JÉSUS APPAIUIT PRÈS DR LA MEU DE TIBÉRIADE, ETC
lonté, va où il lui plaît; mais le religieux, que sa profession et sa règle ont rendu plus grave et plus mûr, se laisse souvent conduire par l'ordre de son supérieur là où il ne voudrait point aller, s'il n'y consentait pour le mérite de l'obéissance.
Ainsi Jésus-Christ signifia par quel genre de mort Pierre devait glorifier Dieu (Joan. xxi, 19). D'abord, aux yeux des Juifs témoins de sa lâcheté, cet Apôtre avait rendu son Maître méprisable, en le renonçant de crainte d'être attaché avec lui ; mais ensuite, aux yeux des bourreaux témoins de sa constance, il le rendit estimable, en le confessant lorsqu'il consentit à être crucifié avec lui. De la sorte, bien que Jésus-Christ ne soit pas glorifié directement par les injustes persécutions des méchants et des infidèles, il l'est néanmoins chaque jour par les vertueux exemples des saints et des fidèles, dont elles sont l'occasion. La mort des Martyrs fait donc la gloire du Seigneur ; car elle montre la grandeur de Celui pour la confession duquel ils sacrifient leur propre vie ; et en se soumettant aux plus grands maux pour son amour et son honneur, ils prouvent qu'il mérite d'être honoré et aimé souverainement. Remarquons ici que le Sauveur avait été crucifié la tête en haut, mais que, par respect pour son divin Maître, saint Pierre demanda d'être crucifié la tête en bas ; saint André, son frère, subit un pareil supplice, mais en travers, sur une croix dont les pièces étaient disposées obliquement.
Après ces jjaroles, qui annonçaient à saint Pierre sa mort violente, le bon Maître essaya de rendre cette prophétie moins dure, en proposant son propre exemple : Suis-moi, lui dit-il (Joan. xxi, 19). Or suivre le Seigneur, qu'est-ce sinon l'imiter? Il semblait donc dire : Veux-tu aller plus volontiers au martyre, pense que tu marches sur mes
traces; car tu dois endurer pour la confession de mon nom le même supplice de la croix que je n'ai point balancé de subir pour le salut de ton âme; et tu mériteras ainsi une couronne d'autant plus illustre que tu acquerras une ressemblance plus parfaite avec ton souverain Seigneur. D'ailleurs, cet Apôtre ne s'éLait-il pas offert déjà lui-même à l'accompagner particulièrement, quand il avait dit : Pourquoi ne piiis-je vous suivre? Je veux donner ma vie pour vous (Joan. xiii, 37). Le Sauveur exige l'exécution de cette promesse en lui disant : Suis-moi, ou en d'autres termes : Si tu m'aimes, viens après moi; et puisque je suis mort pour toi, meurs à ton tour pour mon amour ; monte comme moi sur la croix, pour sortir de ce monde de la même manière que moi. Cette invitation ne s'adressait pas à saint Pierre seulement, mais à lui spécialement, parce que luimême entre tous les autres devait donner sa vie pour le troupeau confié à sa sollicitude pastorale. En lui parlant ainsi, le Seigneur se leva pour quitter le lieu du repas ; et par ce mouvement corporel, il indiqua d'une façon plus sensible ce qu'il venait d'exprimer de vive voix; c'est ainsi que les anciens Prophètes signifiaient les volontés divines tantôt par leurs discours et tantôt par leurs actions.
