‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 5)Chapitre 10 sur 48 · REPROCHÉ CHARITABLE ADRESSÉ AU TRAITRE JUDAS ,* SON DÉPART · texte numérisé non relu

REPROCHÉ CHARITABLE ADRESSÉ AU TRAITRE JUDAS ,* SON DÉPART

Matth. XXVI, — Marc. xiv. — Luc. xxiv. — Joan. xiii.

Considérons maintenant dans le récit de la Cève une troisième circonstance, qui est bien pr >pre à exciter nos gémissements et nos larmes. Après avoir cessé de parler à ses disciples, Jésus se troubla, c'est-à-dire il s'affligea vivement non point selon la chair, mais selon l'esprit, par un effet de sa réflexion (Joan. xiii, 21) ; car lui-même excita volontairement dans la partie sensitive de son âme cette émotion qui n'était point contraire mais plutôt conforme h la raison. N'est-ce pas en effet le propre de l'homme vertueux de se sentir troublé à la vue des vices et des crimes ? Ce trouble spirituel porte à la miséricorde et à la pitié, tandis que le trouble charnel pousse à la fureur ou à la colère. Le Sauveur fut donc ému spirituellement de compassion pour le malheureux disciple qui allait se perdre en le trahissant. Il voulait par là nous apprendre ce que nous devons ressentir et faire quand nous voyons notre prochain se précipiter en de graves désordres ; il voulait surtout enseigner aux prélats ou supérieurs ecclésiastiques qu'ils ne doivent point, sans éprouver une profonde douleur, retrancher les plus grands pécheurs de la communion de notre mère la sainte Église. Ainsi, les justes sont émus de charité lorsqu'ils se trouvent dans la nécessité de séparer l'ivraie du froment avant le temps de la moisson. Saint Augustin dit à ce sujet (Tract. 60 in Joan.) : « Que le Chrétien soit troublé non par la misère mais par la misé-

ricorde ; il doit appréhender que les hommes ne périssent et désirer que totis se sauvent ; il doit aussi s'affliger quand les uns se perdent, et se réjouir quand les autres se convertissent. Mais en même temps qu'il craigne d'être condamné éternellement cà l'enfer, qu,'il gémisse d'être exilé si longtemps sur la terre, qu'il soupire sans cesse après le royaume céleste et que cette espérance seule fasse ici-bas toute sa consolation. »

Saisi donc de tristesse, pendant que les disciples étaient à table, Jésus leur dit (Matth. xxvi, 2\) : En vérité, je vous déclare qu'un de vous, mes douze compagnons les plus habituels et les plus intimes à qui j'ai lavé les pieds et promis des récompenses magnifiques, un de vous me trahira, moi qui suis son Seigneur, son Maître et son Sauveur ; il est un de vous, quant au nombre mais non quant au mérite, de corps et non d'esprit, en apparence et non en réalité par les vertus. 0 monstrueuse ingratitude de Judas qui osalivrer àla mort son Pasteur, son commensal, son nourricier! Aussi Jésus-Christ dit d'après saint Luc (xxii, 21) : Voici que lamain de celuiquidoit me trahir estavec moi à cette table. Cette même plainte, hélas ! ne pourrait-il pas l'exhaler encore aujourd'hui à l'égard de tant de ministres perfides, qui ne craignent pas d'approcher indignement du saint autel et de livrer autant qu'ils le peuvent par leurs péchés, le fils de Dieu pour être crucifié ? N'est-ce pas en effet un crime bien plus énorme de trahir le Christ maintenant qu'il règne dans les cieux, que de l'avoir trahi pendant qu'il vivait sur la terre ? a Malheur dès cette vie et durant l'éternité ! » s'écrie le Vénérable Bède (in cap. 2,2, Luc.) ; malheur à l'homme assez téméraire pour prendre place au banquet eucharistique et participer aux divins mystères avec un cœur rempli de sentiments hypocrites ou avec une

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