nous sommes morts, aussitôt que nous avons fini par consentir au mal, et désormais nous ne pouvons produire aucune œuvre vivante. Nous trouvons le remède au péché, lorsque pour nous l'Église s'approche de Jésus-Christ avec foi, l'adore avec amour et l'invoque avec respect. Nous recevons le bienfait de la conversion, lorsque le Seigneur se lève en exauçant les prières faites pour nous, chasse la
foule en expulsant les péchés, entre dans la maison en nous communiquant ses grâces; ainsi, la grâce n'entre pas avant que le péché ne soit expulsé.
Déplus, Jésus, modèle d'humilité, voulant nous apprendre à fuir l'ostentation et la vaine gloire, ordonne aux parents de* l'enfant de ne parler à personne de ce qui s'était passé (Luc. vin, 56). Par là, dit saint Grégoire (lib. 19 Moral.. c. 18), le Seigneur nous montre qu'il est le dispensateur des biens, mais qu'il n'est pas avide des honneurs ; qu'il donne tout sans rien recevoir. — Cependant, le bruit de cet événement se répandit dans toute cette contrée (Matth. ix, 26), c'est-à-dire dans la province de Galilée, en sorte que la grandeur et la réalité du miracle furent partout manifestées. Le Seigneur a bien défendu la jactance, mais il n'a pas défendu la divulgation da prodige qui était manifeste par lui-même. C'est comme s'il avait dit : Gardez-vous à mon exemple de vous glorifier de vos bonnes œuvres. Ainsi, Jésus- Christ recommanda de ne point publier ses œuvres merveilleuses par vaine gloire pour obtenir les honneurs du monde et les louanges dés hommes; mais il n'interdit pas de les raconter pour la gloire de Dieu et la confirmation de la foi, puisque c'était le but de ses miracles. Aussi, les parents de la jeune fille ressuscitée observèrent-ils le précepte du Sauveur, en ne publiant point le miracle pour s'attirer les applaudissements des hommes ; mais en même temps, ils ne violèrent point la défense du Seigneur, en divulguant ce prodige pou;' procurer la gloire de Dieu. Ainsi firent beaucoup de personnages mentionnés dans l'Évangile, entr'autres les deux aveugles dont nous allons raconter la guérison.
Prière.
Seigneur Jésus, je me prosterne aux pieds de votre miséricorde, et, adorant la vérité de vos promesses, je vous supplie, très-doux Sauveur, de guérir par l'attouchement de votre grâce mon âme sanguinolente et souillée de diverses iniquités. Rendez-lui la santé et la vie qu'elle a perdues par sa volonté perverse et par son infidélité secrète. Ramenezmoi à Dieu votre Père dont vous m'avez constitué le fils adoptif , en me recevant parmi vos cohéritiers. Maître débonnaire, ne faites pas éclater votre justice contre un pécheur qui vous appartient, ni votre colère contre un coupable que vous avez racheté; ne pensez qu'à exercer votre bienveillance envers votre pauvre créature, et votre compassion envers votre misérable serviteur, je vous en conjure, Seigneur mon Dieu ! Ainsi soit-il.