‹ La grande vie de Jésus-ChristChapitre 4 sur 67 · JÉSUS APPARAIT D'ABORU A SA MÈRE · texte numérisé non relu

JÉSUS APPARAIT D'ABORU A SA MÈRE

ticulièrement pour celui de la seconde espèce comme symbole de patience ; car de même que la myrrhe préserve les corps des atteintes des vers, ainsi la patience garantit le cœur des affligés contre le ressentiment des injures. Cette patience est indispensable à quiconque veut avancer dans la vie spirituelle, parce que selon saint Grégoire (Moral. 1. 26, G. 5), les fleurs des vertus croissent parmi les épines des tribulations. — La gutte, espèce de gomme résineuse, est l'emblème de l'humilité ; car de même que la gutte dissipe r^nflure et les tumeurs de la chair, de même aussi l'humihté détruit l'orgueil et les bouffissures de l'âme. Cette vertu est nécessaire à ceux qui veulent progresser dans la vie spirituelle ; car, d'après le même saint Grégoire (Moral. 37, c. 26), elle est la source et la racine des autres vertus qui sans elle ne peuvent se conserver ni se fortifier. — La casse est l'image de la persévérance, qui consiste à ne point se laisser abattre par le découragement ni ralentir par l'ennui, à ne mettre aucune borne à son avancement mais à faire des progrès continuels dans le bien ; car on ne peut demeurer stationnaire dans la voie de la perfection , De même que la casse naît dans les terrains humides où elle prend des développements considérables, ainsi le Chrétien fervent, fécondé par les eaux salutaires de la grâce divine, ne cesse de croître de vertus en vertus sans s'arrêter jamais jusqu'à ce qu'il voie le Dieu des dieux dans le céleste Sion (Ps. lxxxiii, 8). — Mais pour que ces différents aromates de myrrhe, de gutte et de casse composent un parfum exquis, il faut y joindre l'huile de la joie spirituelle que possède intérfeurement l'homme qui, dans ses œuvres, ne cherche point les vains applaudissements des hommes, mais le bon témoignage de sa conscience. Tel fut le parfum de Marie-Cléophas, laquelle

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eut quatre fils dont les noms représentent les quatre précédentes qualités : ainsi, la patience est figurée par Jacques, synonyme de lutteur ; l'humilité par Simon, qui veut dire obéissant ; la persévérance par Joseph, qui signifie grandissant, ei\n.]Q\Q spirituelle par Judas, c'est-à-dire gr/orip.ant.

Les aromates des parfaits ou des contemplatifs sont une mortification absolue de la chair, une vie toute divine et une parfaite charité. Ces trois dispositions réunies forment un excellent parfum, composé de myrrhe, de cinname et de baume. Cette myrrhe des contemplatifs figure la mortification des sens, qui consiste à en réprimer les moindres révoltes pour soumettre entièrement la chair à l'esprit. L'Epouse des Cantiques distingue différentes sortes de myrrhe, quand elle dit (V, 5) : Mes mains sont dégoût' tantes de myrrhe, et mes doigts sont pleins de la plus pré' cieuse. Celle de la pénitence est précieuse assurément, et celle de la patience l'est davantage encore ; les bonnes œuvres, représentées ici par les mains, distillent l'une et l'autre myrrhe. Mais celle de la mortification complète de la chair est la plus précieuse de toutes ; les exercices spirituels signifiés ici par les doigts répandent cette myrrhe principale. — Le cinname ou cinnamome est l'emblème de la vie surnaturelle ou divine. En effet, l'écorce du cinname, quand on la brise, exhale, sous forme de nuage ou de poussière, une odeur délicieuse qui procure à la bouche une saveur agréable ; de même, quand l'homme parfait est accablé de reproches et d'outrages, de mauvais traitements ou de nombreux travaux, d'épreuves et d'adversités, il ne cesse point d'exercer autour de lui une salutaire influence par ses exemples et ses discours qui font estimer la religion et goûter la piété. ■« Le baume est le symbole de la

