‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 5)Chapitre 37 sur 48 · ÉPILOGUE DE LA PASSION. ÉLOGE PE LA CROIX · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE DE LA PASSION. ÉLOGE PE LA CROIX

après avoir grandi dans les eaux de la tribulation, a été consumé par les ardeurs de la charité sur l'instrument de son supplice. Conformément au conseil que l'ange Raphaël donnait au pieux Tobie, frotte tes yeux avec le fiel amer de ce poisson mystique, afin que tu voies s'il est une douleur pareille à celle de Jésus crucifié. »

« Chrétien, ajoute le même saint Augustin, si tu es souvent obligé de combattre les ennemis de ton salut, prends le bouclier de guerre, l'arc de gloire et l'étendard de la victoire, c'est-à-dire la croix du Sauveur ; car pour le soldat dtî la foi, elle est en même temps une arme de défense, un instrument d'attaque et un drapeau de ralliement qui anime son courage en lui rappelant le triomphe de son divin Chef. Si tu sens s'élever en ton cœur le souffle de l'orgueil, le vent de l'adversité, l'orage de la tentation, monte sur la barque de la croix qui est pourvue de toutes les provisions nécessaires pour la traversée ; tu y trouveras endormi le Fils de Dieu ; mais quand tu l'auras éveillé par tes cris de détresse, il commandera lui-même à la tempête ; alors échappé au naufrage, tu approcheras sûrement du port, La porte du ciel te semble-t-elle fermée? Frappe avec le bois de la croix, et tu seras introduit bientôt dans le sanctuaire de la divinité. Le trésor de la sagesse te paraît-il inaccessible? Aie recours à la croix comme à la clef qui l'ouvre infailhblement ; tu pourras alors puiser à la source de tous les biens. Si, fatigué, efTrayé par la longueur de la route, tu sens que la force te manque et que le courage t'abandonne, saisis la croix comme le bâton qui t'aidera pour franchir le fleuve dangereux de ce monde, comme le soutien qui t'empêchera de succomber dans le chemin pénible de cette vie. Si, de même que les Israélites errants au milieu du désert, tu es menacé ou blessé par des serpents de

522 LA GlUNôE VIE DE JÉSUS-GHllIST

feu, regarde sur l'arbre de la croix Celui que figurait le serpent d'airain suspendu à un poteau ; tu seras alors préservé ou délivré de toute morsure venimeuse. Si, de même que Saiil tu es tourmenté par le malin esprit, touche la croix, cette harps du nouveau David ; ton cœur deviendra bientôt calme et tranquille. Es-tu atteint de quelque maladie ou infirmité spirituelle ? Cherche un remède efîicace dans le sang généreux répandu sur la croix. Désespères-tu de tes propres mérites, et tes bonnes œuvres te paraissent-elles insufiisantes ? Vois dans la balance de la croix la rançon surabondante de toutes les âmes, et considère sur l'autel de la croix la Victime sans tache qui purifie notre conscience de toutes ses souillures. 0 combien sainte et vénérable est cette croix empourprée par le sang précieux du Sauveur ! N'a-t-elle pas eu l'honneur incomparable de porter entre ses bras bénis le souverain Seigneur de l'univers, le Roi du ciel et de la terre ? » Ainsi s'exprime saint Augustin.

Lorsque l'apôtre saint André, conduit au lieu de son supplice, aperçut la croix sur laquelle il allait être attaché, il lui rendit hommage en s'écriant, plein d'un saint enthousiasme : a Salut, ô croix illustre que Jésus- Christ a consacrée par le contact de son corps adorable, et qu'il a décorée de ses membres divins comme d'autant de perles inestimables ! Avant que mon Seigneur eût daigné te choisir pour son lit funèbre, tu n'inspirais que terreur à tous les faibles mortels ; maintenant tu excites l'affection même des célestes habitants, et tu es devenue l'objet d'un culte religieux. Aussi viens-je à toi avec une joyeuse confiance; ne refuse pas de, me recevoir comme le disciple de Celui que tu as eu le bonheur de porter à l'heure de sa mort ; ne t'ai-je pas toujours aimée, et n'ai-je pas toujours souhaité de t'embrasser? 0 croix auguste que le Sauveur a rendue

