‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 5)Chapitre 29 sur 48 · ET SCELLÉ PAR LES JUIFS · texte numérisé non relu

ET SCELLÉ PAR LES JUIFS

Matth. XXVII. — Marc. xv. — Luc. xxiii. — Joan. xix.

A l'heure des Compiles, ravivez encore votre douleur et votre tristesse. Le temps pressait ; car bientôt allait commencer la solennité du sabbat, durant laquelle on ne de-

vait plus faire les préparatifs de sépulture ; d'ailleurs, il fallait surtout éviter les calomnies des Juifs à ce sujet. L'apôtre Jean conjure donc la sainte Vierge de vouloir bien leur abandonner Jésus pour l'ensevelir. Cette Mère discrète, se rappelant que son divin Fils l'avait elle-même confiée au disciple bien- aimé, n'opposa plus de résistance ; et après avoir béni le corps sacré, elle le remit entre leurs mains.

Aussitôt commença l'embaumement, sel.on que les Juifs avaient coutume d'ensevelir les personnes les plus respectables, d'après l'ancienne tradition de leurs premiers pères (Joan. xiY, 40). Ainsi, le corps de Jésus fat entouré d'aromates avec des linges que Nicodème avait apportés, comme on le croit. Ces linges étaient des bandelettes qu'on roula autour des membres, tandis qu'on couvrit la tête d'un suaire également de pur lin, comme tout le reste. Marie tenait cependant toujours sur ses genoux cette tête chérie dont elle s'était réservée de prendre un soin particulier. Madeleine de son côté tenait les pieds près desquels elle avait jadis trouvé miséricorde ; après les avoir souvent baignés de ses larmes, essuyés de ses cheveux et couverts de baisers, elle les enveloppa le mieux qu'elle put. Quand les diverses parties du très-saint corps eurent été convenablement disposées, Joseph l'enveloppa dans le linceul blanc qu'il avait acheté (Matth. ixvii, 59). Tous alors, regardant la divine Mère, attendirent qu'elle eût achevé ; puis ils recommencèrent leurs lamentations, car ils étaient tellement suffoqués par les sanglots qu'ils ne pouvaient se parler les uns aux autres. Ils plaignaient surtout Marie qu'ils voyaient inconsolable d'être séparée de son divin Fils. A ce touchant spectacle, âmes dévotes, renouvelez aussi vos gémissements et vos pleurs, si toutefois vous les avez interrompus.

Voyant qu'elle ne peut différer davantage, la sainte

Vierge applique son visage sur celui du Sauveur qu'elle inonde de ses larmes, colle sa bouche sur celle de Jésus qu'elle recouvre d'an voile avec précaution, et enfin adresse un dernier adieu à ce cher Fils qu'elle bénit encore. Tous aussitôt, fléchissant les genoux, adorent leur bon Maître ; et, après avoir baisé respectueusement ses pieds, ils prennent dans leurs mains son corps sacré qu'ils portent jusqu'au lieu du sépulcre, à cinquante pas environ du Calvaire. Durant le trajet, Marie soutient la tête et Madeleine les pieds. « Ames fidèles, s'écrie saint Anselme (in Spécule), suivez ce lugubre cortège qui entoure le plus riche trésor de la terre et du ciel ; joignez-vous à ces amis dévoués du Seigneur afin de soutenir ou ses pieds, ou ses mains ou ses bras ; recueillez avec soin les gouttes de ce sang précieux qui tombent sur la terre, et baisez avec respect la poussière que ses pas ont foulée. » Le deuil de la sainte Vierge aux obsèques de son divin Fils avait été figuré autrefois par celui de David aux funérailles d'Abner que Joab avait tué par trahison. Le roi, vivement afQigé de la perte de son ami, accompagnait le convoi funèbre, en manifestant une si profonde tristesse que tout le peuple en fut touché jusqu'aux larmes (II Reg. m). De môme la. douleur amère de la sainte Vierge excitait la compassion de tous les assistants qui pleuraient avec elle la mort du Sauveur,

Or, au lieu même du crucifiement^ il y avait un jardin où se trouvait un sépulcre neuf^ dans lequel personne encore n'avait été mis (Joan xix, 41). Joseph l'avait fait tailler pour lui dans le roc (Matth. xxvii, 60). Comme c'était la veille du sabbat, on déposa Jésus dans ce tombeau qui était proche (Joan. xix, 42) ; car on n'aurait pas eu le temps de le transporter plus loin, avant que la solennité commençât, comme le fait observer saint Ghrysostôme (fîom.84 in Joan.).

