‹ La grande vie de Jésus-ChristChapitre 27 sur 67 · JÉSUS APPARAIT PKÈS DE LA MER DE TIBÉRIADE, ETC · texte numérisé non relu

JÉSUS APPARAIT PKÈS DE LA MER DE TIBÉRIADE, ETC

tenant conférer à leur chef une faveur spéciale. Lorsquils curent achevé leur repas, Jésus dit à Pierre : Simon, fils de Jean, m' aimes-tu plus que ceux-ci [Jod^n.xw, 15} ? Gomme s'il lui disait : Quelle preuve me donneras- Lu d'un dévouement plus grand que le leur ? Selon la remarque d'Alcuin, puisque le nom de Simon signifie obéissant et celui de Jean grâce, saint Pierre est ici justement appelé Simon fils de Jean, c'est-à-dire fds obéissant de la grâce, pour montrer par là que l'ardente affection dont il était animé lui venait d'une vertu surnaturelle. Le Seigneur n'avait-il pas vu cet Apôtre lui témoigner en de nombreuses occasions un plus vif attachement que tous ses collègues ? Pourquoi donc cependant lui demande-t-il solennellement en leur présence, s'il l'aime véritablement plus qu'eux? Au moment de l'établir son vicaire, comme Chef suprême de l'Église universelle, il voulait montrer que le prélat doit surpasser les autres non-seulement eu autorité, mais aussi en charité, en cet amour de Dieu qui est le lien de la perfection; que par conséquent il faut élire pour prélat celui qui, toutes choses égales d'ailleurs, est le plus excellent et le plus parfait. En effet, dans tout genre d'administration, celui qui préside et gouverne doit être supérieur en pouvoir et en mérite, parce qu'il a des obligations plus nombreuses, plus importantes et plus difficiles que tous ses subordonnés; car par rapport à eux il doit se conduire combine l'âme relativement au corps, comme la raison à l'égard des autres facultés, comme le pasteur envers le troupeau. Dans les élections ou promotions ecclésiastiques, il faut donc choisir de préférence le meilleur, non pas le plus lettré ou le plus habile, mais ct lui que, d'après toutes les conditions bien pesées, on estime être le plus apte à procurer la gloire de Dieu et l'utilité de l'Eglise ; quiconque agit autrement ne

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sera point exempt de faute au jugement de Dieu. Néanmoins, suivant la règle du droit, quiconque se contente d'élire un homme bon et capable est exempt de punition au jugement des hommes. En effet, selon saint Augustin, pour éviter des désordres plus graves, les tribunaux hujnains tolèrent certaines actions incorrectes on défectueuses qui doivent être corrigées ou réformées au tribunal divin ; car ce qui suflTit aux yeux des mortels ne suffit pas toujours aux yeux du Seigneur. Ainsi, devant la loi, il suffit que l'élu soit capable et que son élection soit régulière ; car les élections deviendraient presque impossibles, si elles étaient annulées par le seul motif qu'on n'a pas élu le meilleur. Cependant, en conscience, on est obligé de choisir le meilleur, comme nous l'avons expliqué ; c'est pourquoi, si, poussé par quelque sentiment d'affection charnelle ou par quelque espoir d'avantage temporel, on préfère un sujet moins bon à un meilleur, on fait acception de personne et on commet une injustice, de sorte que l'élection est frauduleuse, quoique valide.

Pierre, qui ne pouvait lire dans le cœur des autres, ne pouvait par conséquent connaître à quel degré ils aimaient eux-mêmes le Seigneur ; n'osant donc pas répondre qu'il l'aimait plus qu'eux, il se contenta de dire simplement : Owi, Seigneur, vous savez que je vous aime (Joan. xxi, 15). Comme s'il disait : Vous qui seul pénétrez le fond des cœurs, soyez mon témoin et mon juge ; car vous seul pouvez savoir sije vous aime plus que les autres; quant à moi, je ne le sais pas ; mais ce que je sais, c'est que je vous aime de tout mon cœnr. Ainsi, depuis qu'il avait renié son divin Maître, Pierre avait appris à ne pas compter sur ses propres forces. Se défiant de lui-même, il n'en appelle point à son propre témoignage qui l'avait trompé naguère, mais

