‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 4)Chapitre 24 sur 33 · JÉSUS-CHRIST MARCHE SUR LA MER ET Y FAIT MARCHER SAINT PIERRE · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST MARCHE SUR LA MER ET Y FAIT MARCHER SAINT PIERRE

Matth. xiv, 24-36. — Marc. VI, 47-56. — Joan. vr, 17-21.

Pendant que le Seigneur priait seul sur la montagne, une tempête s'éleva sur la mer, et les flots courroucés agitaient violemment la petite barque clans laquelle les disciples étaient montés ; ceux-ci se fatiguaient à ramer, parce que le vent leur était contraire (Matth. xiv, 24). Concluez de là combien il faut redouter l'absence du Sauveur, parce que ceux qui sont privés de sa compagnie sont exposés aux tentations. Considérez donc avec compassion les Apôtres livrés à la détresse et affligés par la tribulation ; car la tempête les investit en même temps que l'obscurité les enveloppe, et leur divin Maître n'est pas avec eux. Mais, voyant qu'ils luttaient depuis longtemps contre les vagues, le Seigneur eut pitié d'eux; vers la quatrième veille de la nuit, il descendit de la montagne, et vint vers eux en marchant sur les eaux. — Chez les Romains, la nuit était divisée en quatre parties que l'on appelait veilles ; car c'était l'espace de temps pendant lequel les sentinelles chargées de garder un camp étaient obligées de rester éveillées jusqu'à ce que d'autres vinssent les relever à leur tour. Chaque veille durait trois heures ; elles commençaient à six heures du soir et se succédaient jusqu'à six heures du matin. La première était nommée contieinium, parce qu'alors tout commence à rentrer dans le silence pour reposer dans le sommeil; la seconde, intcmpestitm, parce que ce n'est pas encore le temps de se lever pour le travail ; la troisième, gallicinium,

parce qu'à ce moment le coq s'éveille pour chanter ; la quatrième, antelucanum, parce qu'elle précède immédiatement le jour naissant. — Les Apôtres étaient donc restés en danger, pendant presque toute la nuit, puisque Jésus ne vint à eux que vers la dernière heure. Ainsi, quoiqu'il diffère quelque temps de nous secourir dans l'affliction, il ne manque pas de nous consoler enfin, et de nous assister avant que nous périssions. Le Seigneur, dit saint Théophile, permit que ses disciples fussent exposés au danger, pour leur apprendre à souffrir, et il les y laissa pendant toute la nuit, pour leur montrer qu'ils devaient attendre sa grâce avec résignation et ne pas espérer leur délivrance dès le début de la tentation. Jésus-Christ ne voulut pas aider ses disciples dès le commencement, mais à la fin du péril ; de même aussi, quelquefois, il semble nous abandonner au milieu des tentations, afin que nous devenions plus forts par les épreuves mêmes, et que nous recourrions à lui seul, comme pouvant nous délivrer quand tout semble désespéré ; car les grâces divines nous arrivent lorsque toutes les ressources humaines sont devenues inutiles.

Contemplons maintenant ici notre divin Sauveur ; bien que harassé par les fatigues d'une longue veille passée dans l'oraison, il descend, seul, pendant les ténèbres de la nuit, les flancs escarpés d'une montagne rocailleuse ; compatissons amoureusement à ses peines et à ses labeurs. Voyez comme il marche sur la mer d'un pas ferme, sans y enfoncer non plus que sur terre ; ce n'est pas que son corps perdant sa gravité fut devenu subtil, ou que l'eau perdant sa fluidité fut devenue solide ; mais la créature avait reconnu en lui le Créateur, à la puissance duquel sont soumises toutes les tribus etles nations de l'univers. En cette circonstance, il agit contrairement aux lois physiques, comme quand sa Mère