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Des millions d'Anges assistèrent à cette funèbre cérémonie, (lit saint Augustin (Tract. 120 in Joan.) ; et ils chantaient les louanges de leur Seig-neur, tandis que Marie faisait entendre les plaintifs gémissements de son cœur oppressé. Ce fut providentiellement qu'on déposa le Sauveur dans un sépulcre qui n'avait encore point servi ; car de la sorte, selon saint Ambroise et saint Ghrysostôme, les Juifs incrédides ne purent contester si le mort ressuscité trois jours après n'était point un autre que Jésus. En outre, comme le remarque saint Augustin (loc. cit.), de même que nul, ni avant ni après le Sauveur, ne fut conçu dans le chaste sein de la sainte Vierge, nul aussi, ni avant ni après lui, ne fut enseveli dans le même tombeau. De plus, par une disposition non moins providentielle que signalent saint Augustin (Serm. de Sabbato Sancto) et saint Jérôme (in cap. 27, Matth.), le sépulcre était taillé dans le roc et non point creusé dans le sol ou construit en maçonnerie ; s'il n'en avait été ainsi, les Juifs auraient pu soupçonner les disciples d'avoir enlevé furtivement le corps, soit en défonçant la terre, soit en perçant la muraille.

A l'exemple de saint Théophile (in cap. 19 Joan.), admirons ici l'extrême indigence à laquelle Notre-Seigneur s'était réduit pour nous en ce monde ; car après avoir été crucifié tout nu, il voulut être enveloppé dans un linceul et enseveli dans un sépulcre qui ne lui appartenaient point. Jésus-Christ, dit saint Anselme (in Speculo), fut tellement pauvre, qu'il naquit dans une maison étrangère, qu'il vécut sans avoir de domicile pour reposer sa tête, qu'il mourut sans avoir de vêtements pour couvrir sa nudité, et qu'après sa mort il ne possédait en propre ni linceul pour y être enveloppé, ni sépulcre pour y être enseveli. Ainsi, comme le dit saint Ambroise (in cap. 23 Luc), Celui-là

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même qui était immolé pour le salut des autres, fut déposé dans le tombeau d'autrui. Il voulut montrer par là que la mort ne devait point le retenir captif ; car pouvait-il désirer un sépulcre après sa mort Celui qui allait triompher de la mort par sa résurrection ? La sépulture si simple du Sauveur, ajoutent saint Jérôme et le Vénérable Bède, condamne la vaine ostentation des riches, qui jusqu'après leur trépas font ressortir leur orgueil par la magnificence des monuments érigés en leur honneur. Cependant, hélas 1 comme saint Augustin le remarque (de Cura pro mortuis habenda), la pompe et le luxe qu'on déploie dans les funérailles, la grandeur et la somptuosité qui éclatent dans les mausolés, peuvent bien procurer quelque consolation aux vivants, mais ne sauraient fournir aucun soulagement aux défunts.

A la sépulture de Notre-Seigneur, nous ne voyons briller ni l'or, ni la soie, ni la pourpre, ni les pierreries, mais un linceul blanc avec des linges propres qui consistaient en des bandelettes pour entourer les membres et en un suaire pour couvrir la tête du Sauveur. Nous devons conclure de là, selon saint Jérôme (in cap. 27 Matth,), que le corps de Jésus-Christ dans le sacrifice de l'autel doit être posé sur du linge, à l'exclusion de tout autre drap. C'est pour la même raison que le pape saint Sylvestre prescrivit de consacrer le corps de Jésus-Christ non point sur des étoffes teintes ou précieuses, mais uniquement sur la toile blanche de lin pur. — En outre, de ce que le corps de Jésus-Christ fut enveloppé dans un linceul neuf et déposé dans un sépulcre nouveau oiî personne n'avait encore été mis, Pierre le Chantre, célèbre docteur de Paris, conclut que tous les linges et les vêtements sacrés, employés pour la célébration de la Messe, doivent être confectionnés avec des matières

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neuves qui n'aient point servi précédemment à d'autres usages, et cela par respect pour l'adorable Eucharistie ; et aussi, quand une fois ils ont été consacrés au service de Dieu, on ne doit plus les appliquer à autre chose, mais plutôt les détruire.

