CHAPITRE LXXVI
JÉSUS APPARAIT A DEUX DISCIPLES d'eMMAUS.
Luc. XXIV, 13-35.
Le jour même de la Résurrection, deux des soixantedouze disciples, sortis de Jérusalem, se rendaient au bourg d'Emmaûs, éloigné de la ville de soixante stades, c'esi-h~ dire de sept mille cinq cents pas, environ deux ou trois lieues (Luc. xxiv, 13). Saint Luc nous apprend que l'un de ces disciples s'appelait Cléophas (Ibid. 18), mais il ne nomme point le second, probablement par humilité ; car, d'après saint Grégoire, c'était l'Évangéliste même qui rapporte le fait. Saint Ambroise prétend au contraire que c'était Amaon, filsdeRufus. Quoi qu'il en soit, ces deux disciples, désespérant de revoir leur Maître, cheminaient tristement, le cœur en proie au chagrin. Ils s'entretenaient
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de tout ce qui venait d'arriver, en gémissant sur l'injustice et la cruauté des Juifs qui avaient fait mourir Jésus, malgré l'innocence de sa vie et la sainteté de sa doctrine (Ibid. 14). Tandis qu'ils conversaient ensemble, Jésus lui-même s'approcha corporellement et spirituellement à la fois ; il marchait avec eux comme un compagnon de route, les interrogeant ou leur répondant pour les instruire et les édifier. (Ibid. 15). De cette manière, dit le Vénérable Bède (in cap. 24 Luc), il voulait ranimer dans leurs esprits la foi en sa Résurrection, et réaliser cette promesse qu'il avait faite précédemment : Lorsque deux ou trois personnes sont réunies en mon nom je suis au milieu d'elles (Matth. xviii, 20i. Plus tard, dans le lieu même où Jésus se joignit aux deux voyageurs on fit construire une chapelle. Mais d'abord leurs yeux étaient retenus de telle sorte qu'ils ne le reconnaissaient point (Luc. XXIV, 16); car à cause de l'incrédulité qui les captivait alors, ils ne pouvaient encore découvrir la vérité. Voilà pourquoi saint Marc déclare que Jésus leur apparut sous une forme étrangère, c'est-à-dire difïérente de celle qu'ils avaient coutume de voir en lui, comme l'explique saint Augustin (de Consensu Evang. 1. m, c. 2o). Ainsi ces disciples voyaient réellement le Seigneur, parce qu'ils l'aimaient sincèrement ; mais parce qu'ils doutaient de sa Résurrection, ils ne distinguaient pas bien sa personne.
Néanmoins Jésus leur dit: De quoi vous entretenez-vous là tout tristes en marchant (Ibid. 17)? S'îi leur adresse cette question, assurément ce n'est point par ignorance, mais seulement afin de trouver dans leur propre réponse une occasion favorable de reprendre leur incrédulité ; car, selon la remarque de saint Grégoire, ils parlaient entre eux comme des hommes afQigés d'avoir à jamais perdu le
uhrist qu'ils ne croyaient point être ressuscité. Gléophas répondit alors : Etes-vous si étranger dans Jérusalem que vous ne sachiez point ce qui s'y est passé dwrant ces deroiiers joii^7'S {Ibid. 18)? Eu d'autres termes: Parmi les nombreux pèlerins qui sont venus à Jérusalem pour les fêtes pascales, il est étonnant que vous ignoriez ce que tous les antres connaissent. Ou bien, selon saint Théophile, si vous ne connaissez pas les grands événements dont cette ville vient d'être le théâtre, vous y êtes seul comme un étranger qui demeure loin de ce pays sans en recevoir de nouvelles. Suivant le Vénérable Bède, ces deux disciples regardaient Jésus comme un étranger, parce qu'ils ne le reconnaissaient pas ; en elïet, il était bien étranger aux faiblesses de leur nature dont il était affranchi par la Résurrection, et aux pensées de leur cœur qui n'était point éclairé par la foi. Cependant comme le Seigneur continuait à s'enquérir de ce qui était arrivé, ils lui dirent : C'est relativement à Jésus de Nazareth, qui était un Prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple : ne savez-vous pas que les pontifes et les magistrats Vont fait condamner à mort et attacher à la croix (Ibid. 19,20)? D'après le Vénérable Bède, soit parce qu'ils ne croyaient pas parfaitement, soit parce qu'ils craignaient de se compromettre aux yeux des Juifs persécuteurs, ces disciples ne déclarent point que Jésus était Fils de Dieu, mais ils avouent simplement qu'il était un Prophète. Puis, comme si leur espérance s'était évanouie, ils ajoutent : Nous nous attendions quil rachèterait Israël ; cependant voici déjà le troisième jour que ces choses se sont passées (Ibid. 21). Il avait promis de ressusciter en ce jour ; mais nous ne l'avons pas encore vu paraître, quoique la nuit approche. Ils rapportent ensuite comment ils avaient été consternés
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d'apprendre que quelques-ims d'entre eux n'avaient point trouvé son corps dans le tombeau ; car ils appréhendaient beaucoup qu'il n'eût été enlevé.