ÉPILOGUt: Dfc; LA PASSION. ÉLOGE DE LA GUOiX 5?3

si noble et si belle 1 depuis longtemps je te désire, je te chéris avec passion, je te recherche sans cesse. Te voilà donc enfin préparée pour moi ; mes vœux vont être accomplis. Retire-moi de ce monde et rends-moi à mon bon Maître, afin que je sois remis par toi à Celui qui par toi m'a racheté. )> Après un tel exemple, ne soyons point étonnés que saint Chrysostôme parle en ces termes magnifiques (Hom. de Cruce, tom. 3) : a Chrétiens qui désirez connaître la puissance et la vertu de la croix, écoutez attentivement ce que je puis proclamer à sa gloire. La croix est la cause de toute notre béatitude : c'est elle qui nous a délivrés des ténèbres de l'erreur et nous a ramenés aux lumières de la vérité •, c'est elle qui a réconcilié la terre avec le ciel et l'homme avec Dieu; elle a rapproché du Seigneur ceux qui en étaient très-éloignés, et a réuni entre eux des peuples profondément divisés ; elle a retranché la discorde et rétabli la paix, en faisant naître toutes sortes de bonnes œuvres. La croix est la clef du paradis, la confiance des Chrétiens, la résurrection des morts; elle est le guide des aveugles, le soutien des boiteux, la consolation des pauvres, le frein des riches; elle est la confusion des orgueilleux, le châtiment de ceux qui vivent mal. La croix nous fait triompher des démons et de tous nos ennemis spirituels; elle est la ressource des indigents, l'espoir des désespérés, le gouvernail des navigateurs, le port des naufragés, le rempart des assiégés, le phare de ceux qui sont dans l'obscurité. La croix ! c'est la protection des orphelins, la défense des veuves, le repos des affligés ; elle est la conseillère des justes, la gardienne des enfants, la directrice des adolescents, la prudence de l'âge mûr, le dernier terme de la vieillesse. La croix ! elle est le sceptre des rois, la règle des empereurs, le bouclier du soldat, la sagesse de l'ignorant, la liberté de l'esclave, la

52 i LA GRANDE VIE DE JÉSUS- CHRIST

science des docteurs, l'oracle des prophètes, l'évangile des apôtres, la palme des martyrs. La croix ! c'est elle qui produit la mortification des moines, la chasteté des vierges, le zèle des prêtres ; elle est le fondement de l'Eglise et la sûreté de l'univers ; elle a détruit les temples païens et chassé les faux dieux ; elle scandalise les Juifs et perd les impies. La croix I elle fortifie les faibles, guérit les malades, purifie les lépreax, soulage les paralytiques, nourrit les affamés, rafraîchit ceux qui sont altérés et couvre ceux qui sont nus. » Ainsi s'exprime saint Chrysostôme.

Raban-Maur dit à son tour (de Laude Crucis) : « N'est- il pas de toute convenance et de toute justice de signaler la multitude et l'excellence des biens que produit l'arbre de la croix ? Ses fruits sont éternels, et ses racines impérissables. Sa bonne odeur remplit le monde entier, et son agréable saveur rassasie tous les fidèles. Son éclat l'emporte sur la blancheur de la neige, et sa splendeur surpasse la lumière du soleil. Sa tête s'élève au-dessus des cieux, et ses pieds pénètrent jusqu'au fond des enfers. La croix par sa faiblesse apparente exalte les humbles, et par sa puissance souveraine humàlie les superbes ; elle a facilité aux hommes toutes les vertus, et accompli toute perfection dans le monde. Par elle, nous avons été arrachés à la mort et rendus à la vie véritable ; par elle, nous avons appris la règle des bonnes mœurs et la pratique des saintes œuvres; par elle aussi, nous avons obtenu la promesse de la résurrection glorieuse et reçu l'espérance de la béatitude éternelle. 0 salutaire, ô vénérable croix de mon divin Rédempteur! qui pourra jamais raconter toutes tes merveilles ou célébrer dignement tes louanges? C'est toi qui nous as révélé les secrets de l'Éternel; c'est toi qui conserves les mystères du Seigneur, c'est toi qui dispenses en notre

Page 1