l'enfanta sans cesser d'être vierge, et comme lorsqu'il entra sans ouvrir les portes dans le lieu où ses disciples étaient renfermés, après sa résurrection. Jésus s'approcha de la barque ; mais les disciples troublés à cette vue jetèrent un cri de frayeur, disant que c'était un fantôme, c'est-à-dire l'apparition de quelque vaine image ou de quelque malin esprit qui venait pour leur nuire. Cependant, puisqu'ils avaient vu leur Maître opérer de si grands miracles, ils devaient croire qu'il pouvait bien aussi marcher sur les eaux. Et, comme ils montraient en cette occasion une foi faible, il voulait les dépasser, c'est-à-dire il semblait vouloir passer outre (Marc, vr, 48) ; c'est ainsi qu'après sa résurrection, marchant avec deux disciples, il feignit d'aller plus loin, parce qu'il n'était pas reconnu (Luc. xxiv, 28). De telles apparitions se font ordinairement d'une manière conforme aux dispositions intérieures de ceux qui en sont témoins. C'est pourquoi, sur la mer de Galilée, il voulait dépasser les disciples pour cette heure, afin que la grâce différée devînt plus agréable, et que la délivrance désirée causât plus de joie ; sur le chemin d'Emmaùs, il feignit également d'aller plus loin, afin d'accroître le désir des deux voyageurs. Mais le Seigneur miséricordieux ne voulut pas les laisser plus longtemps dans l'inquiétude, de peur qu'ils ne fussent accablés d'épouvante ; comme il est proche de tous ceux qui l'invoquent en vérité (Ps. cxliv, 18), il les rassura tout aussitôt, en leur disant (Matth. xiv, 27) : Ayez la confiance de votre délivrance, ne perdez pas l'espoir dans votre détresse ; c'est moi votre libérateur, et non pas un fantôme, Ego sum ; ne craignez point, parce que je puis vous arracher au péril du naufrage. Selon la remarque de saint Jérôme (in cap. xiv Matth.), Jésus-Christ ne dit pas qui il est ; car, au seul son de sa voix qui leur était familière, ils pouvaient aisément

reconnaître leur Maître ; ou bien il voulait leur faire comprendre que c'était lui-même qui avait dit à Moïse : Je suis Celui qui est, Ego sum qui sum (Exod. ni, 14). A 'cause des ténèbres, dit saint Ghrysostôme (Hom. 51 in Matth.), les disciples du Sauveur ne reconnurent point sa personne d'abord, mais dès qu'ils entendirent sa voix, leur frayeur cessa. Suivant le conseil de saint Théophile, lorsque les hommes ou les démons s'efforcent de nous ébranler et de nous épouvanter, écoutons la voix de Jésus-Christ qui nous dit : C'est moi, ne craignez point ; comme s'il disait : Je suis votre Dieu, toujours présent à vos côtés, afin de vous secourir dans tous vos besoins. Que de fausses terreurs ne vous fassent point perdre confiance en moi.

A la voix de son bon Maître, saint Pierre, sentant se ranimer en son cœur la vive affection qu'il avait pour lui, désira s'en rapprocher le plus promptement possible. Maître, s'écria-t-il, si c'est vous notre Libérateur et notre Sauveur, ordonnez que j'aille à vous sur les eaux (Matth. xiv, 28). Comme s'il disait, remarque saint Jérôme (ibidem) : Commandez, et les eaux s'affermiront sous mes pas, et mon corps naturellement pesant deviendra assez subtil pour ne pas s'y abîmer. Le Seigneur lui fait signe de la voix et du geste de venir le rejoindre ; Pierre alors, plein de confiance en la puissance de son Maître, s'élance de la barque dans la mer et s'avance vers lui en marchant sur les eaux. Heureux transport qui, par un généreux mépris, lui fait surmonter les eaux inconstantes de la prospérité mondaine ! Plus heureux encore le terme qu'il se propose, en voulant s'unir à Jésus, le Sauveur des âmes ! L'Apôtre désirait avec un toi empressement la compagnie du Christ, qu'il ne pouvait attendre son arrivée jusque dans la barque ; aussi court-il à sa rencontre sur la mer, parce que la grandeur de l'amour

lui fait oublier la gravité du péril. En toutes circonstances, saint Pierre a montré une foi vive et ardente; et certes, s'il n'eût pas eu une confiance pleine et entière en son Maître, il ne se serait pas hasardé sur une mer très-profonde et trèsagitée. Mais il savait que Jésus n'était pas moins puissant sur la mer qu'il ne l'était sur la terre. D'ailleurs, cette circonstance rendit le miracle plus éclatant ; car la toute-puissance de la divinité que Jésus possédait non-seulement le fit marcher lui-même sur les eaux, mais encore y fit marcher vers lui son Apôtre.