Quand le Maître de la vie eut été placé dans cet asile de la mort, les pieux assistants lui témoignèrent encore leur respectueuse dévotion par des pleurs et des gémissements. Sa Mère, toujours désolée, s'assit du côté de la tête ; puis se penchant sur le corps, elle étendit encore les mains vers lui comme pour le retenir ; appliquant alors ses lèvres sur le tombeau qui le renfermait, elle bénit de nouveau son divin Fils avec une touchante effusion et déplora sa douloureuse séparation avec d'amers sanglots. Jean, baigné de larmes, vint la relever et l'emmena dehors. Tous étant sortis, on roula une grosse pierre devant la porte du sépulcre pour en fermer l'entrée (Matth. xxvii, 60). Si cette pierre eût été petite, dit saint Augustin (Serm. de Sabbato Sancto), les gardes auraient pu déclarer que, pendant leur sommeil, les disciples de Jésus étaient venus enlever son corps ; mais comme elle était si grande qu'il fallait les forces réunies de plusieurs hommes pour la remuer, une telle allégation devenait incroyable. Cette masse énorme, ajoute saint Jérôme (in cap. 27 Matth.), montre que le sépulcre ne pouvait être ouvert par un homme tout seul ; si cependant Jésus-Christ en est sorti, ce n'a pu être sans une puissance surhumaine, de sorte que sa résurrection ne saurait être révoquée en doute avec quelque vraisemblance.

D'après ce que firent Joseph et Nicodème pour la sépulture du Sauveur, nous apprenons ce que nous devons faire pour la réception de l'Eucharistie. Ils ensevelirent Jésus- Christ avec des linges propres et un linceul blanc; recevons-

le, SOUS les voiles sacramentels, avec des affections pures et une conscience nette, en sorte que notre âme et notre corps soient convenablement disposés. Ils embaumèrent le corps sacré avec des aromates composés de myrrhe et d'aloès ; accueillons-le avec une fervente dévotion excitée par l'amertume de la pénitence et de la compassion. Ils le déposèrent en un sépulcre tout neuf et encore vide ; introduisons-le dans notre cœur, renouvelé par la grâce divine, et exempt de souillure mondaine. Notre cœur ainsi préparé, quand il conserve le souvenir toujours présent de Jésus- Christ, devient un véritable monument, suivant la signification étymologique d'oii ce mot semble provenir (monens mentem). Il doit être aussi un agréable jardin, cultivé avec soin, où le Seigneur vienne se reposer, comme il vint autrefois dans le jardin qui renfermait son tombeau. De même que ce tombeau était taillé dans la roche, notre cœur doit être solidement établi dans la vertu et spécialement dans la foi sur laquelle l'Église est fondée d'une manière inébranlable. La grosse pierre que l'on roula devant la porte du sépulcre pour en interdire l'accès, représente la fermeté constante qui est nécessaire pour préserver notre âme du péché, si nous ne voulons pas que le Sauveur l'abandonne avant le jour définitif de la résurrection glorieuse. En effet, dit saint Ambroise (in cap. 23 Luc.;, le Chrétien fidèle qui a inhumé en lui-même Jésus-Christ doit veiller attentivement dans la crainte de le perdre, s'il laissait entrer quelque étranger perfide. Car, selon saint Hilaire (can. 33 in Matth.), personne autre que le Créateur ne doit y pénétrer ; et nul, excepté lui, ne doit en prendre possession. D'après la pensée de saint Ambroise (loc. cit.), le Sauveur voulut que son corps fût placé dans le tombeau d'un homme juste, pour montrer qu'étant ennemi de l'iniquité il repose unique-

ment dans le cœur de l'homme vertueux, et que, ne devant plus mourir pour les méchants, il ne voulait plus demeurer en leur société.

