‹ La grande vie de Jésus-ChristChapitre 13 sur 67 · AUX SAINTS PÈRES · texte numérisé non relu

AUX SAINTS PÈRES

Lorsque les saintes femmes en compagnie de Marie-Madeleine furent arrivées à la maison où les disciples étaient assemblés, elles leur rapportèrent comment elles avaient vu le Sauveur ressuscité. Pierre, attristé de n'avoir point obtenu cette insigne faveur, ne put rester en repos ; et entraîné par son ardente affection, il sortit pour chercher son divin Maître. Ne sachant où il pourrait le rencontrer, il se dirigea seul vers le sépulcre. Soudain, à un moment et à un endroit que l'Évangile ne détermine point, le Seigneur apparut à Simon (Luc. xxiv, 34). A cette vue, l'Apôtre humblement prosterné lui demanda pardon de l'avoir abandonné lâchement et renié même plusieurs fois. Le Sauveur lui remit toutes ses fautes avec une touchante bonté, et le rassura en lui recommandant de confirmer aussi ses frères affligés. 0 colloque admirable 1 quelles délicieuses paroles furent échangées de part et d'autre en cette conversation remplie de la joie pascale !

De tous les hommes que mentionnent les Auteurs sacrés, saint Pierre fut le premier à qui le Seigneur daigna se manifester. 1° C'était pour récompenser d'abord celui qui le premier avait proclamé la divinité du Christ ; 2° c'était pour relever avant tout par la certitude de la Résurrection celui que la crainte de la Passion avait fait tomber plus profondément ; 3" pour consoler son amour xDénitent, en l'assurant de vive voix que^son triple renoncement était pardonné ;

T. Vil. 5.

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4» pour confirmer par cette marque d'honneur la prééminence qu'il avait reçue sur tous les autres ; 5" pour lui apprendre avec quelle charitable indulgence lui-môme devait traiter ses sujets repentants, quelque criminels qu'ils fussent ; 6" pour inspirer à tous les pécheurs une vive confiance à l'égard de la miséricorde divine qui ne rejette point les coupables sincèrement contrits ; 7° d'après saint Ghrysostôme (Hom. 38 in Epist. I ad Corint,), c'était pour répandre d'une manière progressive la semence de la foi dans les cœurs. Ainsi Jésus-Christ ne se montra point d'abord à tous les Apôtres ensemble, mais à leur Chef en particulier ; car il voulait que celui-ci, honoré comme le plus digne de sa première visite, préparât les autres par son témoignage irrécusable à jouir bientôt d'une pareille faveur. Lorsque Pierre eut reçu la bénédiction du Seigneur, il revint trouver ses collègues réunis avec la sainte Vierge, et leur raconta tout ce qui s'était passé. Désormais inébranlable dans la foi, il demeura fidèle à Dieu jusqu'à la mort qu'il souffrit pour son nom. Saint Pierre, dont le nom sv^mûe obéissant, est le type et le modèle des Chrétiens qui, par leur soumission parfaite, méritent de recevoir en leurs âmes la visite privilégiée de Jésus-Christ.

Qaand le Sauveur eut quitté le Prince des Apôtres, il apparut à Joseph d'Arimathie qui lui avait donné la sépulture. Voici ce que nous lisons à ce sujet dans l'Evangile des Nazaréens. En apprenant qu'après avoir demandé à Pilate la permission d'enlever le corps de Jésus, Joseph l'avait transporté honorablement dans le tombeau construit pour lui-même, les Juifs furent saisis d'indignation. Dès le soir même de la Passion, ils s'emparèrent de sa personne, et l'enfermèrent dans une étroite prison où ils l'attachèrent à une colonne, Ils voulaient le tuer après le sabbat ; mais

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le jour même de la Résurrection, le Sauveur vint le consoler. Essuyant les larmes qui coulaient de ses yeux, il l'embrassa tendrement ; et, après lavoir fait sortir de prison sans briser même les sceaux apposés sur la porte, il le conduisit à Arimathie dans sa propre demeure. Admirons ici la conduite du Sauveur qui n'oublie point et n'abandonne jamais ses amis et ses serviteurs ; quand ils sont dans les peines et les afflictions, il vient toujours à temps pour les secourir et les délivrer, comme le fait remarquer saint Chrysostôme. Nicodème qui avait aidé à ensevelir Jésus- Christ parvint aussi à éviter la fureur des Juifs en se cachant plusieurs jours. Joseph, son illustre associé, dont le nom signifie accroissement ou augmentation, est le type ou modèle des Chrétiens qui, par leur persévérance dans la pratique des bonnes œuvres, se rendent dignes de recevoir également la visite du Sauveur.

