‹ La grande vie de Jésus-ChristChapitre 28 sur 67 · JÉSUS APPARAIT PRÈS DE LA MER DE TIBÉRIAUE, ETC · texte numérisé non relu

JÉSUS APPARAIT PRÈS DE LA MER DE TIBÉRIAUE, ETC

faire une triple proteslation de sincère attachement ; et il apprend ainsi à l'xipôtre converti qu'après avoir eu le malheur de montrer sa lâcheté en reniant le Pasteur, il doit désormais montrer son dévouement en paissant le troupeau. Selon saint Ghrysostôme (Hom. 87 in Joan.), « Jésus-Christ semble dire à saint Pierre : Si tu m'aimes vraiment, dirige sagement tes frères ; tu prouveras de cette manière l'amour fervent que tu m'as témoigné en tout. Et puisque tu as promis de livrer la vie pour moi, donne-la pour mes brebis ; c'est en leur rendant service que tu me causeras plus de plaisir. » Donc, conclut saint Grégoire (Epist. 1. vi, 5), si le soin qu'on prend du troupeau est le signe de l'amour qu'on a pour le Maître, il s'ensuit que quiconque ne soigne pas le peuple dont il est chargé, n'aime pas Dieu qui en est le Pasteur suprême. « M'aimes-tu? dit le Sauveur. Pais mes brebis; par conséquent, comme l'explique saint Augustin (Tract. 124 in Joan.), ne désire point te repaître toi-même, mais mon troupeau ; nourris-le comme étant à moi et non point à toi ; cherche en lui ma gloire et non la tienne, mou avantage et non le tien. »

« Ce n'est point sans motif, dit saint Bernard (Serm. 76 in Gant.), qu'avant de recommander ses brebis à saint Pierre, le Seigneur lui a demandé plusieurs fois : Simon, m'aimes-iu? c'était dire en d'autres termes : Si tu ne m'aimes point parfaitement, plus que tes biens, plus que tes proches, plus que toi-même, tu ne peux convenablement gouverner mon troupeau, pour le salut duquel j'ai versé mon sang. Paroles terribles, qui devraient effrayer tous les maîtres égoïstes, durs envers leurs sujets comme des tyrans ! Vous donc qui exercez le mmisrère pastoral, veillez non-seulement sur vous-mêmes, maisencore sur le dépôt précieux qui vous a été confié. » Remarquons comment Jésus-

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Christ, en conférant à saint Pierre la juridiction spirituelle, l'examine lui-même jusqu'à trois fois par rapport à la divine charité ; car les supérieurs ecclésiastiques doivent en être animés plus que les autres hommes. Par conséquent, on ne doit point élever à quelque dignité dans l'Eglise celui ,---qui n'a donné aucune preuve d'affection sincère envers Dieu et le prochain. « N'est-ce pas à bon droit, ajoute saint Bernard (Serm. 23 in Gant.), que le Seigneur recherche s'il possède vraiment l'amour de l'Apôtre destiné à régir tout son troupeau ? Celui qui est chargé de conduire les âmes doit être tellement rempli de la charité qu'il en soit comme enivré et enflammé, au point de s'oublier lui-même pour songer aux seuls intérêts de Jésus-Christ. » Enfin, par l'exemple de Notre-Seigneur, apprenons avec quelle attention on doit examiner quelqu'un avant de le revêtir de l'autorité pastorale.

Pourquoi Jésus-Christ a-t-il dit h saint Pierre deux fois d'abord : Pais mes agneaux, et une fois ensuite : Pais mes brebis? C'est que, dans l'Église de Dieu, il y a trois classes de Chrétiens fidèles. Les parfaits sont figurés par les brebis auxquelles il faut une nourriture solide ; et les imparfaits de deux sortes qui débutent ou qui progressent dans la vie spirituelle sont représentés par les agneaux qui ont besoin de quelque lait Ceux-ci encore faibles et tendres dans la foi réclament la sollicitude et la vigilance du pasteur plus que les autres assez forts et assez grands pour se conduire facilement eux-mêm-cs. Néanmoins, les uns comme les autres ont été simultanément confiés à saint Pierre, puisqu'il a été chargé de paître en mène temps les agneaux et les brebis, c'est-à-dire les enfants et les mères, les sujets et les prélats ; et comme clans l'Eglise il n'y a que des agneaux et des brebis, il s'ensuit qu'il est le pasteur com-