Tout à coup un vent violent s'élève. Pierre saisi de frayeur chancelle par suite de la faiblesse humaine, et parce qu'il commence à douter, il commence à enfoncer (Matth. xiv, 30). Une foi supérieure l'avait élevé sur l'abîme dans lequel l'entraîne maintenant la fragilité naturelle. Jésus-Christ, pour montrer sa puissance divine, l'avait fait marcher avec lui sur les eaux ; mais ensuite il permet qu'il s'y enfonce, pour lui faire connaître sa propre infirmité, de peur qu'un sentiment d'orgueil ne le portât à s'égaler ou à se comparer à Dieu. Pierre est donc un instant exposé à la tentation, afin que, recourant à la prière, il sente sa foi augmenter avec la confiance d'être délivré par le secours de Dieu seul. En effet, voyant qu'il allait être submergé, il invoque aussitôt le Seigneur qui, le prenant par la main, le remet dans la barque, en lui disant : Homme de peu de foi, pourquoi avez-vous douté (Matth. xiv, 31) ? Pierre prouvait bien que sa foi n'était pas parfaite, en redoutant la violence des vents, lorsque la parole de son Maître le faisait marcher sur la surface des eaux. Aussi, dit saint Chrysostôme (Hom. 31 in Matth.), pour montrer à Pierre que s'il courait du danger, ce n'était point à cause de l'impétuosité du vent, mais à cause de l'imperfection de sa confiance, Jésus lui dit : T. m 25.

Homme de peu de foi, pourquoi avez-vous douté ? Ce reproche attestait que le vent n'aurait pu être nuisible, si la foi avait été inébranlable. La foi de Pierre était modique relativement à celle qu'il aurait dû avoir, mais qu'elle était grande et ardente comparativement à celle que nous avons ! En effet, d'après l'explication de saint Jérôme (in cap. xiv Matth.), si l'Apôtre qui avait demandé avec tant de confiance au Sauveur d'aller à lui sur les eaux, mérita néanmoins, parce qu'il eut peur un instant, d'entendre cette réprimande : Homme de peu de foi, pourquoi avez-vous douté? quel reproche ne méritons-nous pas, nous qui n'avons pas même la plus petite partie de cette foi modique ?

Jésus ensuite monta sur la barque ; aussitôt le vent cessa, la tempête disparut, et tout rentra dans le calme (Matth. xiv, 32). Il montrait ainsi qu'il était le maître de l'air, comme il avait prouvé, en marchant sur les eaux, qu'il est le maître de la mer. D'où nous devons conclure que, si Dieu permet que nous soyons quelque temps affligés, c'est pour éprouver notre vertu ; mais il ne nous délaisse pas jusqu'à la fin dans la nécessité, il fait auparavant sentir sa présence miséricordieuse. Aussitôt, par un nouveau miracle, la barque aborda au lieu où ils allaient, c'est-à-dire à la ville deBethsaïde, dans le pays de Génézareth (Joan. vi, 21). Saint Jean n'affirme pas le contraire en disant que les disciples traversèrent la mer pour venir à Capharnaùm ; car Bethsaïde et Capharnaùm sont deux villes voisines l'une de l'autre sur le même rivage. Peut-être même que les disciples abordèrent entre les deux ; ou bien, poussés par le vent, ils vinrent d'abord à Capharnaùm et de là passèrent à Bethsaïde. Ainsi, du désert où Jésus venait de rassasier la multitude qui le suivait, ils étaient arrivés à Bethsaïde, en traversant la mer qui l'en sépare. Nous lisons plusieurs fois dans l'Évangile que la

barque des disciples fut assaillie parles vents et ballottée par les flots, mais nous ne voyons nulle part qu'elle ait été submergée ; car Dieu vient toujours au secours des siens dans leurs tribulations, selon la promesse qu'il leur a faite de ne jamais les abandonner. Aussi, saint Bernard dit (in Psal. Qui habitat) : « Quelque grandes que soient les épreuves, ne pensez pas être abandonnés ; mais rappelez-vous cette parole du Seigneur : Je suis avec celui qui est dans la trïbulation (Ps. xc, 15). Que pouvez-vous alors demander autre chose ? N'est-il pas plus avantageux pour vous d'être dans les peines et les afflictions, pourvu que le Seigneur soit avec vous, que de jouir sans lui des honneurs, des joies et des plaisirs du siècle ? »

