‹ La grande vie de Jésus-Christ (volume 5)Chapitre 7 sur 48 · MANDUCATION DE L'AGNEAD PASCAL DANS LA DERNIÈRE CÈNE · texte numérisé non relu

MANDUCATION DE L'AGNEAD PASCAL DANS LA DERNIÈRE CÈNE

sance à vous consiraire de superbes habitations et à rassembler de nombreuses richesses ; remarquez que le Christ, maître souverain du ciel et de la terre ne possédait ni domicile pour prendre son repas ou pour reposer sa tête, ni aliments pour se nourrir, ni argent pour s'en procurer. Vous, au contraire, combien vous difiérez peu des infidèles qui se prosternent devant les idoles, ouvrages de leurs mains ! En effet se plaire à demeurer en de somptueux édifices, s'appliquer à entasser des trésors , n'est-ce pas, comme les païens, adorer le bois et la pierre, l'or et l'argent?

Dociles aux ordres de leur divin Maître, les deux dissiples s'en allèrent à Jérusalem ; ayant trouvé toutes choses comme il leur avait dit, ils préparèrent la Pâque, c'est-àdire le festin pascal dans le cénacle qui leur fut montré sur le mont Sion (Luc xxii, 12, 13). C'est là que tous ensemble mangèrent la Pâque, là qu'ils se réunirent par crainte des Juifs après la résurrection du Sauveur et qu'ils reçurent le Saint-Esprit au jour de la Pentecôte, en ce même lieu où le Seigneur opéra plusieurs grandes merveilles. Cette montagne de Sion est vraiment la montagne grasse et fertile, oùil a plu à Dieu d'habiter et d'opérer tant de choses admirables (Ps. Lxvii, Î7); elle est comme une ruche féconde qui distille la douceur du miel, comme un jardin embaumé d'où s'exhale le parfum des fleurs ; les fruits excellents de sainteté, qu'elle a produits, nourrissent et délectent les cœurs pieux; son simple souvenir les touche, les ranime et réconforte.

Lorsque le jour penchait sur son déclin, Jésus entra luimême dans la ville avec ses Apôtres et se rendit au lieu désigné pour y célébrer la Pâque à l'heure accoutumée ; car l'agneau pascal devait être immolé à l'approche de la nuit.

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pour figurer que le véritable Agneau de Dieu devait être sacrifié dans le dernier âge du monde, sur la fin des siècles. Remarquons ici que les solennités des Juifs commençaient la veille au soir et se terminaient également au soir le lendemain, parce qu'ils comptaient les jours d'après la lune qui se montre d'abord vers le coucher du soleil. Comme les fêtes comprenaient ainsi tout le temps d'un soir à l'autre, une chose faite la veille d'une fête était censée faite le jour même de cette fête. En ce sens trois Évangélistes ont dit que la Cène RYSiit été célébrée le premier jour des azi/mes, parce qu'elle l'avait été la veille au soir qui appartenait déjà au premier jour des azymes ; aussi dès ce même soir, les Juifs, après avoir éloigné de leurs maisons tout pain fermenté, avaient coutume d'immoler l'agneau pascal. En disant que la Cène fut célébrée avant le jour de la fête de Pâqite, saini Jean (xiii, 1), ne contredit point réellement les autres Evangélistes ; car tandis que ceux-ci parlent du premier jour légal de la fête, lui parle da premier jour naturel qui était tout entier solennel. C'est donc la veille au soir oii l'on mangeait l'agneau pascal avec des azymes, que Jésus-Christ institua la sainte Eucharistie ; d'où il suit qu'il consacra son corps adorable, non point avec du pain fermenté mais avec du pain sans levain. En effet, à partir de ce moment, c'est-à-dire depuis le soir du quatorzième jour du premier mois jusqu'au soir du vingt et unième jour du même.mois inclusivement, les Juifs ne devaient plus avoir chez eux de pain fermenté et ne pouvaient user que de pain sans levain.

Jésus voulut ainsi jusqu'à sa dernière heure observer la Loi, afin de ne pas lui paraître opposé ; c'est pourquoi il voulut célébrer la Pâque, selon la coutume des Juifs, en mangeant l'agneau pascal avant de sacrifier sa propre vie.