Le Seigneur, blâmant alors leur peu de foi et de confiance, répliqua : 0 esprits aveugles et cœurs lents à croire toutes les choses qu'ont annoncées les Prophètes touchant la mort et la Résurrection du Messie ! Ne fallait-il pas que le Christ endurât tout cela pour accomplir la volonté de son Père céleste et opérer la rédemption du genre humain, afin quil entrât ainsi par la Passion dans sa gloire't car nul ne peut parvenir au terme du bonheur éternel sans avoir passé par la voie des tribulations. Ensuite, parcourant tous les Prophètes depuis Moïse, Use mit à leur inter^ prêter tous les passages des Saintes Écritures-qui le concernaient lui-même (Ibid. 25-27). Par les témoignages qu'il allégua et par les mystères qu'il expliqua, il fit voir clairement que tout ce qui lui était arrivé avait été prédit exactement ; car ce qui montre la solidité inébranlable de la foi chrétienne, c'est le parfait accord des événements évangéliques avec les anciennes prophéties.
Admirons ici les diflérentes manières dont le Sauveur manifeste son extrême bonté. Et d'abord, son ardent amour ne peut laisser plus longtemps ses chers disciples dans l'affliction et l'erreur. Comme un ami dévoué et un compagnon fidèle, il se présente sur leur route, se mêle à leur conversation, s'informe de leur tristesse, les instruit des Saintes-Ecritures et les enflamme de célestes afîections. N'est-ce pas ce que Jésus-Christ opère chaque jour spirituellement dans nos âmes ? Si dans nos peines et nos angoisses nous parlons de lui pieusement, il vient aussitôt éclairer nos esprits et embraser nos coeurs ; car le remède le plus efficace contre les chagrins, c'est de prendre
Dieu pour l'objet habituel de nos pensées et de nos discours. A l'exemple de ces deux disciples, lorsque nous sommes en voyage, entretenons-nous volontiers de ce qui regarde le salut; le Sauveur ne manquera pas alors de nous accompagner et de nous enseigner, comme il le fit autrefois sur le chemin d'Emmaùs. Il est bon d'avoirson nom présent à l'esprit et à la bouche en tout temps et en tout lieu; car, ainsi que nous le voyons ici, il n'ouhlie point ceux qui songent à lui. N'a-t-il pas dit en effet ? Quand deux ou trois personnes sont réunies en mon nom^ je suis au milieu d'elles (Matth. xvni, 20). Mais il se plaît surtout avec ceux qui s'entretiennent de sa Passion et de ce qu'il a souffert pour notre salut ; de là cette recommandation spéciale qu'il nous adresse par la bouche du Prophète (Jérém. III, 19) : Souvenez-vous de ma pauvreté et de mon anéantissement, de l'absinthe et du fiel dont j'ai été abreuvé ; ce souvenir vous portera sûrement à renoncer aux richesses, aux honneurs, aux plaisirs et aux jouissances de ce monde. En second lieu, admirons la bonté de Jésus-Christ, nonseulement dans la tendre affection qu'il témoigne à ses deux disciples, mais encore dans l'humilité profonde avec laquelle il agit à leur égard. Bien qu'il soit le Maître du ciel et de la terre, il ne refuse pas de marcher et de converser avec eux comme s'il était un de leurs collègues ou de leurs égaux. Ne semble-t-il pas être revenu à cette humilité qu'il avait pratiquée pendant toute sa vie mortelle ? Ces disciples sont inférieurs aux Apôtres ; n'importe, il s'approche d'eux, se joint à eux et leur parle familièrement. Qu'ils sont loin d'imiter la modestie et la condescendance du Sauveur, ces grands et puissants personnages qui craindraient de se déshonorer et de s'avilir s'ils se trouvaient et s'entretenaient avec les petits et les pauvres, ces ora-
teurs orgueilleux qui croiraient perdre leur temps et leur peine s'ils adressaient quelques pieuses exhortations à un auditoire peu considérable ! Le souverain Seigneur au contraire n'a point dédaigné le petit nombre ; n'a-t-il pas révélé ses mystères à deux simples disciples, et même précédemment à une femme toute seule, à la Samaritaine, lorsqu'il était assis près du puits de Jacob ?