Le monument où fut inhumé le corps du Sauveur était un caveau de forme circulaire, taillé dans le flanc du rocher au bas duquel s'étendait le jardin appartenant à Joseph d'Arimathie. Cette grotte avait huit pieds et demi de longueur et autant de largeur ; elle était assez haute pour qu'un homme debout à l'intérieur pût à peine atteindre la voûte en élevant le bras ; et vers l'orient, elle avait une ouverture devant laquelle on roula la grosse pierre destinée à en fermer l'entrée. Dans la partie septentrionale de la grotte se trouvait le tombeau où l'on étendit le corps du Sauveur ; c'était une niche pratiquée au ciseau, longue de sept pieds et demi, élevée de trois palmes au-dessus du pavé, et aussilargeque haute ; cette niche, était entièrement ouverte non pas en dessus mais par le côté vers le midi, et c'est par là qu'on put y introduire le corps du Seigneur. La roche, dans laquelle était creusé le monument avec le tombeau, était tachetée de rouge et de blanc. Ce monument avait ainsi la forme d'une chambre qui renfermait un sépulcre. Les anciens Juifs construisaient de cette manière les tombeaux, surtout ceux qui étaient spécialement destinés aux principaux personnages, afin que leurs descendants pussent être inhumés près d'eux dans un même caveau ; de là vient que l'Écriture, parlant des rois de Juda, dit ordinairement pour chacun d'eux : Il fut enseveli avec ses ancêtres dans la cité de David.

Plus tard, pour honorer la sépulture et la résurrection glorieuse de Jésus-Christ, on bâtit sur ce même emplacement une magnifique Église en rotonde qui recevait la lumière du jour par la seule ouverture de la coupole. Dans

sa vaste enceinte, elle comprenait la montagne du Calvaire avec plusieurs autres lieux saints, et surtout le saint Sépulcre qui est renfermé dans une chapelle circulaire construite de pierres très-belles. Élevée sur les endroits mêmes où Notre-Seigneur a opéré les plus grandes merveilles, cette basilique insigne occupe à bon droit le premier rang parmi tous les lieux dignes d'une vénération particulière ; aussi elle a reçu un titre patriarcal. Elle était autrefois desservie par des chanoines réguliers appartenant à l'ordre de saint Augustin et vivant sous la conduite d'un simple prieur, parce qu'ils promettaient obéissance au patriarche comme à leur seul abbé.

Or le jour où Notre-Seigneur fut crucifié et enseveli était le sixième de la semaine, celui que les Juifs vivant parmi les Grecs appelaient Parasceves, c'est-à-dire de la préparation ; car on devait alors préparer toutes les choses nécessaires, et même la nourriture, pour le sabbat du lendemain dont la solennité commençait dès la veille au soir (Luc. XXIII, 54). Rappelons-nous qu'en ce sixième jour de la semaine, où le premier homme avait commencé à vivre et à pécher, le divin Rédempteur a daigné mourir et satisfaire pour nous autres coupables. Voilà pourquoi il s'était écrié en mourant : Tout est consommé. En effet, l'œuvre de la réparation pour le genre humain était consommée, accompUe dès lors, en ce même jour de la semaine que l'avait été jadis l'œuvre de la création. Le Vénérable Bède dit à ce propos (in cap. 15 Marc.) : « Après avoir créé le monde en six jours. Dieu se reposa de son action au septième qu'il fit appeler pour cette raison Sabbat, c'est-àdire repos. De même, après avoir racheté le monde par le sacrifice de sa vie au sixième jour, Jésus-Christ se reposa dans le silence de la tombe au septième, en attendant la