Comme nous l'apprend saint Paul (I Cor. xv, 7), le Seigneur apparut ensuite à saint Jacques le mineur. En elïet, selon que saint Jérôme le rapporte (de Viris illust.), ce disciple dévoué avait juré de ne prendre aucune nourriture jusqu'à ce qu'il eût vu son Maître ressuscité d'entre les morts. Aussi Jésus, se présentant à lui, dit aux assistants : Dressez la table et préparez le repas ; prenant alors du pain, il le bénit et le rompit; puis il l'offrit à Jacques, en lui disant : Mon frère, mange maintenant, parce que le Fils de l'homme est sorti du tombeau. Ainsi ce fervent disciple éprouvait une plus grande faim du pain surnaturel qui est Jésus-Christ que du pain matériel ; aussi mérita-l-il d'être rassasié de l*un et de l'autre tout à la fois pour son entière satisfaction. Le Seigneur, en effet, ne laisse point succomber d'inîmition ceux qui ont faim de lui, ou à cause de lui; '.:;;iis il sait leur fournir les secours nécessaires en temps

opportun, et il comble de ses saintes bénédictions ceux qui mettent en lui toutes leurs espérances. Saint Jacques, dont le nom est synonyme de lutteur, représente les Chrétiens qui, en résistant avec courage aux tentations, méritent d'être visités particulièrement du Sauveur.

Quand le Seigneur daigne se manifester de quelque façon à une âme pieuse, il ne se retire point sans la consoler et l'instruire d'une manière salutaire ; nous eu voyons des preuves sensibles dans les diverses apparitions qui suivirent sa sortie du tombeau. En effet, s'il se découvre d'abord triomphant et joyeux à sa très-sainte Mère, souverainement affligée de sa mort mais assurée de sa Résurrection, c'est pour la délivrer de toute tristesse et la remplir d'une allégresse ineffable. S'il se présente sous la figure d'un jardinier à Madeleine inquiète et éplorée, c'est pour tarir ses larmes en l'appelant par son nom propre Matie, pais pour lui intimer des ordres en lui disant avec douceur : Va trouver mes frères, afin de leur déclarer que je monte vers mon Père. S'il s'offre aux trois saintes femmes qui, saisies de stupear, revenaient ensemble du sépulcre, c'est pour relever leur courage en leur disant avec bonté : Je vous salue, ne craignez point, puis pour leur communiquer sa volonté en ajoutant : Allez annoncer à mes frères qu'ils se rendent en Galilée ; là ils me verront. S'il se montre sous la forme d'un pèlerin aux deux disciples qui vont à Emmaiis, c'est pour leur expliquer les Écritures et échauffer leurs cœurs en conversant et mangeant avec eux comme un compagnon de voyage et de table. S'il se révèle enfin en sa propre forme aux Apôtres réunis, c'est pour confirmer leur foi et ranimer leur confiance par ces paroles familières : La paix soit avec vous. N'ayez pas peur, c'est moi. Voyez mes pieds et mes mains etc. Alors il éclaira leur in~

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telligencc afin qu'ils comprissent les Ecritures. C'est ainsi que Dieu console et instruit encore aujourd'hui ses amis qu'il daigne visiter par sa grâce. Or nous pouvons mériter cette divine faveur par les sentiments de crainte respectueuse, les larmes de dévotion, la patience au milieu des épreuves, l'amour des humiliations, la fuite des jouissances terrestres et la considération des récompenses éternelles.

Cependant, depuis sa Résurrection, le Sauveur n'avait point encore visité las saints Pères qu'il avait laissés dans le paradis de délices après les avoir retirés des limbes, comme nous l'avons dit. Accompagné de tous ses Anges, il alla donc los trouver. A la vue de leur divin Libérateur revêtu de son humanité glorieuse, ces Saints furent remplis d'une indicible jubilation. Entonnant leurs hymnes d'action de grâces, ils s'avancèrent à^a rencontre et se prosternèrent en sa présence pour l'adorer avec une profonde humilité ; puis se relevant, ils entourèrent de leur aâectueuse vénération Celui qu'ils honoraient comme le Rédempteur si longtemps désiré. Oh ! qui pourrait concevoir et décrire leurs joyeux transports et leurs concerts ravissants ! Bienheureux ceux qui assistèrent à cette solennelle réception, ou du moins coux qui y participent en quelque manière ! Unissez-vous, autant que vous le pourrez, à cette triomphaate assemblée; mêlez vos faibles voix à leurs cantiques harmonieux, ou du moins écoutez-les de loin pour bénir intérieurement le Sei-

gneur avec eux.

Prière.

Seigneur Jésus, faites que je sois obéissant comme saint Pierre pour accomplir vos préceptes, mortifié comme saint

Jacques pour combattre mes vices, zélé comme le noble Joseph pour progresser dans la vertu et persévérer dans le bien; et de même que vous avez daigné apparaître à ces illustres personnages dans l'affliction où ils étaient plongés, veuillez aussi me visiter souvent par votre grâce miséricordieuse. A l'exemple des anciens justes qui furent comblés d'allégresse par votre présence quand ils virent la gloire de votre Résurrection, puissé-je goûter éternellement dans la contemplation de votre Majesté le bonheur ineffable dont ils jouissent dès maintenant au ciel 1 Ainsi soit-il.

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