ÉPILOGUE DE LA PASSiON. ÉLOGE DE LA CROLX bt
bourreaux ; sa constante pauvreté qui l'assujétit à beaucoup de privations et de labeurs. 0 Jésus, indigent volontaire ! voire pauvreté parut de toutes manières, dans votre mère et votre famille, dans votre monture qui au jour de votre entrée triomphale fut simplement une ânesse avec son ânon, et dans votre logis d'emprunt qui fut d'abord une étable, plus tard le cénacle, puis le gibet, enfin le tombeau. 0 Roi des rois, ô Seigneur des seigneurs! où sont donc vos insignes de souveraineté, votre palais, votre cavalerie, votre pourpre, votre sceptre, votre trône et votre diadème ? Prêtre éternel, céleste Pontife ! où sont les ornements de votre dignité, la mitre précieuse, l'anneau avec son diamant, le bâton pastoral et la chappe de soie, les gants et les sandales ? Où sont enfin vos armes, vaillant guerrier, nouveau conquérant ? Vous n'avez point dédaigné pour votre gloire de recevoir avec des coups et des soufflets une robe blanche et un vieux manteau d'écarlate. Vous n'avez point cependant refusé l'occasion de combattre ; aussi, vous avez triomphé du larron ainsi que de la mort, vous avez arraché à l'enfer les dépouilles qu'il avait ravies de toutes parts ; vous avez ainsi terrassé le démon, en usant de la croix comme d'une fronde garnie de cinq pierres, quand votre divin corps fut suspendu au bois avec ses cinq plaies. Docteur excellent, Maître incomparable ! où sont vos ouvrages littéraires? Votre propre corps, voilà le livre écrit dedans et dehors avec les pointes des épines, des clous et de la lance, enlumàné avec le vermillon de votre sang trèspur, attaché par les liens de a'Os membres divins, et scellé avec les clous de vos mains et de vos pieds sacrés. » ■ 0 mon âme ! examine encore combien fat prolongée cette Passion qui causa l'agonie du Sauveur ; et, après avoir passé en revue la succession variée de ses alTreux tour-
ments, mets-en le souvenir comme un cachet sur ta tête, comme un bouquet sur ton sein, et comme un antidote contre toute maladie. Par la compassion, la méditation et l'imitation, monte sur le palmier de la croix, afin d'en cueillir les très-doux fruits. Va donc à la montagne de la myrrhe, pour y considérer à loisir la plus profonde pauvreté, la charité la plus étendue, la patience la plus soutenue, la mort la plus douloureuse et la plus amère ; puis rapporte de là dans l'arche de ta conscience un rameau d'olivier verdoyant. Ma colombe, prends aussi le grain de froment qui fut semé lors de l'Incarnation dans le chaste sein de Marie, qui fut ensuite coupé au jour de la Circoncision, puis battu et secoué dans le cours de la Passion ; il est blanc au dedans et rouge au dehors, parce que le Sauveur souffrant avait l'âme pure et le corps ensanglanté ; en mourant il s'est multiplié, après avoir eu le côté ouvert et il fut enfin transporté dans le grenier du ciel à l'époque de l'Ascension. 0 mon âme ! acquiers par la foi ce froment des élus, afin qu'il devienne ton pain quotidien durant le pèlerinage de cette vie. Si cependant ton appétit s'émousse et que ton goût se lasse, recherche, comme une viande succulente, l'Agneau immaculé. Bon. Jésus, vous êtes en effet cet agneau remarquable par sa chair nourrissante comme aussi par son innocence, par sa douceur et par son filial attachement jusqu'à la mort ; car lorsque vous alliez expirer sur le gibet, vous avez encore reconnu votre Mère chérie que vous avez confiée comme Reine des Apôtres et des Vierges à l'Apôtre-vierge lui-même. Si, par la manducation eucharistique delà divine Victime, ton goût se développe et que ton appétit s'accroisse, ô mon âme ! par la méditation fervente de la Passion, apprête-toi un mets excellent avec le poisson rôti sur le gril de la croix ; car le Christ,