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Quoique cet agneau le représentât, lui-même ne fut pas néanmoins immolé en la même nuit que celui-là ; mais l'immolation de l'agneau figuratif précéda celle de l'Agneau véritable, afin que la vérité succédât immédiatement à la figure en y correspondant parfaitement, Jésus-Christ ne fut crucifié, il est vrai, que le jour suivant; mais toutefois en cette même nuit où l'agneau pascal était immolé, il confia à ses disciples le pouvoir d'offrir le sacrifice mystérieux de son corps et de son sang, puis il fut saisi et garrotté par ses ennemis acharnés, en sorte qu'il commença dès lors à ofîrir les prémices de sa Passion et de sa mort. Le lendem.ain, à savoir le Vendredi- Saint, dans lequel le véritable Agneau fut immolé sur la croix, n'est point pour nous Chrétiens un jour de réjouissance mais de deuil, à cause des douleurs et des humiliations dont notre divin Sauveur fut accablé ; c'est pourquoi au lieu de solenniser la fête de Pâque en ce jour, TÉglise en diffère la célébration jusqu'au dimanche suivant; le Seigneur étant alors ressuscité glorieux, elle chante avec l'Apôtre : Le Christ notre Pâque a été immolé (I Cor. v, 7).

Contemplons à cette heure le Seigneur Jésus retiré dans quelque partie de la maison, oiî il s'entretient pieusement avec ses Apôtres. Pendant ce temps, quelques-uns des soixante-douze disciples disposent dans le cénacle tout ce qui est nécessaire pour la Pâque. On rapporte en effet que parmi ces derniers saint Martial, futur évêque de Limoges, se trouva présent à la Cène où il servit le Seigneur ; ce fut lui spécialement qui apporta l'eau pour le lavement des pieds. Quant tout fut prêt dans la salle du festin, Jésus y entra avec ses Apôtres. Lorsque tous eurent lavé leurs mains, on apporta l'agneau pascal qui était rôti ; le Sauveur le bénit, et tous ensemble le mangèrent avec des lai-

tues sauvages. Quatre choses étaient prescrites pour ce repas solennel : l'agneau pascal, les pains azymes, le vin et des herbes amères, pour signifier que nous ne devons point célébrer la Pâque sans éprouver les amertumes d'un repentir sincère et d'une véritable pénitence. Ainsi que Pierre Comestor le fait remarquer en son Histoire Scolastiqùe, il n'est écrit nulle part que le Seigneur ait mangé de la chair, si ce n'est celle de l'agneau pascal ; encore le faisait-il à cause de la signification que renfermait cette manducation. Voilà donc Jésus à table avec ses douze Apôtres, le Seigneur avec ses serviteurs, le Maître avec ses disciples, le Père avec ses enfants qu'il traite comme ses égaux et ses amis ; c'est alors qu'on peut lui appliquer ces paroles du Prophète royal ; Vos fils se pressent autour de votre table comme les rejetons de l'olivier (Ps. cxxvii, 3). Ce festin représente le banquet éternel où seront réunis tous les élus au soir de cette vie, à la fin du monde. Heureux mille fois ceux qui seront jugés dignes de prendre part à cette réfection céleste! — Mais comment l'Évangéliste a-t-il pu dire que Jésus et ses Apôtres étaient couchés pour prendre le souper, puisque la Loi ordonnait de se tenir debout pour manger la Pâque? On peut répondre avec saint Théophile qu'ils mangèrent d'abord l'agneau selon les prescriptions légales, et qu'ensuite ils se couchèrent selon l'usage ordinaire pour continuer leur repas. C'est pourquoi l'Evangéliste ajoute qnaprès la Cène Jésus se leva de table (Joan. xiu, 2, 4).