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mim de tous ceux qui composent le troupeau de Jésus- Christ. — Mais pourquoi le Sauveur établit-il saint Pierre le chef suprême de l'Eglise entière préférableraent à saint Jean qu'il chérissait d'une manière spéciale ? D'abord, c'est que saint Jean était encore très-jeune, taudis que saint Pierre était âgé déjà ; par conséquent le choix de celui-ci pouvait moins être un sujet de scandale pour les autres Apôtres, De plus, Notre-Seigneur voulait montrer parla que dans les promotions on élections ecclésiastiques on ne doit pas tenir compte de l'amitié et de la parenté. Plût à Dieu que cet exemple eût été constamment imité ! — ■ Admirons encore ici la bonté condescendante de Jésus-Ghrist envers nous. Avec quelle affectueuse précaution il recommande nos âmes à saint Pierre comme à son vicaire !jll commence par exiger du prince des Apôtres une triple protestation d'amour comme garantie solennelle de dévouement ; puis il lui remet son propre troupeau, en disant non pas : Tonds, trais et tue ; mais en répétant trois fois : Pasce, c'est-rà-dire : Nourris-le de trois façons, par de salutaires paroles, de vertueux exemples et des secours temporels, autant que possible. Mais, hélas I combien de mauvais pasteurs négligent de remplir ces trois devoirs envers les sujets qui leur sont confiés ! au lieu de les instruire, de les édifier et de les assister, ils les oppriment par leurs exactions, les corrompent par leurs discours et les perdent par leurs scandales.

Saint Pierre venait de donner une triple assurance de sou amour présent ; il ne tarda point à recevoir l'assurance prophétique de son amour constant jusqu'à la fin ; car le Seigneur lui prédit aussitôt comment il devait subir le martyre, parce que les pasteurs animés d'une généreuse charité doivent être prêts à souffrir la mort pour leur trou-

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peau. Jésus-Christ ajouta donc dans un langage figuré (Joan. x.xi, 18) : En vérité, en vérité^ je te le déclare : Quand tu étais plus jeune, tu te ceignais toi-même et tu marchais où il te plaisait ; mais lorsque tu seras devenu vieux, un autre te ceindra et te mèAicra où tu ne veux pas. En effet, dans un âge très-avancé, saint Pierre étendit les mains sur la croix, où le bourreau le ceignit ; car au lieu de l'y fixer avec des clous, il l'y attacha avec des cordes, afin de prolonger le tourment avec la vie du patient. L'Apôtre fut alors traîné avec violence où naturellement il ne voulait point, à la mort cruelle que fuyait son appétit sensitif mais qu'accepta néanmoins son appétit intellectuel ou raisonnable ; car à la suite de son diviii Maître qui disait au Père céleste : Qu'il soit fait selon votre volonté et non point selon la mienne, saint Pierre consentit par raison à être conduit au supplice pour y être réuni à Jésus-Christ dans la vie éternelle, quoiqu'il souhaitât par instinct d'y arriver sans passer par les angoisses du trépas.

A ce propos, remarquons qu'il y a dans l'homme deux appétits distincts ; l'un vient des sens et l'autre de l'intelligence. Le nom de volonté ne convient proprement qu'à l'appétit intellectuel ; néanmoins dans un sens large on l'applique également à l'appétit sensitif. Dans saint Pierre donc, quoique la volonté raisonnable ou supérieure fût disposée au martyre, la volonté sensible ou inférieure y était opposée, parce que la nature redoute la mort comme son mal suprême. Nous avons vu qu'il en avait été de même en Jésus-Christ, au moment de son agonie dans le Jardin des Olives. N'en soyons pas étonnés ; car entre le corps et l'âme il existe une sympathie tellement profonde qu'ils souhaiteraient n'être jamais séparés l'un de l'autre. Voilà pourquoi Notre-Seigneur dit à saint Pierre en lui parlant de