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charité parfaite qui chasse toute crainte et repousse tout ce qui lui est incompatible. Comme le baume pur et ans falsification préserve le corps de la corruption, ainsi la charité sincère et sans altération garantit l'âme du péché ; car si on peut recevoir tous les sacrements sans de^-enir bon, dit saint Augustin (in Psalm 103), on ne peut toutefois avoir la charité sans cesser d'être mauvais. — Ces trois aromates des contemplatifs ne composent pas un parfum précieux à moins d'être mêlés avec l'huile de la douceur divine qui doit toujours les accompagner. C'est en parlant de cette huile excellente que le Prophète s'écriait : Grande est l'abondance des douceurs ineffables que vous avez réservées^ Seigneur, pour ceux qui vous craignent (Ps. ixi, 20). Tel fut le parfum de Marie-Salomé, épouse de Zébédée, mère de Jacques le Majeur et de Jean l'Évangéliste. Les quatre susdites qualités sont désignées par ces diiTérents noms : la complète mortification de la chair est indiquée par Jacques le Majeur qui signifie supplantateur ; la vie toute divine par Salomé, synonyme de pacifié; la charité parfaite par Jean l'Apôtre bien-aimé ; la douceur divine par Zébédée qui veut dire effusion.

A l'exemple de ces saintes femmes, nous devons tous, Chrétiens, selon notre état respectif, chercher le Sauveur pour l'embaumer avec les parfums convenables, soit en faisant pénitence sans relâche, soit en combattant les tentations avec vigueur, soit en conservant la paix avec le prochain. Au moyen de ces dispositions comme l'assure saint Bernard (Serm. 15 ex parvis serm.), nous mériterons que Jésus-Christ se manifeste à nous, en nous faisant participer aux joies de sa Résurrection. — Entrahiées par l'affection qu'elles portaient au divin Maître, plusieurs saintes femmes l'avaient accompagné et servi fidèlement pendant sa vie; mais nulles ne lui témoignèrent plus d'à-

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mour et de dévouement que les trois Marie ; car elles le suivirent jusqu'après sa mort, et le cherchèrent même jusque dans son tombeau, sans doute parce qu'ayant reçu plus de faveurs, elles étaient obligées à plus de reconnaissance. Jésus-Christ en effet n'avait-il pas délivré Marie- Madeleine des sept démons qui la tourmentaient ? Quant à Marie-Cléophas et Marie-Salomé, n'avait-il pas choisi particulièrement leurs fils pour ses Apôtres et ses disciples privilégiés, pour princes et chefs de son Eglise ? et d'ailleurs ne lui étaient-elles pas unies par les liens du sang, puisqu'il était leur neveu selon la chair ?

De prime abord, on peut être étonné que la Sainte- Vierge soit restée à la maison au lieu d'aller au sépulcre avec les autres femmes. Trois raisons peuvent justifier cette conduite. La première, c'est qu'elle n'aurait pu voir sitôt le monument funèbre de son divin Fils sans éprouver une nouvelle douleur très-poignante qui eût transpercé son âme comme d'un second glaive. D'ailleurs, il est à présumer que, si elle eût voulu sortir, saint Jean, chargé de la garder, ne l'eût pas laissée partir, et même que les autres Apôtres se fussent concertés pour la retenir, de crainte que son extrême désolation ne la réduisit à la dernière agonie sur le tombeau de Celui qui faisait son bonheur et sa vie. Le second motif, c'est que cette tendre Mère avait versé tant de larmes et poussé tant de soupirs qu'elle ne pouvait se soutenir. Elle avait été tellement épuisée par la fatigue et brisée par l'affliction, dit saint Augustin (Epist. 58), qu'étant tombée en défaillance, elle avait pu à peine assister aux obsèques de son bien-aimé Jésus. Saint Bernard ajoute même que les disciples l'avaient ramenée presque morte à la maison. En troisième lieu, les pieuses femmes susdites, croyant que le corps du Sauveur

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