gloire de la résurrection au huitième ; de cette manière, il nous a donné l'exemple du dévouement que nous devons exercer et aussi de la rétribution que nous devons espérer. Il faut, en efîet, que d'abord, comme notre divin Modèle, nous soyons immolés pour Dieu et crucifiés au monde en quelque sorte, pendant ce sixième âge du monde où nous vivons présentement ; il faut ensuite qu'après avoir payé la dette de la mort, nous nous reposions de nos peines et de nos fatigues durant le septième âge, tandis que nos âmes demeureront secrètement dans la paix du Seigneur et nos corps dans le secret du tombeau, jusqu'à ce qu'enfin, au huitième âge, nos corps réunis à nos âmes par leur glorieuse résurrection possèdent inséparablement avec elles le bonheur incorruptible de l'héritage éternel. Voilà justement pourquoi le soir du septième jour n'est point marqué dans la Genèse ; car après les labeurs de cette vie, le repos des âmes ne doit point se terminer par un sombre chagrin, mais s'augmenter au contraire par la joie plus complète de la résurrection future. » Ainsi s'exprime le Vénérable Bède.

Mais pourquoi, en nous rappelant les mystères douloureux opérés en ce sixième jour, l'Éghse prie-t-elle d'une manière plus expresse pour tous les hommes et spécialement pour tous les pécheurs, les hérétiques, les schismatiques, les païens et même pour les Juifs dans l'office principal du Vendredi-Saint? C'est qu'en ce jour plus que jamais notre doux Sauveur se montre très-miséricordieux pour pardonner les péchés, très-libéral pour communiquer ses dons, et très-généreux pour nous délivrer des peines que nous avions encourues. Ce fut en effet sur la croix qu'il demanda grâce pour ses cruels bourreaux, qu'à la simple prière d'un larron il lui promit le paradis, et que pour l'a-

boudante rédemption du monde il daigna verser tout son sang précieux, tandis qu'il lui suffisait d'en répandre une seule goutte. En ce jour aussi, l'Église imitant son divin Époux se montre très-miséricordieuse, très-libérale et trèsgénéreuse à l'égard de tous les hommes sans exception, pour lesquels elle ouvre tous ses trésors spirituels en offrant pour eux au Seigneur ses sufîrages, ses mérites et ses satisfactions.

En outre le Vendredi-Saint,' les pieux fidèles ont coutume de visiter les différentes églises ainsi que les divers autels, et cela pour trois raisons. 1° C'est parce qu'après la mort de leur divin Maître, les Apôtres et les saintes femmes visitèrent plusieurs fois son tonibegu. 2° C'est aussi parce qu'après avoir expiré sur la croix, le Sauveur visita dans les limbes les âmes des justes qui y étaient descendues successivement depuis l'origine du monde. 3° C'est encore' parce que les Saints sont plus disposés à écouter nos prières en ce jour où ils méritèrent d'être affranchis de leur longue captivité et admis dans le royaume céleste. Si un homme était tout à coup tiré de prison et élevé sur le trône, ne conserverait-il pas un agréable souvenir de cet heureux jour, et à l'époque anniversaire de sa glorieuse délivrance ne se plairait-il point à communiquer sa joie à d'autres en leur faisant part de ses largesses ? Il en doit être ainsi des Saints que Dieu s'est associés dans la gloire éternelle. C'est donc avec raison que, le Vendredi-Saint, les pieux fidèles visitent spécialement les heux consacrés à leur culte, afin d'obtenir leur protection.

En ce jour de la préparation au repos du Sabbat, les saintes

femmes^ qui avaient accompagné le Sauveur jusquà son

tombeau, remarquèrent avec une grande attention où et

comment son corps avait été déposé ; car elles se propo- T. VI. 28.

saient de revenir après la solennité du Sabbat pour lui rendre leurs hommages et lui ap"porter leurs parfums (Luc. xxTii, 55). « A l'exemple de ces pieuses personnes, dit le "Vénérable Bède (in cap. 15 Marc), les âmes humbles, d'autant plus dévouées au Seigneur quelles sont plus convaincues de leur faiblesse, suivent assidûment les traces du divin Rédempteur, en ce siècle qui est le temps de la préparation au repos de Féternité ; elles examinent avec une religieuse curiosité la manière dont sa Passion s'est accomplie pour l'imiter, autant que possible, de quelque façon ; après en avoir lu, écouté, médité les diverses circonstances, elles s'appHquent à exercer les actes des vertus agréables à leur divin Maître, afin qu'ayant achevé de se préparer ici-bas à la vie future, elles entrent dans le bienheureux repos du ciel jusqu'au jour de la résurrection, où elles iront se présenter à Jésus-Christ avec les aromates des bonnes œuvres. »