En troisième lieu, admirons la bonté avec laquelle Noire-Seigneur instruit et console ses deux disciples, en leur expliquant les Saintes-Écritures et en leur rappelant ses propres exemples. Afin de nous inspirer également la foi et la patience, il semble nous dire : Hommes insensibles et négligents à rechercher et à remplir les préceptes et les volontés de Dieu I 0 stulti et tardi corde ad credendum ! Humilions-nous donc pour apprendre et pour observer les commandements contenus dans les Livres saints ; humilions-nous jusqu'à supporter les adversités comme Jésus-Christ, afin qu'après avoir participé à ses peines nous soyons associés à ses triomphes ; car nul ne peut régner avec lui, s'il ne commence par soufi'rir comme lui ici-bas. « Nous sommes doublement obligés de nous humilier, dit à ce propos le Vénérable Bède (in cap. 24 Luc), parce que nous ne connaissons point comme il faut ce qu'enseigne l'Écriture, et parce que nous n'accomplissons point comme il convient ce que nous connaissons. En efïet, si tous les Prophètes depuis Moïse ont parlé du Christ en prédisant qu'il arriverait à la gloire par la souffrance, comment seraient-ils véritablement Chrétiens ceux qui ne s'efforcent point de tout leur pouvoir d'arriver à la science du Christ par l'intelligence des Écritures, et à la participation de sa gloire par la voie des souffrances ? » Insensés ceux qui prétendraient parvenir au royaume de Dieu sans
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passer par le chemin de la tribulitioii ! Si Notre-Seigneur à qui ce royaume appartient par nature voulut y passer, à plus forte raison doivent y passer ceux à qui ce royaume appartient seulement par grâce. De simples sujets refuseraient-ils d'entrer par la même porte que leur propre Roi et que tous ses serviteurs dévoués ? « Nous voyons notre Chef entrer au ciel par la douleur, dit saint Bernard (Serm. de Passione), et nous présumerions d'y pénétrer d'une autre manière? Est-ce que le corps pourrait s'introduire par une autre ouverture que la tête ? Ne seraif-ce pas une chose monstrueuse que des membres vécussent daos la délicatesse sous un chef couronné d'épines ? » Ajoutons que, quand un héritage se présente avec des avantages et des charges, il faut remplir les charges pour recueillir les avantages. Or Dieu n'a promis l'héritage céleste qu'à ceux qui souffriraient patiemment sur la terre ; c'est à cette onéreuse condition qu'il l'a donné à Jésus- Christ, aux Apôtres et à tous les élus. Vouloir parvenir à la béatitude éternelle sans supporter aucune tribulation serait se croire plus digne que Jésus-Christ lui-même, plus saint que les Apôtres, meilleur enfin que tous les élus.
Lorsque les deux disciples furent proches du village où ils se rendaient, le Seigneur feignit d'aller plus loin (Luc. XXIV, 28). « Il faisait semblant de passer outre, dit saint Bernard (Serm. 74 in Cant.), non pas qu'il voulût effectivement les quitter, mais afm qu'ils le suppliassent de rester avec eux. :» De cette façon le Seigneur ne blessait pas la vérité ; car pourquoi la fiction ne serait-elle pas permise en action comme elle l'est en parole ? Nous la voyons, en eiîet, employée souvent dans les paraboles ou allégories de l'Ancien et du Nouveau-Testament pour représenter plus convenablement la vérité sous certaines images. Selon la
remarque de saint Augustin (de Qusest. evang, 1. 2, c. 51), la fiction n'est un mensonge que quand elle signifie une fausseté, 'mais quand elle signifie une réalité elle est une figure de la vérité, et de cette sorte on peut, sans mentir, feindre une chose non- seulement en parlant, mais aussi en agissant. Ainsi, Jésus-Christ feignit justement d'aller plus loin que les deux disciples pour montrer que leurs cœurs ne pouvaient le suivre par défaut de foi. Mais quoiqu'ils ne reconnussent pas encore leur divin Maître, ils éprouvaient un tel désir de l'entendre quHls le contraignirent de rester^ en le prenant par les mains et le conjurant avec instances. Demeurez avec nous ^disaient-ils : car la nuit approche et le jour baisse (Luc. sxiv, 29). Par cet exemple, dit saint Grégoire (Hom. 23 in Evang.), apprenons comment nous devons exercer l'hospitalité ; il ne suffît pas d'inviter, il faut obliger en quelque sorte les étrangers à entrer dans nos maisons. En outre, quiconque voit arriver pour lui le soir de la vie et les ténèbres de la mort devrait se tourner vers Dieu de toutes ses forces, en répétant de cœur et de bouche la touchante prière des deux disciples : Mane nobiscum^ quoniam advesperascit.