Fidèle à l'ordre qu'il avait reçu, Pterre suivait déjà le ■ Sauveur, lorsque, s'étant retourné, il vit venir après lui le disciple que Jésus aimait (Joan. xxi, 20). Voulant savoir comment mourrait Jean qu'il aimait aussi particulièrement, il dit : Seigneur, et celui-ci que deviendra-t-il? (Ibid. 21). Il semblait dire : Je vais souffrir comme vous, mais celui-ci qui nous est cher à tous deux va-t-il mourir avec moi ? Selon saint Chrysostôme (Hom. 87 in Joan.), après avoir appris qu'il devait être crucifié, saint Pierre désira connaître si, dans son martyre, il aurait pour associé saint
JÉSUS APPARAIT PRÈS DE LA IViEU DE TIBÉHIADE, ETC. 147
Jean avec lequel il était très-lié; car il souhaitait de partager avec son collègue le plus affectionné le sort glorieux qui lui était réservé, c'est-à-dire l'honneur de suivre Jésus-Christ sur la croix où il les avait précédés. Saint Jean, pieusement jaloux de cette faveur signalée, aurait bien posé cette même question que saint Pierre, s'il l'avait osé. Entre les autres Apôtres, il était tendrement chéri de son divin Maître, qui lui donna plusieurs preuves d'une dilection spéciale, surtout en le laissant exhaler le dernier soupir en paix et sans violence. Il était ainsi devenu l'ami privilégié du Sauveur pour d'excellentes raisons : 1° pour l'éclat de sa pureté, qui le porta à demeurer toujours vierge, après comme avant sa vocation à l'apostolat ; 2° pour la sublimité de sa sagesse, qui lui permit de pénétrer dans les plus profonds mystères de la divinité ; 3* pour la ferveur de sa charité envers Jésus-Christ, qui ne se laisse jamais vaincre en affection sincère.
Au sujet de ce disciple bien aimé, Jésus répondit à Pierre : Je veux qu'il reste ainsi jusqu'à ce que je vienne, c'est-àdire qu'il demeure sur la terre jusqu'à ce que je l'introduise dans le ciel par une mort paisible. En d'autres termes : Je ne veux point qu'il me suive dans la voie de la Passion, mais plutôt qu'il se livre au repos delà contemplation, en attendant que je l'appelle à passer doucement de cette vie en l'autre. On raconte en eôet que, dans une extrême vieillesse, saint Jean reçut la visite de Jésus-Christ accompagné de ses disciples, qui l'invitait à la participation de sa gloire et de leur félicité éternelle. — Mais que t'importe? ajouta le Sauveur à Pierre. Comme s'il lui disait : Il ne t'appartient pas de savoir quel sort je destine à Jean; il t'importe seulement d'accomplir avec promptitude et humilité l'ordre que je t'ai donné; aussi je te le répète : Suis-moi iusqu.' au.
nS I,A GRANDE VIF. IMÎ JÉSUS-CHRIST
supplice delà croix (Joan. xxi, 22). Selon saint Chry^ostôme (loc. cit.), Jésus-Christ par cette réponse nous apprend à ne point nous préoccuper et inquiéter de recherches et de connaissances qui ne nous sont point nécessaires et ne lui sont point agréables. En faisant une pareille question, Pierre était poussé par un sentiment inopportun à l'égard de Jean. Puisque tous deux devaient être chargés d'évangéliser diverses contrées, il n'était pas expédient qu'ils fussent constamment réunis ; autrement l'univers en aurait éprouvé un grave dommage. Aussi le Seigneur semble répliquer à Pierre : Veille, travaille et combats jusqu'au dernier soupir pour exercer la charge que je viens de te confier; mais si je veux laisser celui-ci tranquille, que t'importe ?
Là-dessus le bruit que ce disciple ne mourrait 'point courut parmi les frères, c'est-à-dire parmi les autres disciples unis ensemble par une charité très-étroite (Joan. xxr, 23). Cette opinion publique venait du sens qu'on attachait aux paroles du Sauveur ; et on en concluait que saint Jean continuerait de vivre jusqu'au moment où le Seigneur viendrait juger le monde. Mais s'il en avait été ainsi, cet Apôtre privilégié n'aurait pas reçu un grand avantage ; car mieux vaut être afîranchi de cette chair corruptible pour être associé à Jésus-Christ, comme le déclare saint Paul (Philip. 1, 23). Ce sentiment était donc erroné, puisque l'ancienne Eglise d'Ephèse s'est glorifiée de posséder le tombeau de saint Jean. Cet Apôtre devait être soumis à la sentence portée contre tous les hommes conçus ainsi que lui dans le péché originel. Aussi, comme pour détromper les fidèles d'une fausse interprétation, lui-même fait remarquer dans son Evangile que Jésus n'avait pas dit : IL ne mourra 'point; mais : Je veux qu'il reste ainsi jusqu'à