‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 4)Chapitre 7 sur 33 · IL NE FAUT PAS REDOUTER L\ MORT, MAIS CONFESSER JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

IL NE FAUT PAS REDOUTER L\ MORT, MAIS CONFESSER JÉSUS-CHRIST

Matth x, 28-33. — Luc. xn, 3-9.

Après avoir éloigné de ses disciples la crainte des persécutions et des outrages, le Seigneur leur ôte ensuite la crainte de la mort corporelle qui est le dernier et le plus terrible de tous les maux physiques en ce monde. « Jésus- Christ, dit saint Ghrysostôme (Hom. 35 in Matth.), ne promet pas à ses Apôtres de les arracher à la mort, mais, en permettant qu'ils meurent, il leur procure de plus grands avantages que s'il les avait préservés de cette souffrance ; car il leur .apprend à la mépriser, ce qui est bien plus que de les en délivrer. Or le Seigneur leur fait surmonter la crainte de la mort par six considérations que le texte évangélique expose successivement.

I. La première considération est celle de l'impuissance humaine. En effet, les hommes ne peuvent nous nuire que dans nos biens les moins précieux, ceux du corps, et encore les dommages temporels qu'ils nous causent sont des avantages spirituels pour accroître nos biens les plus précieux, ceux de l'âme. Voilà pourquoi Jésus-Christ dit à ses Apôtres (Matth. x, 28) : Je le dis spécialement à vous, mes amis, qui ne convoitez rien des choses terrestres et qui devez donner aux autres l'exemple du courage : Ne craignez pas ceux qui tuent le corps, c'est-à-dire l'homme dans son corps seulement et pour un temps, sans pouvoir tuer l'âme, que Dieu rendra au corps en le ressuscitant.

Sur ce passage voici les réflexions de saint Chrysostôme (Hom. 25 Operis imperf.) : « Ne craignez point ceux qui tuent le corps; c'«st-à-dire que la crainte de la mort ne vous empêche pas de dire librement dans la lumière ce que vous avez entendu dans l'obscurité, et de prêcher hardiment à tous sur les toits ce qu'on a dit à vous seuls =et à l'oreille. D'après ces paroles, conclut le saint Docteur, l'homme traître à la vérité n'est pas seulement celui qui la viole directement en publiant le mensonge à sa place ; mais encore celui qui ne la proclame pas hardiment, lorsqu'il le faut, ou qui ne la défend pas courageusement, lorsqu'il convient. Ainsi la vérité est trahie non-seulement par celui qui la nie, mais encore par celui qui la tait, pour ne pas irriter ceux qui peuvent tuer le corps. Que dis-je? Combien d'hommes cachent la vérité par des motifs beaucoup moins excusables que la crainte de la mort, par amour de leur misérable ventre où par l'espérance d'un honneur éphémère ? Mais, me (Tirez-vous peut-être : Taire la vérité devant ses ennemis-, est-ce approuver leur mensonge ? Je réponds à cela. Si quelque général d'un empereur romain, voyant la ville de Rome assiégée par ses ennemis, négligeait de la défendre lorsqu'il peut la délivrer, ne serait-il pas regardé comme un traître ? De même, vous qui voyez les impies attaquer la vérité de Dieu, si vous refusez de parler lorsque vous pouvez la défendre, n etes-vous pas censé l'avoir abandonnée et livrée? Or si c'est une impiété de taire la vérité parla crainte de ceux qui peuvent tuer le corps, ne sera-ce pas une impiété plus énorme de la taire par quelque motif de cupidité grossière ou de vaine ambition, et de préférer l'acquisition d'un morceau de pain ou d'un lambeau de gloire à l'intérêt de la vérité de Dieu ? »

« Ne craignez donc pas ceux qui tuent le corps, continue

saint Ghrysostôme ; car lors même que des impies ne le tueraient pas en haine de Dieu, votre corps mourra bientôt de lui-même par la loi de sa nature. Par conséquent, ceux dont les impies tuent le corps, n'y perdent qu'un sursis à la mort ; que dis-je? ils n'y perdent pas même ce sursis; car s'il est vrai qu'une feuille ne tombe pas de l'arbre sans l'ordre de Dieu, et s'il est vrai que tous les jours de notre vie sont comptés, nous ne pouvons évidemment avancer ou reculer le moment de la mort que Dieu a fixé pour chacun de nous. Supposons cependant que celui qui meurt pour Dieu, meurt avant le jour fixé. Mais si vous devez mourir bientôt sans défendre la cause de Dieu, pourquoi ne consentiriez-vous pas à mourir un peu plus tôt pour cette grande cause, afin d'offrir au Seigneur comme un sacrifice volontaire votre vie que vous serez forcé de lui abandonner un peu plus tard comme une dette. Si par exemple on vous prête quelque chose, comme un bœuf, un cheval ou un âne; ne vous empressez-vous pas de l'appliquer à l'usage auquel il est destiné ? car vous dites en vous-même : Aujourd'hui ou demain on me l'enlèvera, parce qu'il n'esf pas ma propriété. Et puisqu'en naissant vous avez reçu un corps périssable, pourquoi donc ne l'emploieriez-vous pas à l'utilité de vôtre âme ? Ne savez-vous pas qu'il vous sera prochainement ôté, parce qu'il ne vous appartient pas ? Ah ! quelle folie de haïr ce qui nous appartient et d'aimer ce qui ne nous appartient pas, de donner tous nos soins à ce que nous ne pouvons conserver et de négliger ce que nous devrons posséder éternellement ! Ne craignez- pas ceux qui tuent le corps, ajoute encore saint Ghrysostôme; car qu'est-ce que la crainte de la mort? Ce n'est pas la douleur de quitter son corps, mais le désespoir de ne plus vivre après la mort ; ainsi, vous craignez la mort, si vous n'attendez pas d'autre vif après la

mort. En voulez-vous une preuve ? Souvent des personnes malades endurent des douleurs aiguës sans mourir, néan- \ moins elles préfèrent souffrir cruellement que de mourir. Vous voyez donc que ce n'est pas la douleur de la mort mais la mort elle-même qui inspire de la crainte aux hommes. » Le même Père dit ailleurs : « La mauvaise conscience n'est jamais tranquille, mais'toujours pusillanime et craintive. » « Ce qui rend une âme tremblante, dit également Sénèque, c'est la mauvaise conscience d'une vie qui n'est plus sans reproche. »

Ayez donc une confiance particulière, immense en Jésus- Christ ; appuyez-vous d'une manière inébranlable sur ses promesses et ses paroles dans tous vos dangers, vos doutes et vos besoins ; et alors toutes les phalanges des démons , toutes les troupes des pécheurs, tous les bataillons des sages et des puissants du monde vous attaqueraient-ils, regardez tout cela comme de la fumée que le vent dissipe, comme de l'ôtoupe que le feu consume, comme de l'écume qui s'évanouit en l'air. Si vous vous armez de courage dès le début de la tentation, vous serez ensuite plus difficilement vaincu. « Voici, dit saint Chrysostôme (Hom. 29 Oper. imperf.). comment le démon procède dans toutes ses attaques: il fond d'abord sur nous avec une impétuosité presque intolérable ; mais si nous lui résistons avec courage, il retourne à la charge avec moins de vigueur ; et plus la résistance est énergique, plus son ardeur est refroidie. Ainsi devaient faire les premiers Chrétiens dans les persécutions ; si lorsqu'on les saisissait, ils confessaient leur foi sans frayeur, ils devenaient invincibles dans les tourments qui suivaient leur arrestation, car le démon est moins puissant que terrible. » Tel est le langage de saint Chrysostôme.

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