Cependant Joseph et Nicodème, après avoir adoré le Seigneur et salué le tombeau, retournèrent en leurs maisons, tandis que Madeleine et ses pieuses compagnes demeurèrent assises non loin du sépulcre, continuant de pleurer la mort du Sauveur sans toutefois perdre l'espoir de sa résurrection (Matth. XXVII, 61). Par cette conduite elles montrèrent toute l'ardeur et toute la constance de leur affection envers Jésus qu'elles ne voulaient pas abandonner, même après sa mort, « Lorsque tous les autres disciples s'étaient retirés, dit saint Jérôme (in cap. 27 Matth.), les saintes femmes étaient restées là pour témoigner leur attachement au divin Maître, en attendant que sa promesse fut réalisée; aussi, par leur fidélité persévérante elles obtinrent avant tous les autres disciples, la faveur indigne de voir le Seigneur ressuscité. » « Ainsi, ajoute Raban-Maur, ces bien-

heureuses amies du Sauveur, qui l'avaient servi durant sa vie, assisté à sa mort, et accompagné dans sa sépulture, furent les premières consolées par sa glorieuse résurrection. r> « Nous avons admiré le courageux dévouement et la généreuse affection de ces saintes femmes qui restèrent attachées jusqu'à la mort à leur bon Maître ; eh bien ! conclut saint Chrysostôme (Hom. 89 in Matth.), nous autres hommes, imitons du moins leur conduite, en sorte que parmi les tentations nous n'abandonnions jamais Jésus-Ghrist. »

Par l'exemple de leur dévotion, ces fidèles servantes du Seigneur nous montrent que toutes les personnes pieuses, vraiment mortes au monde, doivent participer à la sépulture du Sauveur avec un profond sentiment de compassion, afin de parvenir à la gloire de la résurrection. Vous donc aussi, âmes chrétiennes, lavez de vos larmes son corps inondé de sang ; embaumez-le avec les parfums de vos oraisons ; portez-le dans vos bras, en exerçant les œuvres de charité et d'humilité ; ensevelissez-le avec les aromates d'une vie fervente et d'une doctrine salutaire, en joignant la pratique à l'enseignement ; enveloppez-le dans le blanc linceul de la chasteté et dans le suaire de la pénitence ; puis, au milieu des gémissements, des sanglots et des lamentations, déposez-le dans le secret de votre conscience sous la garde d'un constant amour ; et demeurez là près de son tombeau, en attendant que vous ayez le bonheur do le voir lui-même ressuscité d'entre les morts. Gardez-vous donc bien de rejeter ce bon Sauveur qui est mort pour votre salut ; recevez-le avec empressement dans votre cœur, où il veut reposer en paix comme dans son sépulcre; entourez de vos plus pures affections, comme de bandelettes très-propres d'une blancheur éclatante, ces plaies

vermeilles qui brillent comme de charmantes roses ; conservez-le ainsi en vous-mêmes avec le plus grand soin jusqu'à ce que, décoré des plus admirables prérogatives, il vous associe à la joie de sa résurrection, et qu'élevé par dessus tous les chœurs angéliques, il vous admette au triomphe de son ascension.