Cédant avec bonté à leurs sollicitations, Jésus entra avec eux ; et tandis qu'ils étaient ensemble à table, il prit du pain et le bénit; puis V ayant rompu, ille leur présenta, comme il avait coutume de le faire avant sa Passion, lorsqu'il vivait parmi les siens. Leurs yeux s'ouvrirent et ils le reconnurent à la fraction du pain (Luc. xxiv, 29-31). L'Evangile rapporte en effet plusieurs circonstances dans lesquelles le Sauveur bénit et rompit le pain de celte manière : d'abord dans le désert lorsqu'il nourrit cinq mille hommes avec cinq pains d'orge, puis dans une pareille occasion lorsqu'il rassasia auatxe mille hommes avec sept
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pains ; ensuite à la dernière cène quand il consacra son corps adorable ; enfin ici où il éclaira les yeux des deux disciples. Ces quatre circonstances figurent les quatre différentes manières d'interpréter les Saintes-Écritures selon les sens historique, tropologique, allégorique et anagogique. D'après saint Augustin (de Cousensu Evang. 1, 3, c. 25), le démon lui-même avait obscurci les yeux des disciples pour qu'ils ne reconnussent point le Seigneur; et le Seigneur le permit ainsi, pour montrer comment la communion de son corps dissipe les ténèbres répandues dans notre esprit par l'ennemi du salut. Suivant saint Théophile (in Lucam), nous apprenons par là quelle vertu ineffable possède la chair du Sauveur ; car elle le fait reconnaître clairement en ouvrant les yeux de ceux qui reçoivent le pain eucharistique.
Jésus- Christ opère chaque jour dans nos âmes ce qu'il fit d'une manière sensible à l'égard de ces deux disciples, pour notre instruction. Il n'a rien tant à cœur que de se voir invité et retenu en nous par l'ardeur de nos désirs et la ferveur de nos oraisons. Ne nous lassons donc point de prier, comme lui-même nous y engage : Oportet semper orare et non deflcere (Luc. xviii, 1). Appliquons-nous en même temps à exercer la charité et l'hospitalité ; car il ne suffit pas de comprendre les livres inspirés, si l'on n'exécute ce qu'ils recommandent. Aussi le Seigneur ne se fit point reconnaître des deux disciples, lorsqu'ils l'entendaient expliquer les Prophètes, mais lorsqu'ils le contraignirent de partager leur repas. Comme il est plein de miséricorde, il se plut à la signaler surtout à l'égard de ceux-ci qu'il trouva fidèles à la pratiquer. Cet exemple remarquable nous prouve que la foi sans les œuvres est morte (Jac. ii, 26j. Ces disciples en effet furent illuminés surnaturellement, non point
en écoutant, mais en accomplissant les préceptes diTins, c'est-à-dire à la fraction du pain, quand ils eurent pressé et forcé le Seigneur de loger et de manger en leur compagnie. Aussi le grand Apôtre a dit : Ceux qui seront justifiés devant Dieu, ce ne sont point les auditeurs, mais les observateurs de la Loi (Rom. ii, 13). Ainsi on découvre Dieu plus parfaitement par la pratique des vertus que par la science des Ecritures ; car la meilleure manière de parvenir à l'intelligence de la vérité, c'est de suivre ses enseignements plus encore que de les étudier, comme aussi elle-même se manifeste beaucoup mieux par les œuvres que par les paroles.
