ÉPiLOGUE DE LA PASSION. ÉLOGE DE LA CROIX
lure, vous ne souffrez que pour expier mes innombrables péchés et réparer mes fautes déplorables. 0 mon âme, veuxtu comprendre combien le divin Époux a souffert pour toi? regarde-le étendu sur ce bois très-dur qui lui sert de lit funèbre ; là ne brillent ni fleurs, ni or, ni argent ; on n'y aperçoit pas même d'oreiller, de coussins, de linges, de couvertures et de tentures. Vois ce titre fameux que Pilate a tracé en trois langues, comme pour le faire contraster avec l'état lamentable où le Sauveur est réduit ; considère le iiel et le vinaigre qu'on lui présente pour nourriture ou pour breuvage ; remarque les voleurs qu'on lui donne pour compagnons, les paroles injurieuses et les mauvais traitements dont il est assailli, les chaînes dont il est chargé et les verges dont il^ est battu, la couronne qu'on lui impose et la lance qui le transperce ; rappelle-toi enfin que toutes les parties de son corps ont été tourmentées, afin de réprimer en nous par la grâce de la rédemption les déportements de la concupiscence. — 0 bon Jésus, combien cruelle fut cette Passion, eu égard à l'innocence et à la dignité de votre personne, à l'ingratitude et à l'aveuglement de votre nation, à l'extrême compassion de vos fidèles amis et surtout de votre Mère bien-aimée, et spécialement eu égard à la parfaite complexion de votre corps adorable ; car vous avez été frappé dans les parties sensibles, les plus faciles à léser. Ainsi, mon aimable Sauveur, vous avez été blessé dans vos mains, dans vos pieds et dans votre côté sacré, aûn de remédier pleinement à tous les maux spirituels qui proviennent soit de notre origine viciée, soit de notre volonté coupable ; par ces différentes plaies vous avez versé tout votre sang précieux qui sert à payer notre rançon, à étancher notre soif, à laver nos souillures, à guérir nos infirmités et à nous préserver de chutes nouvelles. Pour
obtenir ces résultats salutaires, ô Rédempteur généreux I vous acceptez un lit très-dur, une nourriture et une boisson très amères ; vous ne refusez pas même les traitements les plus indignes et les plus barbares ; ni l'amour de votre Mère très-tendre, ni la crainte d'une mort très-ignominieuse, ni la honte de la nudité, ni l'excès de la douleur, ni la violation de l'alliance contractée avec vous ne peuvent vous retenir et vous arrêter, parce que vous avez revêtu la robe nuptiale, préparé la loi royale et endossé l'armure spirituelle. »
a Sors donc, fille de Sion, et vois la gloire de notre Salomon, quand, parmi de joyeuses acclamations, il s'avance avec son modeste équipage sur un chemin jonché de rameaux et tapissé de vêtements. Mais comment s'est flétri tout à coup l'éclat de votre gloire ? comment s'est évanouie soudain l'ombre de votre honneur, ô pacifique Monarque ? Bientôt la douceur se change en absinthe, et au triomphe succède l'opprobre. Déjà, vous portez la croix sur vos épaules, vous êtes dépouillé de vos habits, battu de verges, rassasié d'outrages, et rejeté hors de la ville. Maintenant, ô âme chrétienne, fille de l'ÉgUse, admire la sagesse de notre Salomon dans le choix des temps et des moyens qui convenaient le mieux pour accomplir l'œuvre de notre salut ; s'il a souffert la mort à la sixième heure de la sixième férié, c'était pour réparer la faute de l'homme qui avait perdu la grâce de Dieu à pareille heure et à pareil jour de la semaine. Contemple la patience du Sauveur ; il se laisse conduire sans opposition ni murmure comme un pgneau qu'on va sacrifier, comme une brebis qu'on veut égorger. Considère son humilité prodigieuse, pnisiju'il consent à être condamné avec de vils brigands ^ sa charité mi- |, séricordieuse, lorsqu'il sollicite le pardon pour ses féroites