Dans la sépulture de Jésus-Christ nous trouvons plusieurs instructions utiles. 1» Selon saint Théophile (in cap. 15 Marc), lorsque nous recevons le corps du Sauveur caché sous les voiles eucharistiques, nous devons imiter Joseph d'Arimathie qui le déposa dans un monument tout neuf, taillé dans le roc ; c'est-à-dire nous devons le placer dans notre cœur créé à l'image de Dieu, renouvelé par la grâce de la pénitence et établi sur la foi du Christ comme sur la pierre ferme, afin que nous puissions dire avec l'Epouse des cantiques : Je tiens Celui que faime, et je ne le Imsserai foint aller (Cant. m, 4). 2"^ Comme ceux qui mirent le Seigneur dans le tombeau pleurèrent sur sa mort, ainsi, quand nous le possédons en notre âme, nous devons pleurer sur sa Passion en nous affligeant des péchés qui l'ont causée. 3» De même que Jésus-Christ, après avoir été enseveli, a été gardé avec soin, de même aussi, lorsque nous l'avons reçu, nous devons le conserver avec précaution, de peur que le démon, se glissant furtivement dans notre intérieur, ne nous ravisse ce précieux trésor. 4° Après être morts spirituellement au péché, nous devons être ensevelis avec Jésus-Christ, de telle sorte que la vieil homme ne vive phjs désormais en nous, comme l'enseigne l'Apôtre (Rom. vi). Selon la Grlose, le divin Sauveur, prenant la place du vieil homme, voulut que ses membres fussent attachés à la croix, privés de la vie, déposés dans le tombeau et dérobés à tous les regards humains, afin de nous apprendre que

nos propres membres doivent être crucifiés et mortifiés par la pratique de la continence et de la justice, pour ne plus se livrer à des actes dangereux et coupables, de manière à en perdre même jusqu'au souvenir. C'est ainsi qu'après avoir détruit et enseveli le vieil homme en nous-mêmes, nous pourrions renaître à une vie meilleure et marcher dans une voie parfaite.

Pour mieux profiter de ces dernières instructions, nous pouvons réciter la prière suivante : 0 bon Jésus, qui avez bien voulu être enseveli, pleuré et gardé dans un sépulcre, faites aussi que je vous ensevelisse respectueusement, que je vous pleure amèrement, que je vous garde précieusement dans mon cœur ; qu'après avoir été enseveli moi-même avec vous, je mérite de participer à votre résurrection glorieuse. 0 vous qui vous êtes soustrait, aux regards des hommes pour entrer dans la paix du tombeau, cachez-moi comme votre serviteur dans le secret de votre face divine, afin que je sois garanti de toute agitation séculière ; accordez-moi la grâce de mourir entièrement au monde, afin de vivre uniquement pour vous, de telle sorte qu'en vous seul je puisse trouver le repos et le bonheur.

Mais comment devons-nous être ensevelis avec Jésus- Christ ? Notre tombeau, c'est la religion en laquelle nous devons être ensevelis avec Jésus-Christ comme morts au monde. Le religieux, en effet, peut être comparé à un mort dans le tombeau, et cela sous différents rapports. {" Quant aux biens et aux choses du monde. Le mort en son cercueil ne possède rien ; le religieux également ne doit rien avoir en propre, mais il doit mettre tout en commun afin de le partager avec ses frères. 2° Quant aux plaisirs et aux mouvements des sens. Le mort, privé de tout sentiment, n'éprouve aucune satisfaction de la part des objets exté-

rieurs ; le religieux aussi doit être inditiereut à toute délectation relative aux sens corporels. Et comme le mort ne résiste nullement à la main de celui qui l'agite, ainsi le religieux ne doit s'opposer en rien, mais se soumettre en tout à la volonté de celui qui le gouverne. 3'' Quant à la demeure elle-même. Le mort renfermé dans son sépulcre ne le quittera que par l'ordre de Dieu, au jugement dernier ; et si on le transporte d'un lieu dans un autre, il ne s'en plaint point. De même, le religieux doit toujours rester en on cloître; et n'en sortir jamais sans la permission de son supérieur ; si cependant on le transfère d'un monastère en un autre, il ne doit pas murmurer. 4" Le vrai religieux doit se conformer surtout à Jésus mort. Or, en Jésus mort;, l'âme était séparée du corps, quoique l'une et l'autre demeurassent unis à la divinité. Ainsi, dans le vrai religieux, l'âme doit être comme séparée de son corps, en ce sens qu'elle ne doit s'abandonner à aucune inclination charnelle ; tous deux néanmoins doivent rester unis au Seigneur, l'âme par la charité et le corps par la chasteté, de telle façon que le religieux puisse dire avec le Roi-prophète : Mon cœur et ma chair se sont réjouis dans le Dieu vivant (Ps.

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