Pendant qu'ils soupaient, le Sauveur leur dit : J'ai vivement souhaité de manger avec vous cette Pâque figurative et légale, avant de souffrir la mort (Luc. xxii, 15). Par cette répétition de mots, desiderio desideravi, il voulait exprimer la double intention de ses vœux les plus ardents qui étaient de voir la fin de l'Ancien Testament et le commencement

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du Nouveau. Remarquez comme ses désirs ont été longtemps différés, et ne vous découragez point si les vôtres ne sont pas promptement exaucés. Dévoré par la soif de notre salut, il n'a cessé de courir après nous pendant sa vie entière ; de notre côté, ne nous lassons point de répéter comme le Roi-Prophète: Seigneur, mon âme a désiré s'attacher en tout temps à vos justes ordonnances (Ps. cxviii, 20). Et si nous ne pouvons toujours ressentir ces bons désirs, ayons du moins la volonté de les former et Dieu nous en tiendra compte. Le Sauveur parla comme nous venons de l'entendre, pour montrer qu'il allait subir volontairement sa Passion figurée par l'immolation de l'agneau pascal, et qu'il soupirait principalement après l'heureux moment où les prescriptions légales seraient abolies et les vérités évangéliques propagées dans l'univers entier. Selon le Vénérable Bède (in cap. 22, Luc), Jésus-Christ désire d'abord manger cette Pâque symbolique avec ses disciples, afin de révéler ensuite au monde les grands mystères de sa Passion prochaine ; de la sorte, il témoigne qu'il ne désapprouve pas la Pâque ancienne, mais qu'elle doit être remplacée désormais par la Pâque spirituelle dont elle est une figure grossière. Comme pour signifier d'avance cette importante substitution, la manne autrefois cessa de tomber dès que les enfants d'Israël commencèrent à manger les fruits de la- Terre promise^ en sorte qu'ils n'usèrent plus de la nourriture précédente (Josue, v, 12).

En conséquence le Seigneur ajoute (Luc. xxii, 16) : Dorénavant, je ne mangerai plus cette Pâque jusqu'à ce qu'elle reçoive son perfectio7inement dans le royaume de Dieu, c'est-à-dire jusqu'à ce que le sacrement de l'Eucharistie, réprésenté par la cérémonie de la Pâque, soit institué dans l'Église militante. Comme s'il disait : Je ne mangerai plus

cette Pâque en signe et en figure, mais bien en réalité et en vérité. C'est ce qu'il fit bientôt après en prenant lui-même son propre corps sous les apparences sacramentelles. Aujourd'hui encore il célèbre dans l'Église le festin mystique, qui était figuré jadis par avance dans la Synagogue ; car il continue d'accomplir spirituellement par ses membres, les fidèles Chrétiens, ce que la Loi commandait aux Juifs grossiers d'observer matériellement. Il ne cesse donc point de manger dans le royaume son propre corps, c'est-à-dire il nous le fait manger dans l'Eglise ; s'il est dit pareillement qu'il ne cesse de demander pour nous, c'est parce qu'il nous fait demander. Ainsi, tandis que nous participons spirituellement par la foi au sacrement de l'Eucharistie, il y participe lui-même avec nous en nous incorporant à lui par ce sacrement. Voilà pourquoi saint Augustin s'écriait transporté d'admiration : Seigneur, vous êtes la nourriture des grandes âmes ; vous n'êtes point changé en moi, mais vous me changez en vous (Confes. lib, 7, cap. 17).

Jésus prenant ensuite le calice qui renfermait le vin destiné à la Pâque judaïque, rendit grâces k son Père et dit à ses Apôtres : Prenez ceci et le distribuez entre vous (Luc XXII, 17). Il rend grâces à Dieu en ce moment suprême, parce que ses désirs vont être accomplis par l'immolation de l'Agneau véritable qui doit succéder immédiatement à celle de l'agneau symbolique, et parce que les cérémonies anciennes vont être remplacées par les sacrements nouveaux, quand sa bénédiction changera le pain et le vin en son corps et en son sang précieux. C'est pourquoi il ajoute : Je ne boirai plus de ce fruit de la vigne, de ce vin matériel qui a été jusqu'à présent un breuvage figuratif, jusqu'à ce que vienne le royaume de Dieu (Ibid. 18). « Jésus-Christ, dit le Vénérable Bède (in cap. 21 Luc), pro-

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