ÉPILOGUE DE LA PASSION. ÉLOGE DE LA CROIX
Après avoir longuement médité sur la Passion de Jésus - Christ, saint Anselme s'écrie tout transporté (SpecuL evang. serm.) : « Maintenant, ô mon âme, réveille-toi ; sors enfin de ton assoupissement et contemple avec plus d'attention, comme s'il était présent sous tes yeux, Celui qui a été attaché à la croix. Ne le reconnais -tu pas, ô mon âme ? C'est le Seigneur Jésus-Christ, ton Créateur et ton Saveur; c'est le Fils unique duPère éternel. Dieu et homme en même temps. Lui, en qui seul sur la terre on ne saurait découvrir la moindre souillure, le voilà cependant compté parmi les plus infâmes criminels, regardé comme un lépreux, traité comme la plus vile créature; par la Synagogue qui lui avait donné naissance, il est rejeté comme un avorton indigne de voir le jour. Lui, qui surpassait en grâce et en beauté tous les enfants des hommes, il ne leur inspire plus que du mépris et de l'horreur ; car il est est couvert de plaies à cause de nos iniquités, il est criblé de blessures à cause de nos crimes. En cet état d'immolation, il s'offre au Père éternel comme un holocauste très-agréable pour détourner de nous sa juste colère et nous introduire en son céleste royaume. 0 Père très-saint et tout-puissant ! des profondeurs de votre sanctuaire et des hauteurs de votre trône, abaissez des regards favorables sur cette victime immaculée que notre sublime Pontife vous présente pour les innombrables péchés de ses frères, et en considération de sa dignité, oubliez la grandeur de notre malice. Regardez, Seigneur, ce Fils bien -aimé qui s'est soumis à votre sainte volonté jusqu'à subir la mort de la croix ; ne perdez jamais de vue ses glorieuses cicatrices qui vous rappellent combien de satisfactions vous avez reçues de sa part en réparation de nos fautes. Si, dans la balance de votre justice, vous comparez les péchés que nous avons commis contre vous
avec les douleurs qu'il a endurées pour nous, le poids de ses soufïrances l'emportera toujours certainement sur celui de nos prévarications ; car il nous a mérité les efîets de votre miséricorde iDeaucoup plus que nous n'avons mérité les châtiments de votre indignation.
Le même saint Docteur poursuit en ces termes : « Père éternel , que toute langue vous bénisse pour l'immense bonté que vous nous avez témoignée ! car, sans épargner même votre propre Fils, vous l'avez livré pour nous à une mort douloureuse, afin qu'il vînt au ciel plaider efficacement notre cause en votre présence. Et vous, généreux Rédempteur, comment puis-je vous louer et vous remercier dignement, moi chétif vermisseau, moi qui suis cendre et poussière ? Qu'avez-vous dû faire pour notre salut que vous n'ayez pas fait ? Pour nous retirer de l'affreux abîme du péché dans lequel nous étions tombés, vous vous êtes plongé entièrement vous-même de la tête aux pieds dans l'abîme de votre cruelle Passion. Afin de me rendre la vie que j'avais perdue vous avez sacrifié la vôtre, de sorte que vous m'avez obligé par un double bienfait ; car je suis votre débiteur et pour la vie que vous m'avez rendue, et pour celle que vous m'avez sacrifiée. Or pour la vie que m'avez ainsi donnée deux fois, d'abord en me créant, puis en me rachetant, je ne possède rien que je puisse justement vous consacrer, sinon cette même vie. Mais quant à la vie infiniment précieuse que vous m'avez sacrifiée, je ne trouve rien dans l'homme avec quoi je puisse dignement la payer. Lors même que je pourrais vous offrir en retour le ciel et la terre avec tout ce qu'ils renferment, je ne saurais aucunement acquitter ma dette envers vous. D'ailleurs, je ne puis payer vos innombrables bienfaits qu'avec vos propres dons ; car est-ce que tout ne vous appartient pas originairement? est-