‹ La grande vie de Jésus-ChristChapitre 15 sur 67 · CHAPITRE LXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXVII

JÉSUS APPARAIT EN l'aBSENCE DE THOMAS AUX APÔTRES RÉUNIS.

Luc. ixiv, 33-50; Joan. xx, 19-26.

A Vheure même où Jésus disparut à leurs yeux, les deux disciples se levèrent de table ; et en ce même jour ils revinrent à Jérusalem vers leurs frères (Luc. xxiv, 33). Selon la remarque de saint Théophile, le feu de la charité que le Seigneur avait déposé dans leur âme n'y restait pas oisif; car ne pouvant contenir leur joie, ils étaient impatients de la communiquer aux autres. Admirons ici l'ardeur de la foi qui leur inspire le zèle de la prédication. Quoique la soirée soit avancée et que le souper soit servi, sans être arrêtés par la fatigue de la route ni par la crainte de la persécution, ils courent annoncer aux Apôtres la Résurrection de leur bon Maître. Pour fournir par leur témoignage la preuve de ce joyeux événement, ils partent sur-le-champ, afin qu'on ne les accusât point de négligence; car s'ils avaient différé leur voyage, ils auraient pu appréhender quelque reproche comme ceux qui disaient autrefois : Voici un jour de bonne nouvelle ; si nous demeurons dans lesilence sans en donner avis avant demain matin, on nous en fera un crime (IV Reg. vu, 9). Apprenons par cet exemple que nous ne devons point taire, mais révéler promptement aux autres ce qui intéresse leur salut commun ; les supérieurs principalement doivent être très-diligents à instruire leurs subordonnés des vérités évangéliques.

Arrivés à Jérusalem, les deux disciples trouvèrent sur la

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montagne de Siou les onze Apôtres réunis avec plusieurs autres personnes. Ainsi la joie de la Résurrection rassemblait ceux que l'horreur de la Passion avait naguère dispersés ; ils disaient : Le Seigneur est vraiment ressuscité, et il s'est montré à Simon (Luc. xxiv, 33 et 34), Les nouveaux venus, confirmant cette déclaration, racontèrent ce qui s'était passé dans leur voyage, et comment ils Vavaient reconnu à la fraction du pain (Ibid. 35). Considérez avec quelle satisfaction ils s'entretiennent tous ensemble de ce que les uns et les autres avaient vu et entendu. Quelquesims cependant, ])eu conyâincns de tous ces récits prodigieux, n'i/ C7'0î/aie?zi 2?a5 e^icore (Marc. XVI, 13). Thomas entre autres, qui persévérait dans son incrédulité, sortit alors de la maison.

Après le départ de Thomas, les dix autres Apôtres continuèrent à parler de leur divin Maître durant toute la soirée de ce même jour qui était le premier d'après le sabbat, c'est-à-dire le dimanche de la Résurrection (Luc. xxiv, 36) ; mais tandis qu'ils étaient assemblés, les portes restaient fermées dans l'appréhension des Juifs (Joan. xx, 19). Jésus alors, attiré par les vœux ardents de ses chers disciples, vint avec les vêtements éclatants de son humanité renouvelée. Selon le Vénérable Bède (in Joan.), il apparut dans la nuit pour les rassurer de la frayeur qui les agitait surtout alors. Suivant saint Théophile, il entra sans ouvrir les portes, afin de prouver que son corps désormais glorieux ne connaissait plus d'obstacles. Il se présenta lorsque les disciples étaient réunis en son nom, pour montrer qu'il se manifeste aux hommes unis entre eux par la charité, comme le fit également le Saint-Esprit au jour de la Pentecôte. Il se tint au milieu d'eux, afin que tous le reconnaissant avec certitude fussent consolés par sa présence.

L3 milieu, étant la place d'honneur, dit Salluste, est réservé aux personnages les plus dignes. Voilà pourquoi le Sauveur ressuscité se tint au milieu de ses Apôtres, comme le soleil au milieu des astres pour les illuminer, comme le lis au milieu des fleurs pour les embellir, comme un roi au milieu de ses soldats pour les encourager, comme un maître au milieu de ses élèves pour les instruire, comme un père au milieu de ses enfants pour maintenir la concorde, comme le cœur au milieu des membres pour leur communiquer la vie, comme un ami dévoué au miliea de ses amis pour se donner à tous en même temps. N'est-ce pas aussi la manière dont nous agissons nous-mêmes, quand nous sommes plusieurs réunis ensemble ? Si un ami commun survient alors, ne le plaçons-nous pas au milieu de nous, afin que tous à la fois nous puissions mieux jouir de sa compagnie ?

En se montrant à ses Apôtres au moment où ils s'entretenaient de lui, le Sauveur a voulu nous apprendre encore ici qu'il daignera se manifester à nous-mêmes, si nous aimons à parler de lui, de ce qui intéresse sa gloire et notre salut ; c'est alors qu'il accomplira cette promesse: Quand deux ou trois personnes se trouveront réunies en mon nom, je serai au milieu d'elles. — Lorsque le Seigneur apparut ainsi au milieu de ses disciples, ils étaient effrayés, pendant que les ténèbres étaient répandues autour d'eux ; et ils étaient assemblés, tandis que les portes étaient fermées sur eux. Ces diverses circonstances indiquent les quatre dispositions oi!i nous devons être pour recevoir la visite du Sauveur. La première disposition est cette crainte salutaire qui purifie la conscience de toute souillure, selon cette maxime de l'Ecclésiastique (i, 27 et 28): La crai7ite du Seigneur bannit le péché, de sorte que

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sans elle on ne peut devenir juste. La seconde disposition est le renoacement généreux qai nous fait mépriser la gloire humaine comme une profonde obscurité. La troi» sième disposition est la charité parfaite qui doit unir tous les cœurs, suivant cette recommandation de l'Apôtre : Gardez la paix et le Dieu de la dilection sera avec vous (II Cor. xin, 11). La quatrième disposition est le recueillement qui consiste à tenir l'âme éloignée de toute vaine curiosité dans l'attente du Sauveur. Les disciples qui se trouvent dans l'occasion présente figurent spécialement les religieux fervents qui, pour l'amour du divin Maître, ferment avec soin les portes de leurs sens extérieurs ; aussi méritent-ils d'être souvent visités par Jésus-Christ qui les comble de consolation et de joie.

Jésus dit avec tendresse : La paix soit avec vous (Joan. XX, 19). Comme le remarque saint Ghrysostôme (Hom. 85 in Joan.), le Sauveur ressuscité avait exhorté à la joie les saintes femmes qui étaient accablées de tristesse, maintenant il exhorte à la paix les hommes pieux qui étaient menacés par la Synagogue. Cette paix qu'il leur souhaite n'est point temporelle ou mondaine, puisqu'ils doivent être exposés aux souffr mces et aux persécutions ; mais elle est spirituelle et céleste, parce qu'ils doivent Ja trouver dès à présent dans leur cœur et plus tard dans le ciel. En disant : Pax vobis, il leur annonce la paix du pardon et de la réconciliation à l'égard de Dieu ; il leur recommande aussi la paix de la concorde et de la charité envers le prochain ; il leur promet enfin la paix de l'éternité et de l'immortalité pour eux-mêmes. Il commence par leur offrir cette triple paix qu'il était venu leur procurer avant tout. En souhaitant tOut d'abord la paix à ses disciples après sa Résurrection, il montre que, s'ils veulent

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