‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 5)Chapitre 14 sur 48 · REPROCHR CHARITABLE ADRESSÉ AU TRAITRE JUDAS · texte numérisé non relu

REPROCHR CHARITABLE ADRESSÉ AU TRAITRE JUDAS

Le Seigneur ensuite donuaau traître la permission d'agir; carsanscettepermissioniln'eût rienpufaire contre lui. Il lui dit donc (Joan. siii, 27) : Ce que tu fais, fais-le bientôt, ou en d'autres termes : Ce que tu veux exécuter, tune tarderas point à l'accomplir. Il dit justement : Ce que tu fais ; carun crime qui est résolu est censé déjà fait. Ce que Judas allait faire devait assurément tourner à sa perte, mais en même temps à l'avantage commun de tous les fidèles. Ainsi par leurs actions, beaucoup d'hommes procurent aux autres d'beureux résultats sans en retirer pour eux-mêmes aucun profit, parce qu'ils agissent avec des intentions mauvaises, en obéissant à leurs passions criminelles. Par les paroles qu'il vient d'adresser au disciple perfide, le Seigneur ne l'engage pas sans doute à consommer son attentat, mais il témoigne combien il désire vivement assurer notre salut qui devait en être la suite. Il ne commande pas et ne conseille pas la trahison, car Dieu ne peut ni commander ni conseiller le mal ; mais il prédit et permet l'événement, en donnant au traître le pouvoir d'agir contre lui; car il voyait que l'esprit de cet homme ne pouvait trouver de repos, tant il était tourmenté par l'impatience de réahser l'infâme entreprise qu'il ne pouvait néanmoins efî'ectuer sans une permission divine. Ces dernières paroles du divin Maître expriment tout à la fois un reproche et un souhait ; elles attestent l'ingratitude du coupable qui, au moment même où il recevait tant de bienfaits, tramait la mort de son Bienfaiteur ; elles montrent aussil'ardeur etlasoifque le Seigneur éprouvaitpour l'œuvre de notre rédemption, car il brûlait non pas de se venger par le châtiment du traître mais de se sacrifier pour le bonheur du monde.

Ayant donc mangé le morceau de "pain que Jésus lui avait présenté, Judas sortit aussitôt pour aller chercher la co-

boite qui devait arrêter le Seign-eur (Joan. xiii, 30). De même le prêtre aveugle qui ose recevoir indignement le corps du Sauveur s'éloigne de plus en plus de Dieu, parce qu'il fait un mauvais usage d'un bien excellent; cette témérité le rend coupable d'un grand crime, en sorte qu'au lieu de se montrer reconnaissant des bienfaits, il finit par se séparer ouvertement de son Bienfaiteur. — Or il était nuit, ajoute rÉvangéliste, comme pour indiquer que le moment était favorable à l'affreux accomplissement du plus noir projet, et qu'une obscurité profonde avait enveloppé l'âme sombre du disciple perfide. La circonstance était donc en rapport avec l'événement dont elle empêchait la manifestation ; car celui qui sortait clandestinement de la Gène était un fils de la nuit qui allait exécuter des œuvres ténébreuses et se précipiter dans des abîmes éternels. — Ainsi, au lieu de devenir meilleur dans la plus sainte compagnie Judas y était devenu pire, de sorte qu'il encourut pour cette raison la plus rigoureuse damnation. En effet, selon la remarque de saint Chrysostôme (Serm. de virtutibus et vitiis), comme les justes méritent une double récompense, parce qu'ils sont devenus bons et qu'ils ne se sont point laissé corrompre par la contagion des méchants ; de même en sens opposé, les méchants méritent une double punition, parce qu'ils sont devenus mauvais et qu'ils n'ont pas voulu profiter de leurs relations avec les bons.

Quand Judas fut sorti pour livrer son Maître à la mort, Jésus dit à ses autres Apôtres (Joan. xiii, 31) : Maintenant le Fils de l'homme est glorifié. Comme s'il disait : Le disciple impur en se retirant me laisse avec ceux-là seuls que j'ai purifiés ; à présent donc que les ténèbres et les ombres ont fui loin de leur société, je suis glorifié en eux, car il ne reste plus parmi eux que lumière et vérité. « Seigneur

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Jésus ! s'écrie saint Anselme (de Passione Domini), quel ue fut pas l'excès de votre mansuétude à l'égard du traître ! Vous n'avez pas voulu le désigner et le confondre en présence des autres Apôtres, mais vous vous êtes contenté de l'avertir avec modération, en lui disant d'exécuter promptement ce qu'il avait résolu ; néanmoins tous vos ménagemenls ne purent calmer la fureur dont il était animé contre vous, et sorti du cénacle, il s'empressa d'accomplir ses criminels d-esseins. C'est alors, ô Jésus ! que vous fûtes glorifié dans votre famille devenue pure comme une société angélique. » — On peut entendre les paroles du Sauveur en cet autre sens : Maintenant le Fils de ïhomme est glorifié en lui-même, non pas encore quant à l'effet, mais du moins quant à la cause ; car dès cette heure commence le drame de sa Passion qui doit lui mériter la gloire de sa résurrection et de son ascension ; et Dieu est glorifié en lui parce qu'il n'a cherché en tout que la gloire de son Père. De plus, maintenant le Fils de Vhomme est glorifié non seulement en sa propre personne, mais aussi en son corps mystique ; car ce départ de Judas quittant la compagnie du Seigneur et des Apôtres figure la réprobation des méchants, qui à la fin des siècles seront lejetés de la société du Sauveur et des élus. Alors Jésus-Christ apparaîtra dans tout l'éclat de sa gloire, et tous les bons seront réunis à lui comme les membres à leur divin Chef, tandis que tous les damnés seront précipités comme la paille dans les flammes éternelles. Selon saint Augustin (Tract. 63 in Joan.), Jésus-Christ prévoyait ce grand jour du jugement général, quand, à la sortie du traître qui se séparait de lui comme l'ivraie, il dit à ses saints Apôtres qui restaient près de lui comme le pur froment: Maintenant le Fils de l'homme est glorifié; il semblait ainsi dire : Voilà l'image de ce qui arrivera au

moment suprême de mon glorieux triomphe ; nul pécheur n'y participera et aucun juste ne périra éternellement.

Seigneur Jésus, bon Pasteur qui avez employé tous les moyens pour rappeler à une pénitence salutaire votre disciple égaré, retirez-moi de mes erreurs et de mes désordres. Donnez-moi, doux Sauveur, la vertu et la force de vaincre le démon qui veille et combat sans cesse contre moi; qu'il ne m'entraîne pas par ses funestes artifices dans les ténèbres de l'enfer, mais que, soutenu par votre grâce miséricordieuse, je parvienne aux splendeurs de la gloire; faites enfin que je sois admis dans la céleste patrie, où, semblables aux Anges, les justes brilleront comme le soleil dans le royaume de leur Père (Matth. xiii, 43.). Ainsi soit-il.

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