Nous sommes des pèlerins sur cette terre, puisque nous n'avons point ici-bas de cité permanente et que nous cJiercJions notre habitation future ailleurs (Heb. xiii, 14). Or, si nous sommes disposés spirituellement comme l'étaient les deux disciples, le Seigneur lui-môme nous accompagnera dans le chemin de la vie. C'est pourquoi, à leur exemple, nous devons éviter un funeste repos, une vaine joie et toute conversation mondaine. Marchons donc vers la perfection chrétienne, livrons-nous à une sainte tristesse, et entretenons-nous de choses pieuses ; le Sauveur alors s'approchera de nous et se joindra à nous, il éclairera notre esprit et embrasera notre cœur en nous faisant comprendre et goûter les divines Écritures; s'il feint néanmoins de nous quitter, ce ne sera que pour nous éprouver. En outre, un voyageur étranger se débarrasse et s'éloigne de tout ce qui ne lui appartient point ou ne le concerne point; il s'informe soigneusement de sa route et soupire ardemment après sa patrie ; il n'arrête point ses affections et ses regards sur ce qui pourrait le détourner du but proposé. A ceux qui vivent ainsi dans le monde comme des voyageurs étran-
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gers, Jésus-Christ lui-même daigne se montrer pour leur accorder trois sortes de faveurs : il les console par de doux colloques, il les dirige par des lumières surnaturelles, et il les nourrit par les dons eucharistiques ; s'il semble vouloir les abandonner quelquefois, il se laisse retenir par la sainte violence dont on use à son égard. Comme Emmaus signifie désir du conseil^ les deux disciples qui allaient vers ce lieu représentent les Chrétiens fervents qui tendent au parfait accomplissement des conseils évangéliques ; le Seigneur se plaît souvent à leur apparaître pour les assister de ses grâces privilégiées.
Le Sauveur cependant ne laissa pas longtemps les deux disciples jouir de sa présence sensible ; car aussitôt après leur avoir partagé le pain qu'il venait de bénir, il se déroba à leurs yeux, afin d'exciter leurs désirs par son absence même (Luc. xxiv, 31). Il montrait ainsi que son corps désormais glorieux pouvait disparaître tout à coup en vertu de son agilité ; et en retirant à leurs regards charnels les humbles apparences qu'il avait prises devant eux, il faisait entrevoir à leurs esprits étonnés les prérogatives merveilleuses dont il était doué. Alors convaincus que leur divin Maître était vraiment ressuscité, les deux disciples se dirent l'un à l'autre : Notre cœur n' était-il pas tout brûlant, tandis qu'il nous parlait sur la route et qu'il nous ijutiait aux Écritures ? (Ibid. 32.) Hélas 1 Pourquoi ne l'avons-nous pas reconnu plus tôt et retenu davantage? Pourquoi ne nous sommes-nous pas prosternés à ses pieds pour lui rendre nos hommages ? Oii le chercher maintenant ? Oiî le trouver désormais? Par ce témoignage, dit Origène (Hom. 7 in Exod.), nous apprenons que les paroles de Jésus-Christ avaient allumé dans l'âme de ses dociles auditeurs le feu de l'amour divin. Lorsqu'on entend ainsi la voix du Seigneur,
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dit saiiU Giégoire (Honi. 30 in Evang.), la charité s'enflamme et la tiédeur se dissipe, les concupiscences terrestres s'éteignent et les affections célestes se raniment ; on écoute avec plaisir et on observe avec empressement tous les préceptes divins qui deviennent comme autant de charbons ardents pour entretenir ia ferveur. Si le Seigneur quitta promptement ces deux disciples, c'est qu'il avait hâte de consoler les autres, comme nous le verrons dans les chapitres suivants.
Prière.
Seigneur Jésus qui, en apparaissant à vos deux disciples sur la roule d'Emmaûs, avez daigné éclairer et embraser leurs cœurs, je vous prie d'illuminer et d'échaufTer également le mien, afin que je courre avec joie dans la voie de vos commandements et que je tende aveczèie à l'accomphssement de vos conseils. Accordez-moi donc, ô Fils unique de Dieu, d'éviter toutes les actions mauvaises et d'exercer les différentes bonnes œuvres envers le prochain, afin qu'au dernier jour de la résurrection générale j'aie le bonheur d'avoir part à votre délicieuse invitation adressée à tous les élus : Venez, vous qui êtes bénis de mon Père, entrez en possession du royaume^ qui vous a été préparé dès Von ginedu monde. Ainsi soit-il.
T. Vil
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