Dans un sens mystique, la barque où sont les disciples est la figure de lame fidèle ou de l'Église catholique qui, en naviguant de toutes ses forces vers la patrie céleste, est assaillie et bouleversée par les persécutions et les tentations du monde. Ces tempêtes viennent tantôt des tyrans, tantôt des hérétiques, quelquefois même desfauxfrères ou mauvais Chrétiens. Les vents contraires représentent le souffle des esprits malins. Les disciples ramant avec effort sont les vrais fidèles qui mettent tout en œuvre pour parvenir au port du salut. Le Seigneur, témoin des peines et des fatigues que la piété leur fait supporter, les soulage, les console et quelquefois même les délivre d'une manière éclatante ; car il ne leur refuse jamais son assistance, quoiqu'il la diffère pour un temps; et s'il les laisse momentanément affligés, il ne les abandonne jamais. Jésus qui, à l'approche du jour, vient sur les eaux de la mer calmer les inquiétudes de ses disciples, nous montre que, quand l'homme agité par les tentations élève vers le ciel un regard suppliant, le Seigneur paraît et, comme le soleil naissant, dissipe les ténèbres des

erreurs, éloigne les périls des tentations, et par sa présence établit dans l'âme le calme et la paix. Tous les disciples dans la barque mettent la main à l'œuvre pour échapper au danger qui les menace ; de même dans l'Église ce ne sont pas les Chrétiens oisifs ou efféminés, mais seulement les fidèles courageux et constants dans la pratique des bonnes œuvres, qui parviendront au port du salut éternel.

Selon le sens moral, la mer c'est le monde ; la barque est la pénitence ou la croix du Sauveur ; l'agitation des flots est le tumulte des passions excitées par le souffle des démons. Les disciples sont seuls dans la barque, parce que la pénitence, ou participation à la croix et à la Passion de l'Homme-Dieu, ne convient qu'à ses vrais disciples. Jésus n'est pas dans la barqueparcequ'iln'apasbesoin de pénitence, lui qui a foulé aux pieds les vagues de la concupiscence. Selon saint Jérôme (Epist. ad Demetriadem), cette pénitence est la seconde planche après le naufrage, sans laquelle nul ne peut aborder au rivage de l'éternité bienheureuse. Jésus, auteur du salut, rétablit le calme en apaisant les tentations, et le peuple est saisi d'admiration parce que jusqu'alors il n'avait point goûté une pareille tranquillité intérieure, car il n'y a point de paix pour les impies (Is. xlviii, 22). Saint Pierre, marchant sur la mer, n'eut rien à craindre de l'eau mais du vent qui faillit le faire submerger. De même ceux qui voyagent sur la mer de ce monde n'ont rien à craindre des richesses qu'ils foulent aux pieds avec un généreux mépris ; mais ils doivent redouter le péril auquel les expose le vent de l'orgueil excité par ce mépris même. C'est ce péril que doivent appréhender ceux qui, ayant embrassé une vie pénitente ou la profession religieuse, ont quitté les biens terrestres, pour s'élever au-dessus des eaux et des flots de ce monde par les affections et les désirs du ciel ; si le vent de

la superbe venait à troubler leur âme, ils risqueraient de perdre tout mérite. C'est en ce sens qu'il a été dit à nos premiers parents : Dominez sur toutes les créatures qui se meuvent sur la terre (Gen. i, 28).

