‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 5)Chapitre 34 sur 48 · T. IV · texte numérisé non relu

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voulu être cruellement flagellé et chargé de coups, afin de nous préserver des châtiments que la colère divine nous avait justement destinés. Vous avez été couvert de meurtrissures pour réparer nos iniquités, et criblé de blessures pour expier nos crimes, afin que vos plaies saignantes fussent le remède le plus ef&cace contre tous nos maux. 0 mon âme ! sois donc plongée dans la plus profonde tristesse, que tes yeux se changent en deux sources de larmes, pleure et gémis sur le sort misérable de ton Frère, le plus beau et le plus aimable de tous les enfants des hommes, qui t'a comblé de tant d'honneurs et de tant de gloire ! Pourras-tu retenir tes larmes, si tu considères celles que répandent les saintes femmes avec le Prince des Apôtres et le disciple bien-aimé, et la douleur même que témoignent les créatures insensibles ? Vois le soleil qui s'obscurcit pour dérober aux regards des hommes les membres disloqués de son Créateur ; vois la terre ébranlée jusque dans ses fondements, les sépulcres entr'ouverts, les morts ressuscites, le voile déchiré devant le Saint des saints ; vois pleurer ensemble Jésus et Marie. Cette tendre Mère gémit quand elle voit son divin Fils trahi par un odieux apostat, arrêté par de barbares ennemis, condamné par un juge inique, crucifié par de féroces bourreaux ; elle se lamente surtout lorsqu'elle entend sa dernière recommandation et qu'elle ensevelit son corps inanimé.

Que votre Passion parait douloureuse, ô mon Sauveur, si l'on examine les divers temps où vous avez souSert, particulièrement à la fin de votre vie 1 Ce fut durant la nuit et durant le jour, de sorte que vous fûtes exposé successivement aux rigueurs du froid puis aux ardeurs du soleil. A l'heure des matines, vous fûtes soumis à une horrible flagellation ; à l'heure de prime vous fuies accusé

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devant le tribunal suprême ; à tierce, le peuple ameuté réclama votre mort; à sexte, le gouverneur eiïrayé prononça votre condamnation ; à none vous expirâtes sur la croix en versant des larmes accompagnées d'un grand cri. — Combien plus douloureuse encore paraît votre Passion, ô mou doux Jésus, si l'on observe les diflérents lieux où vous avez souffert pendant tout le cours de votre vie! Vous avez supporté dans la crèche les privations de l'indigence, en Egypte les amertumes de l'exil, à Nazareth les labeurs de la pauvreté, dans le désert les tentations du démon, dans le temple les tentations des docteurs, sur le chemin les fatigues des voyages, à la maison les critiques des censeurs. Au jardin des Oliviers, vous avez répandu une sueur de sang, vous avez reçu le salut et le baiser d'un traître, vou? avez été saisi et enchaîné par une horde de gens armés qui commencèrent à vous maltraiter. Dans le palais du grand prêtre, vous avez subi d'humiliantes interrogations, des soufflets ignominieux, des incriminations mensongères, et le triple reniement d'un Apôtre infidèle ; c'est là qu'on vous cracha indignement au visage, qu'on vous frappa honteusement sur la tête, qu'on se joua de vous en vous qualifiant de prophète par dérision. Dans le prétoire du gouverneur romain, vous avez enduré de faux témoignages, de calomnieuses accusations, une flagellation sanglante, une injuste sentence avec les insultes amères de vos persécuteurs triomphants. 0 comb'o de perversité, d'insolence et de méchanceté ! Le souverai^i Juge est lui-même jugé ; le Monarque universel est tourné en dérision ; le Poutife suprême est immolé sur un gibet infâme. Fut-il jamais un jugement plus inique relativement aux témoins, dont les dépositions sont contradictoires, et relativemeut au prévenu, dout l'inuocence est notoire ?Le président néanmoins.

admet la fausse déposition et condamne au supplice de la croix Celui qu'il savait lui avoir été livré par un sentiment d'envie. Injuste Pilate, rougis de ta lâcheté I Gomment te laisses-tu vaincre, dominer, corrompre et séduire jusqu'à sacrifier Celui que tu avais tenté plusieurs fois d'élargir? Juifs obstinés, rougissez également de la perfidie avec laquelle vous faites crucifier et mourir votre Seigneur et Maître ! Voilà donc la victime traînée sur le Calvaire ; c'est là que le Fils de Dieu, l'am.our éternel du Père céleste, souffre de la part des saintes femmes qui se lamentent et des Juifs infidèles qui le méconnaissent, de la part du mauvais larron qui le blasphème et du peuple ingrat qui le poursuit de ses clameurs, mais surtout à cause de sa sainte Mère qui pleure au pied de la croix. »

« 0 mon âme, continue saint Augustin, considère comment ton Sauveur subit en mourant la plus ignominieuse Passion. Il fut alors dépouillé de ses habits, rejeté par ses compatriotes, outragé par les soldats et crucifié avec des voleurs. Partout où il fut conduit, on l'insulta; à la cour d'Hérode, on l'affubla d'une robe blanche comme un insensé ; dans le palais du pontife, on le souffleta, on le cens • pua, on le frappa comme un vil imposteur ; dans le prétoire du gouverneur, on le revêtit de pourpre, on Je couronna d'épines, on le salua avec des génuflexions dérisoires comme un roi prétendu ; enfin, lorsqu'il fut monté sur le trône de la croix, on fixa par dessus sa tête un titre fastueux, on plaça à ses côtés deux insignes larrons, puis les assistants lui prodiguèrent à l'envi les sarcasmes et les affronts. — Cette Passion très-humiliante fut aussi trèsamère, comme on en peut juger d'après sa cause et son étendue. Ce n'est pas vous. Soigneur Jésus, c'est moi qui en suis la cause ; car vous qui êtes sans tache et sans souil-

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