JÉSDS APPARAIT PRÈS DE LA MER DE TIBÉRIADE A SEPT DISCIPLES
Joan. XXI.
Quelque temps après, Jésus apparut une autre fois à ses disciples; et ce fut sur le rivage dt la mer de Tibériade. Alors se trouvaient réunis Simon Pierre, Thomas appelé Didijme, Nathanaël de Cana en Galilée, les deux fils de Zébédée, Jean et Jacques, et deux autres disciples que l'Evangile ne nomme point, soit qu'ils fussent inférieurs aux précédents, soit que ce fussent André et Philippe (Joan.xxi, 1 et 2). Pour se procurer la nourriture, ils péchaient ensemble avec une barque qui ne leur appartenait point en propre ; car au moment de leur vocation, ils avaient abandonné les navires et les filets qu'ils possédaient auparavant. Selon saint Augustin (Tract. 2i' in Joan.), afin de gagner leur vie, ils pouvaient licitement reprendre leur ancienne profession sans blesser la dignité de leur apostolat, puisqu'ils n'avaient pas d'autres moyens de subsistance. Aussi saint Paul lai même, comme il le rapporte, apprit à fabriquer des tentes, afin que dans le besoin il ,pût vivre du
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travail de ses mains sans être à charge aux fidèles. Après la conversion, dit saint Grégoire (Hora. 24 in Evang.), on peut exercer la même profession qu'auparavant, si elle est innocente et honnête; mais on doit y renoncer absolument, si elle est mauvaise ou dangereuse par elle-même. Ainsi, -<juoi(iu'il eût été appelé à la prédication évangélique, saint f ierre revint à la pêche, tandis que saint Matthieu ne retourna plus à son bureau comme publicain. Les sept disciples mentionnés travaillèrent toute la nuit sans prendre aucun poisson ; car ils manquaient du secours divin, sans lequel nous sommes plongés dans la plus profonde obscurité. Dieu le permit de îa sorte, pour faire mieux ressortir le miracle suivant :
Lorsque vint le matin, symbole de la Résurrection glorieuse, Jésus parut sur le rivage. Il ne se montra point sur l'onde mobile, mais sur la terre ferme, pour signifier qu'il n'était plus exposé aux flots orageux de ce monde périssable, m lis qu'il était parvenu désormais à l'état permanent de la vie éternelle. D'abord les disciples ne le reconnurent point {Joàw. XXI, 4). Selon saint Chrysostome (Hora. 86 in Joan.), il ne se découvrit point aussitôt à eux, afin qu'ils le reconnussent ensuite au prodige qu'il allait opérer sous leurs yeux. Considérez ici de quelle façon il leur ménage ime agréable surprise. Comme un homme ordinaire, il semble vouloir leur acheter des poissons pour préparer quelque mets. Enfants, leur cria-t-il, n'avez-vous pas quelque aliment à me donner? Dans un sens mystique, le Seigneur nous adresse une pareille demande : ce qu'il désire de nous, c'est l'obéissance fidèle aux commandements divins que tous doivent observer. Lui-même n'avait-il pas dit précédemment à se î disciples : Ma nourriture consiste dans f accomplissement de la volonté de Celui qui m'a envoyé
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(.lûc'.r., IV, 34)? Néamnoirs, le prenairt pour un marchand qui cherchait quelque provision, ils lui répondirent: Non, nous n'avons absolument rien (Ibid. xxi, 5). Jetez le filet à droite de la barque, ajouta-t-U, et vous prendi^ez quelque eJiose. Ils le jetèrent donc ; et bientôt ils ne pouvaient plus le retirer, tant il était rempli de poissons (Ibid. 6). Parce qu'ils avaient ponctuellement obéi, ils recueillaient aussitôt le fruit de leur docilité.
Les sept pêcheurs ici mentionnés représentent tous les prédicateurs évangéliques. Sans la vertu du Sauveur, ils n'obtiennent aucun succès et ne retirent aucun profit ; parce que si sa grâce ne parle au cœur, c'est en vain que leur voix retentit aux oreilles des auditeurs. Mais quand le matin arrive, c'est-à-dire, quand, par la puissance du Seigneur, apparaît la lumière céleste, la pêche est abondante. C'est ce qui arriva par la conversion du monde presque entier à la prédication des Apôtres et de leurs successeurs. La pêche dépend beaucoup des instruments ou moyens qu'on emploie ; ainsi, dit-on, les poissons s'éloignent des filets sales et fétides où ils ne se laissent prendre que difficilement ; ils se laissent prendre au contraire plus facilement dans les filets bien nettoyés et de bonne odeur qui les attirent. Or, la parole de Dieu est le filet de Jésus-Christ ; les poissons, ce sont tous les pécheurs ;
la barque, c'est l'Eglise à la droite de laquelle sont les biens spirituels et à la g-auche les biens temporels. Celui donc qui prêche pour acquérir la gloire mondaine, ou quelque avantage matériel, pêche à gauche avec des filets infects ; aussi réussit-il peu ou point du tout. Celui au contraire qui prêche pour procurer la gloire de Dieu et le salut du prochain, pêche à droite avec des filets bien conditionnés, et ses efforts sont récompensés. N'en soyons pas surpris ; le
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Sage n'a-t-il p'is c^r. dans le livre des Proverbes (iv, 27) : Le Seigneur recherche les voies qui sont à droite^ mais il réprouve celles qui sont à gauche.
Jean reconnut son bon Maître dans la réalisation merveilleuse de ce que Celui-ci avait annoncé; et s'adressant à --HPierre qu'il aimait et qu'il respectait surtout comme son chef, il lui dit : C'est le Seigneur, Celui auquel obéissent les poissons de même que toutes les créatures (Joan. xxi, 7). Le titre de Seigneur marqiie justement ici la souveraine puissanse par laquelle Dieu se manifestait lui-même en ce prodigieux événement. Ainsi, avant tous ses collègues, le disciple bien-aimé discerna le Sauveur, parce qu'étant vierge il était plus pur et plus clairvoyant que les autres ; car c'est principalement la pureté de cœur et de corps qui dispose l'homme à percevoir les choses divines et spirituelles. Selon le Vénérable Bède, saint Jean fut le premier qui distingua le Seigneur, soit par le son de la voix qui lui était familière, soit par la vue du miracle présent, soit par le souvenir de l'ancienne pêche dont il avait été témoin. Suivant Pierre le Chantre, l'apôtre saint Pierre représente ici encore la vie active et laborieuse, tandis que l'évangéiiste saint Jean figure la vie conten)plative et paisible : celle-ci considère d'abord Dieu qu'elle découvre ensuite à celle-là. Ne nous laissons donc point tellement distraire par les œuvres extérieures que nous le perdions complètement de vue à lintérieur ; si l'action nous occupe durant le jour, que la nuit du moins la contemplation nous le montre en disant : « Voici le Seigneur, Dominus est ! f>
Ayant appris que le Seigneur était là, Pierre se couvrit de sa tunique j pour se présenter à lui avec plus de respect ; car il était nu, ou en d'autres termes^, selon le Vénérable Bède, il était peu vêtu, parce qu'il avait quitté ses habits