Dans un autre sens moral, ce navire est la figure du corps humain dans lequel l'âme, renfermée comme un pilote dans son vaisseau, est souvent agitée et battue par les flots de la colère, de la concupiscence et des autres passions qu'excitent nos propres organes. Quelquefois même elle est en danger de succomber, car les mouvements des passions vont jusqu'à bouleverser le jugement de l'intelligence. Mais, vers la fin de la quatrième veille, lorsque le jour approche, Jésus vient à son secours ; c'est-à-dire quand l'homme fatigué élève ses regards intérieurs vers la lumière suprême qui est Dieu même, l'impétuosité des passions s'affaiblit ; il commence à goûter le repos du cœur, et ne tarde pas à aborder au rivage dn salut où il est délivré de toutes ses faiblesses. Admirons le triple miracle qui s'opère ici : Jésus marche sur la mer, la tempête est subitement apaisée, et la barque encore éloignée du rivage y est transportée instantanément ; de même le Chrétien qui possède Jésus-Christ dans son cœur surmonte la mer du siècle, calme la tempête de la tribulation et arrive promptement à la terre des vivants. Saint Augustin dit également (Serm. 13, de Verbis Domini) : « La mer figure le monde, les vents et les tempêtes représentent nos passions. Si vous aimez Dieu, vous marchez sur la mer en foulant aux pieds l'orgueil du monde. Si au contraire vous aimez le monde, il vous engloutit ; car il ne sait point porter, il ne sait que dévorer ses amateurs. Mais votre cœur est-il troublé par les flots des passions, pour en triompher invoquez Jésus-Christ comme Dieu même. Mettant en lui toute votre confiance, apprenez à surmonter le siècle. Si vos

pas mal affermis chancellent, si vous vous sentez entraînés dans l'abîme, criez comme les disciples: Seigneur, sauvez-nous nous périssons ; répétez, nous périssons, afin de ne pas périr; car Celui-là seul qui pour vous a subi la mort dans sa chair, peut vous délivrer de la mort du péché. » Ainsi parle saint Augustin. Le Vénérable Bède ajoute (in cap. vi Luc.) : « Si le vent cessa avec la tempête, lorsque le Sauveur monta dans la barque, nous ne devons pas en être étonnés ; car toutes les fois que Dieu vient dans un cœur par sa grâce et par son amour, les guerres que lui livrent le monde, les vices et les démons ne sont-elles pas aussitôt apaisées ? » « Si nous voulons, dit encore saint Théophile, recevoir Jésus- Christ dans notre barque qui est notre cœur, nous serons promptement transportés vers le rivage après lequel nous soupirons, c'est-à-dire au ciel, notre véritable patrie. »

Le Seigneur et ses disciples, ayant traversé la mer, vinrent dans la terre de Génézareth, ainsi appelée parce qu'elle avoisine le lac de ce nom (Matth. xiv, 34). Les habitants de cette contrée reconnurent Jésus, les uns par ce qu'ils en avaient appris de la renommée, les autres parce qu'ils l'avaient vu lui-même en personne (Ibid. 35). Ils allèrent alors dans tout le pays chercher les malades, et les amenèrent à Jésus, afin qu'ils eussent l'avantage de toucher au moins le bord de son vêtement ; car ils savaient qu'il pouvait les guérir ; et en effet, ils furent soulagés de toutes leurs infirmités tant corporelles que spirituelles, parce que le Sauveur ne guérissait point le corps sans guérir aussi l'âme (Ibid. 36). t Pour nous, dit saint Chrysostôme (Hom. 51 in Matth.), nous n'avons pas seulement la frange ou la robe de Jésus, nous possédons son corps et son sang pour qu'ils nous servent de nourriture. Si ceux qui touchaient ses simples habits obtenaient de si grandes faveurs, que ne devons-nous

pas attendre, nous qui pouvons recevoir sa personne tout entière.» Admirons la foi de ces habitants qui, non contents de pourvoir à la santé de leurs malades, envoient avertir ceux du voisinage afin que tous recourent à Jésus. Nous aussi, dans toutes nos infirmités, recourons à ce divin Médecin, pour obtenir de lui une entière guérison. Par son exemple, le Sauveur nous apprend que tout prédicateur de l'Évangile doit travailler au salut des peuples et par d'utiles enseignements et par de saintes œuvres. De plus, en passant du désert à Génézareth, Jésus a voulu figurer son passage des Juifs aux Gentils qu'il appela au Christianisme par le ministère de ses Apôtres ; car Génézareth, qui signifie vice de naissance, représente la Gentilité. Ainsi que les habitants de ce pays, elle obtint la connaissance de Jésus-Christ par sa foi, comme aussi elle procura la multiplication des fidèles par son zèle à les attirer.

