REPROCHE CHARITABLE ADRESSÉ AU TRAITRE JUDAS
de la science de Dieu ; c'est la fontaine de la miséricorde, le siège de la bonté. Glorieux Jean ! d'où vous vient donc une si honorable privante ? Êtes-vous plus élevé que Pierre, plus vertueux qu'André, plus considéré que tous les Apôtres ? Ce privilège spécial vous le devez à votre virginité ; c'est à cause de cette qualité particulière que le Seigneur vous a choisi et vous chérit entre tous les autres. Réjouissez-vous maintenant, ô vierges du Seigneur, approchez-vous davantage, allez avec saint Jean partager les douceurs ineffables qu'il goûta en reposant sur le cœur sacré de Jésus.» Après avoir entendu parler ainsi saint Anselme, considérons aussi les autres Apôtres. Consternés de la triste déclaration que le divin Maître leur a faite, ils ont cessé de manger et, se regardant les uns les autres, ils ne savent quel parti prendre.
Dès que Judas eut pris le morceau trempé, Satan qui le vit ainsi désigné entra dans lui ; il avait déjà pénétré dans son cœur, comme dans un fonds étranger pour le tenter et le gagner, puisqu'il l'avait poussé et même déterminé à vendre le Seigneur ; mais il y vint alors comme dans son propre domaine, pour posséder etassujétir plus complètement celui qui s'était constitué tout entier son esclave, afin de l'entraîner à exécuter tout le mal qu'il lui avait persuadé de faire précédemment. Par son ingratitude pour les bienlaits du Sauveur, Judas mérita de tomber plus profondément sous l'empire du démon, de même qu'eu sens opposé les Apôtres, après avoir reçu d'abord le Saint-Esprit par le soufïle du Seigneur ressuscité, méritèrent par leur fidélité de le recevoir plus pleinement au jour de la Pentecôle. — Remarquons à ce sujet qu'il y a diverses manières d'entrer dans l'homme. Ainsi le démon peut entrer par son essence dans le corps humain, comme nous le voyons dans les dé-
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moniaqnes; mais Dieu seul peut entrer par son essence dans l'âme humaine, parce que lui seul peut occuper et remplir une nature ou substance spirituelle créée par sa puissance. En effet, l'âme humaine n'ayant point les dimensions de l'étendue, une autre chose ne peut être en elle comme renfermée en sa capacité ; rien ne peut être en elle sinon Dieu qui, lui ayant donné l'existence, s'y trouve par sa puissance ou vertu et conséqucmment par son essence, car la puissance et l'essence ne sont en Dieu qu'une môme chose. Si cependant on dit que le démon s'insinue dans l'âme humaine, c'est seulement parce qu'il la porte à des aff'ections ou à des actions coupables ; il habite ainsi par sa malice et sa fourberie dans l'homme qu'il séduit et qu'il trompe. C'est de cette manière qu'il entra dans Judas pour exercer sur lui une pleine domination, en l'amenant à consommer le crime auquel il l'avait fait artificieusement consentir, après lui en avoir suggéré le projet. Nous pouvons exphquer cette tactique infernale par un exemple sensible. Lorsqu'une porte est tellement soUde que le voleur ne peut entrer ni de force ni en cachette, il fait glisser adroitement par une fenêtre quelque complice qui vient ensuite lui ouvrir la porte, et il en'.re ainsi dans la maison où il exerce le pillage. Ce voleur, c'est le démon, qui a pour complice toute pensée ou délectation mauvaise ; lorsqu'il l'a fait pénétrer par la fenêtre des sens, elle ne tarde pas à lui ouvrir la porte du consentement ; et une fois introduit dans la demeure de l'âme, il la dépouille de ses biens les plus précieux. Veillons donc attentivement, dit Origène (inJoan.), de peur que le diable n'enfonce dans notre cœur quelqu'un de ses traits enflammés ; car s'il y réussit, il ne cesse d'assiéger la place, jusqu'à ce qu'il parvienne à s'en emparer entièrement.