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à celui de Jésus-Christ qui pénètre les secrets des âmes. Il répond alors avec une prudente modestie : Mieux que moi, Seigneur, vous savez que je vous airi,e ; et par une respectueuse humilité vis-à-vis de ses collègues, il n'ajoute pas : Je vous aime plus que les autres, nous montrant ainsi que nous ne devons jamais nous préférer aux autres, mais au contraire préférer les autres à nous-mêmes. Par cette réponse très-réservée, il affirme uniquement ce qu'il sait, c'est-à-dire qu'il aime sincèrement son Maître et il tait ce qu'il ignore, à savoir s'il l'aime plus que les autres. Par cet exemple de sagesse, apprenons à ne point juger des choses cachées avec une téméraire précipitation, mais à suspendre notre opinion tant que le doute existe.'

Voulant confier à saint Pierre la charge pastorale, J'\sris lui dit : Pais mes agneaux (Joan. xxi, 15). Comme s'il lui disait : Tu me prouveras l'affection que tu as pour m.oi par le soin que tu prendras de mon troupeau ; car l'affection se prouve par les œuvres. Ainsi celui qui aime vraiment Dieu, aime aussi le prochain ; mais Celui qui n'exerce p~iiut la charité à l'égard de ses frères montre qu'il n'en a point non plus à l'égard de leur Père céleste. Jésus- Christ, dit saint Augustin (Serm. 49 de tempore), recommande son troupeau à l'Apôtre qui lui protestait son amoui', comme si saint Pierre ne pouvait mieux témoigner une parfaite dilection envers le divin Maître qu'en devenant un pasteur fidèle sous la conduite de ce Chef suprême. - Le Seigneur adressa cependant une seconde fois la même question à son fervent disciple, dont il reçut la même réponse ; aussi lui dit-il encore : Pais mes agneaux (Joan. xxi, IG). M lis comme Jésus lui demanda pour la troisième fois s'il r.iimait, Pierre fut contrislé d'une pareille insistance de la part de Celui qui n'ignorait point la vérité avantmême d'en

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exiger la déclaration (Ibid. 17). 11 en fut alarmé et tout troublé ; car sachant bien que son Maître connaissait l'avenir comme le présent, il craignit que, par cette interrogation réitérée, le Seigneur ne voulût lui prédire quelque chute nouvelle, comme au temps de sa Passion. Selon saint ^Chrysostôme(Hom. 87 in Joan.),le prince des Anôtres appréhendait alors que, s'il n'aimait point véritablement tandis qu'il le pensait, il en fût repris et puni, comme il l'avait été récemment à cause de sa présomption quand il s'était cru ferme et inébranlable. Dans sa juste appréhension, il s'en remit à Jésus-Christ, en poussant vers lui ce cri du cœur : Seigneur^ vous savez toutes choses, soit actuelles suit futures ; par conséquent vous savez que je vous aime maintenant ; que m'arrivera-t-il ensuite ? vous le savez aussi, mais je ne lésais pas. Après avoir entendu cette dernière exclamation, le Seigneur ajouta : Pais mes brebis ''Joan. XXXI, 17).

En demandant trois fois à saint Pierre s'il l'aimait, Jésus- Christ n'ignorait point sans doute combien il en était aimé ; mais, selon saint Augustin (Tract. 123 in Joan.), il voulait que le prince des Apôtres réparât la faute d'un triple reniement par le mérite d'une triple confession. Ne convenait-il pas que l'affection du disciple pénitent lui fit louer son divin Maître autant de fois que la crainte le lui avait fait renoncer? De plus, suivant saint Ambroise (de Apologia David), le Seigneur interrogea saint Pierre non point pour s'instruire lui-même, mais pour instruire celui qu'il allait laisser comme son vicaire en ce monde, au moment de monter au ciel ; car, après avoir aimé son troupeau jusqu'à sacrifier sa vie pour lui, il ne veut le confier qu'au disciple dont il est spécialement aimé lui-même. C'est pourquoi avant d'établir saint Pierre chef de FÉghse, il l'oblige à lui

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