REPROCHE CHAKITABLE ADRESSÉ AU TRAITRE JUDAS
conscience souillée de quelque péché mortel ! à l'exemple de l'infâme Judas, il livre le Fils de Dieu, non plus il est vrai à des Juifs pécheurs, mais néanmoins à des membres coupables, à ses propres membres qui, par leur contact impur, profanent le Corps immaculé du Sauveur. Malheur, dis-je, à cet homme dont Jésus est forcé de se plaindre aux Anges qui l'assistent et le servent dans l'oblation du gacrifice où lui-môme consacre le pain et le vin I Voilà, leur dit41, que la main cVun traître est avec moi à cette table. Suivant Origène (Tract. 35 in Matth.), ils encourent une semblable malédiction tous ceux qui, dans l'Eglise, tâchent de nuire à leurs frères, en la société desquels ils participent à la communion du Corps adorable de Jésus-Christ.
Notre-Seigneur annonça d'avance la trahison d'un de ses disciples qu'il signala de quelque manière pour trois raisons : premièrement, afin de prouver que lui-même était Dieu, puisqu'il révélait les choses futures dépendantes d'une volonté libre ; secondement, pour montrer qu'il allait souffrir spontanément, puisqu'il aurait bien pu se préserver d'une mort qu'il avait su prévoir ; troisièmement, pour que le traître abandonnât son infâme dessein en le voyant découvert. Saint Jérôme dit à ce sujet (in cap. 26, Matth.) : « Le Sauveur prédit qu'il serait livré par un traître, afin de le porter au repentir en lui faisant comprendre que ses sinistres projets étaient déjà connus ; pourtant il ne le désigna point nommément, de peur que ce reproche manifeste ne le rendit plus audacieux ; mais il dénonça le crime d'une manière générale, afin que le coupable, se reconnaissant lui-même, revint secrètement à résipiscence. » — Remarquons ici qu'il y a quatre moyens de détourner Tin pécheur du mal, et que, dans son extrême miséricorde, le divin Maître n'en omit aucun à l'égard de son disciple
perfide. Le premier procédé est d'inspirer de la confusion pour le crime ; aussi le Seigneur tâcha d'inspirer ce sentiment à Judas, lorsqu'il dit: Un de vous me trahira. Voilà qu'il est à table avec Quoi. Le sacond procédé consiste à corriger par la crainte celui qu'on n'a pu vaincre par la honte ; ainsi Jésus menaça le traître de la damnation en disant: Malheur à lliomme par' qui sera livré le Fils de l'homme (Matth. xxvi, 24). Le troisième est de prodiguer les bienfaits ; le Sauveur ne les épargna pas au coupable qu'il reçut à sa table et dont il lava les pieds. Le quatrième enfin consiste à témoigner de l'affection ; c'est ce que fit le Seigneur en disant avec douceur à l'apostat qui le livrait par un baiser : Mon ami, qu es-tu venu faire ici ? (Matth. xxvi, 50.) A l'exemple de Jésus-Christ, le pasteur charitable ou supérieur ecclésiastique doit user de condescendance et de bonté envers ses sujets même rebelles, afin de les ramener de leurs égarements autant qu'il dépend de lui.
Judas néanmoins ne fut ébranlé par aucun moyen, et il persista dans l'horrible dessein de livrer cet homme incomparable qu'il savait être le Fils même de Dieu. Aussi, dès que nous voulons considérer pieusement la Passion du Sauveur, le premier trait qui fixe douloureusement notre :;ttention, c'est la perfidie de Judas. Il fut rempli d'une fourberie si pernicieuse qu'il trahit son Seigneur et son Maître ; il fut dévoré d'une avarice si aveugle qu'il vendit son Dieu à prix d'argent et ne craignit point d'échanger le sang précieux du Rédempteur contre quelques viles pièces de monnaie ; il poussa l'ingratitude jusqu'à livrer à la mort Celui qui lui avait confié l'administration de tous ses biens et qui l'avait élevé aux suprêmes honneurs de l'apostolat; son cœur endurci resta insensible à toutes les faveurs et prévenances du Sauveur qui l'admit à sa familiarité et à sa