‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 5)Chapitre 3 sur 48 · JUDAS VEND LE SEIGNEUR JÉSUS · texte numérisé non relu

JUDAS VEND LE SEIGNEUR JÉSUS

recherchées, il a coutume de demander à l'acheteur : Combien en donnerez -vous ? et si au contraire ce sont des choses précieuses, il lui dit : Vous en donnerez tant.

Selon le sens mystique, Judas nous représente ici ces juges, ces prélats et ces prêtres cupides qui osent vendre la justice, les bénéfices et les sacrements; ils disent souvent, sinon en paroles, du moins par leurs actes : Que voulez-vous me doimer et je vous le livrerai ? « Hélas ! s'écrie saint Bernard, nous ne pouvons le dire sans d'amers gémissements, combien, parmi ceux qui sont chargés de conduire les âmes, combien qui préparent dans le creuset de l'avarice les opprobres, les verges, les clous, la lance et la croix pour faire souffrir et mourir le Sauveur ! Semblables à Judas dans le fond, ils n'en diffèrent que dans la forme. Celui-ci se contenta de quelque pièces d'argent pour prix de son infâme trahison; mais eux pour satisfaire lear insatiable cupidité extorquent des sommes immenses, ne soupirent qu'après les richesses, ne craignent rien tant que de les perdre, et se reposent avec complaisance dans leur possession. Ils sont insensibles au salut comme à la perte des âmes; une fois engraissés du patrimoine de Jésus-Christ, il ne compatissent pas plus aux maux de leurs frères que les enfants de Jacob ne compatirent à l'affliction de Joseph.» Ainsi s'exprime saint Bernard.

La conduite de Judas envers le Sauveur nous fournit trois grands enseignements, dont nous devons profiter. Le premier est de nous précautionner nous-mêmes pour éviter uu pareil crime, dans lequel nous pouvons tomber de plusieurs manières. « Aujourd'hui, dit le Vénérable Bède (in cap. 14 Marc), beaucoup ont en horreur l'abominable trahison de Judas qui, pour un peu d'argent, vendit son Seigneur, son Maître et son Dieu; mais dans la pratique ils ne

craignent point de commettre une semblable félonie. En efîet, lorsque corrompus par des présents, ils portent contre quelqu'un un faux témoignage, en niant ainsi la vérité pour de l'argent, ne vendent-ils pas Jésus-Glirist qui a dit de lui-même : Je suis la Vérité (Joan. xiv, 6)? Lorsqu'ils sèment la discorde parmi leurs frères, ne trahissent-ils pas Dieu qui est la charité même ( I Joan. iv, 8 ) ? Quoique personne alors ne leur donne d'argent, ils n'en vendent pas moins le Seigneur, parceque, rejetant l'image de Dieu à la ressemblance duquel ^Is ont été créés, ils préfèrent l'image du prince de ce siècle, en imitant les détestables exemples de cet antique ennemi.» Selon la remarque de saint Jérôme (in Marc), de même que saint Jean-Baptiste, quoiqu'il n'ait pas succombé directement pour la foi du Christ mais pour la défense de la justice, ne fut pas moins pour cela martyr du Christ, qui est la justice en personne ; de même, en sens contraire, celui qui foule aux pieds les droits de la charité et de la vérité, trahit par là même Jésus-Christ, qui est la vérité et la charité par essence. Bien plus, on peut dire généralement avec Origène (tract. 35 in Matth.), que quiconque abandonne la justice pour des intérêts ou des avantages temporels vend Dieu, la justice souveraine. Ils vendent aussi Dieu tous ceux qui, au mépris de sa crainte et de son amour, livrent de préférence leurs afîections et leurs soins aux biens terrestres et périssables, ou même aux choses criminelles. Ils vendent Dieu d'une manière plus particulière les simoniaques qui prétendent échanger, pour de l'argent, la grâce divine que renferme le sacrifice de la messe, les sacrements et les autres choses sacrées ou spirituelles. Et comme la tache de simonie souille celui qui donne et celui qui reçoit, les Juifs, en achetant le Christ, se rendirent non moins coupables que Judas, en le vendant. —

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