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la mort : Tu ne veux point y aller. Cependant ce sentiment de la nature que la vieillesse ne put lui enlever, l'attrait de la grâce le lui fit surmonter, en sorte qu'il put dire com.me saint Paul (Philip. I, 23) : Je me trouve pressé de deux côtés; mais je désire^ comme un plus grand avantage., être dégagé du corps pour être avec Jésus-Christ. Cependant, selon saint ChrysostÔHîe (Hom. 87 in Joan.), pour que les hommes ne fussent point portés à se causer une mort violente, Dieu a voulu sagement leur en inspirer une horreur naturelle. Mais, comme le remarque saint Augustin (Tract. 123 in Joan.), puisque Jésus-Christ a daigné mourir pour nous, l'amour que nous devons avoir pour lui doit être assez fort pour vaincre la répugnance que nous fait ressentir la chair à l'égard de la mort, « Si donc, ajoute saint Grégoire (Moral, lib. 31), si Pierre eût absolument refusé d'aller à la mort, il n'aurait pu soufTrir pour Jésus-Christ ; mais par la vertu de l'esprit il embrassa courageusement le martyre qu'il repoussait par la faiblesse de la chair. Ainsi, tandis que la chair lui faisait appréhender la peine capitale, l'esprit lui faisait rechercher la gloire céleste, de sorte que le martyre fut à la fois l'objet de ses vœux et de ses craintes. De même, nous consentons à goûter l'amertume d'un remède pour recouvrer la joie de la santé ; car si la potion que nous devons prendre nous déplaît, la guérison que nous devons en retirer nous plaît. »

Gomme récompense de l'aiTection q.ue saint Pierre venait de lui témoigner, le Seigneur lui prédit donc la prérogative du martyre, au moyen duquel il devait paître les brebis et les agneaux, multiplier les enfants de TÉglise et suivre les ' traces de son Maître. Alors, selon la Glose, « Jésus-Christ annonça la passion glorieuse de celui dont il avait annoncé le honteux reniement ; car désormais TApôtre devenu plus

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fort'sera capable de souffrir pour son divin Maître, comme il l'avait promis trop tôt lorsqu'il était encore faible. Maintenant il ne craint plus la perte de cette vie fragile, depuis qu'il a vu dans la Résurrection du Sauveur l'exemple d'une autre vie meilleure. ■» « D'après cette prédiction, comme le remarque saint Ghrysostôme (Hom. 87 in Joan,), saint ' Pierre fut certain d'obtenir ce qu'il avait voulu et demandé en disant au Seigneur : Je donnerai ma vie pour vous (Joan. XIV, 37). Quand même il me faudrait endurer la mort avec vous, je ne vous renoncerai point (Marc, xiii, 31). Gomme donc ce généreux disciple souhaitait toujours davantage lui prouver son entier dévouement au milieu des , plus grands périls, Jésus-Ohrist semble lui dire : Aie courage ; j'accomplirai enfin ton ardent désir, de telle sorte que tu souffriras dans ta vieillesse ce que tu n'as pas souffert dans ta jeunesse. » « Ainsi, comme l'explique saint Augustin (Tract. 123 in Joan,), tu étendras tes mains, c'est-àdire tu seras crucifié ; mais pour en venir là, un autre te ceindra et te mènera ; car c'est avant d'être crucifié que tu seras conduit où tu ne voudrais pas aller. » Toutefois, ô bienheureux Apôtre, cela n'arrivera que quand tu seras vieux. En effet, trente-sept ans s'écoulèrent depuis le moment de cette prophétie jusqu'au jour de sa réalisation, iùi subissant ainsi le supplice de la croix dans un âge trèsavancé, saint Pieire nous apprend que, même après avoir obtenu le pardon de nos péchés, nous devons en faire pénitence et en subir la peine pendant toute notre vie. Selon la Glose, le châtiment dure plus longtemps que la faute, de peur que celle-ci parût légère si celui-là finissait en même temps qu'elle. Considéré aux deux époques de sa jeunesse et de sa vieillesse, saint Pierre est la figure des séculiers et des religieux ; car le séculier, maître de sa vo-

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