JÉSUS APPARAIT D'ABORD A SA MÈRE
par Marie-Cléophas, c'est-à-dire fille de Cléophas, laquelle fut mère de Jacques le Mineur, un des douze Apôtres, et de Joseph, un des soixante-douze disciples. Comme l'indiquent les noms de Jacques et de Joseph, dont l'un sio^nifie lutteur et l'autre grandissant, il faut que les Chrétiens de cette classe luttent contre les vices et grandissent en vertus ; ils seront ainsi fils de Marie, ou imitateurs de celle dont le nom en langue syriaque veut dire maîtresse. En effet la raison doit dominer en eux comme une reine, afin de maîtriser les passions qui les portent au mal et les détournent du bien ; car l'opposition continuelle qu'ils éprouvent entre l'esprit et la chair les oblige à dompter leurs inclinations vicieuses et à produire des actions vertueuses, selon cette parole de saint Paul (II Cor. xii, 9) : lirtus in infirmitate per/icitur..
Le troisième état, celui des parfaits ou des contemplatifs, est représenté par Marie-Salomé, c'est-à-dire fille de Salomé, laquelle était épouse de Zébédéeet mère de Jacques le Majeur ainsi que de Jean l'évangéliste. Nous avons vu cette femme solliciter pour ses deux filslesmeilleures places dans le royaume de Jésus-Christ. Les Chrétiens de cette classe sont également tout occupés de rechercher le royaume de Dieu ; bien plus, ils le possèdent en eux-mêmes déjà, de sorte qu'ils commencent à goûter sur la terre le bonheur du ciel. Comme le père de cette femme était Salomé, dont le nom signifie pacifiant, ainsi l'âme livrée à la contemplation est vraiment ici-bas la fille de la paix ; à elle convient la troisième interprétation donnée au nom de Marie qui veut dire iUumi7iée ; à elle aussi s'adressent dans un sens mystique ces paroles d'Isaïe (lx, 1) : Lève-toi toute resplendissante, 6 Jérusalem ; car Celui qui est la lumière s'avance.
Chacune de ces trois Marie porte ses aromates avec elle. Ceux des pénitents sont la douleur de la contrition, la honte de la confession et le labeur de la satisfaction ; ces trois dispositions réunies forment un parfum spirituel, dont le . Sauveur se plaît à être embaumé comme d'une composition excellente de myrrhe, d'aloès et d'encens. La myrrhe par son amertume représente la contrition, l'aloès par son âcreté figure la confession, et l'encens dont l'odeur s'élève avec la fumée signifie la satisfaction dont les œuvres doivent être dirigées vers Dieu par une intention droite. Mais ces trois éléments ne constituent pas encore un parfum absolument parfait, s'il ne s'y joint l'huile de la miséricorde divine, sans laquelle toute pénitence est inefïïcace; quand cette huile vient s'y ajouter, le parfum ne laisse plus rien à désirer. Tel fut celui de Marie-Madeleine qui, assistée par la grâce du Rédempteur, remplit exactement les trois conditions d'une rigoureuse pénitence, comme on le voit dans l'Evangile. JEn effet, touchée d'un amer repentir, elle versa des pleurs abondants ; elle ne rougit point d'accuser ses péchés en présence des convives qui se trouvaient avec Jésus dans la maison de Simon ; puis dans le vif désir qu'elle éproutait d'expier ses fautes passées, elle arrosa de ses larmes les pieds du Sauveur, les essuya de ses cheveux, les baisa avec amour, les oignit avec respect, et se dévoua tout entière pour le reste de ses jours au service du divin Maître.
Quant à ceux qui progressent dans la vie spirituelle en se livrant à l'action extérieure, leurs aromates sont la patience, l'humilité et la persévérance qui forment un parfum composé de myrrhe, de gutte et de casse. Ce sont là les essences aromatiques qui découlent de la vie méditée de .Tésus-Christ. La myrrhe, bonne en tout parfum, sert par-