Hérode le Tétrarque, apprenant ce que la renommée publiait de Jésus, soit pour sa doctrine, soit pour sa puissance prodigieuse, crut avec plusieurs autres que c'était Jean- Baptiste ressuscité d'entre les morts (Matth. xrv, 1). Et il était en effet ressuscité d'entre les morts, Celui qui avait quitté la vie misérable du corps pour posséder la vie immortelle de lame. Ceux qui croyaient à l'immortalité de l'âme et à la résurrection des corps, pensaient que l'homme après sa résurrection devenait bien plus puissant qu'il ne l'était auparavant. C'est pourquoi Hérode s'imaginait que saint Jean, qui n'avait opéré aucun miracle avant sa mort, avait reçu de Dieu le pouvoir d'en faire depuis sa résurrection. Selon saint Théophile (in cap. xiv Matth.), «Hérode savait bien qu'en condamnant Jean- Baptiste il avait fait périr injustement un homme juste et vertueux ; aussi croyait-il qu'il était réellement ressuscité

d'entre les morts en recevant le don des miracles. » Pour notre instruction morale, sachons du moins que celui qui est ressuscité spirituellement en passant de la mort du péché à la vie de la grâce, doit pratiquer la vertu avec plus d'ardeur qu'auparavant et faire des œuvres plus excellentes pour témoigner à Dieu sa reconnaissance ; pensons aussi qu'étouffer en soi-même ou dans les autres le. bon propos, c'est comme trancher la tête de Jean-Baptiste, parce que c'est détruire un principe de vie spirituelle.

Hérode, ballotté entre le doute et la crainte, désirait sou- ' vent voir Jésus, et cherchait à être témoin de ses miracles, non pas par dévotion, mais par curiosité, pour savoir si ce n'était pas Jean-Baptiste qui était ressuscité, et il avait l'intention de le faire périr. Ainsi, il y a encore des hommes avides de voir et de connaître les grandes actions des Saints sans être soucieux de les imiter. — Pendant qu'il vivait, quoique pauvre et dénué de tout, saint Jean faisait trembler Hérode, et il le faisait encore trembler, après avoir été condamné et mis à mort. « Ce prince impie, dit saint Chrysostôme, ne pouvait considérer sans effroi cette tête qu'il avait fait trancher avec tant de barbarie ; car il continuait à redouter Jean après qu'il l'avait fait tuer. Telle est la force de la vertu, qu'elle imprime encore après leur mort le respect pour ceux qui l'ont pratiquée ; le crime, au contraire, fùt-il assis sur le trône, appuyé par la multitude, environné d'honneur, soutenu par la puissance, rend faible et timide le cœur coupable. En effet, ajoute le saint Docteur, le pécheur, avec ou sans raison, appréhende le moindre bruit ; lors même que personne ne l'accuse ni ne le condamne, sa conscience seule l'agite, le tourmente et devient son propre bourreau. »

Prière.

0 Jésus, Seigneur très-clément, daignez monter dans la nacelle de mon cœur ; calmez le vent de l'orgueil et les tempêtes des passions qui m'assaillent ; ne permettez pas que je sois renversé par les souffles impétueux des vices ou submergé par les flots courroucés des tentations. Soyez mon conseil dans le trouble, mon secours dans la persécution, ma consolation dans la peine, ma force dans l'adversité, mon soutien dans toutes les épreuves. Garantissez-moi des tourbillons continuels de cette mer orageuse, en me conduisant dans le port sûr du rivage tant désiré ; et accordez ici-bas à mon cœur la paix du temps, en attendant celle de l'éternité. Ainsi soit-il.

Page 1