‹ La grande vie de Jésus-ChristChapitre 32 sur 67 · T. TH · texte numérisé non relu

T. TH

15 i LA GIIANDE VIE DE JÉSUS-CHRIST

D'abord il leur dit : Toute puissance m'a été donnée au ciel et sur la terre (Ibid. 18). Cette puissance, Jésus-Christ la possédait de toute éternité en sa divinité, et depuis sa conception en son humanité ; mais il ne voulut pas l'exercer avant d'être ressuscité d'entre les morts ; et jusqu'à ce mo- ^^.-TOent, il demeura sujet aux souffrances, afin d'opérer notre rédemption. Jésus-Christ parle donc ici selon cette nature créée, en laquelle il s'était rendu inférieur aux Anges sous quelque rapport, et non point selon cette nature créatrice en laquelle il était égal à son Père de toutes manières. En efîet, comme Dieu, il a toujours joui d'une autorité suprême conjointement avec le Père et le Saint-Esprit ; en tant qu'homme, il a été revêtu d'une semblable autorité dans l'univers entier ; car en cette dernière qualité, il peut couronner au ciel et choisir sur la terre ceux qu'il lui plaît ; sa volonté s'exerce partout sans obstacle. Bien plus, ainsi que le déclare saint Paul (Philip, ii, 9-11), Dieu Va exalté au-dessus de toute créature, en le faisant siéger à sa propre droite ; et il lui a donné un nom supérieur à tout autre, afin qu'au noyn de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur la terre et dans les enfers, et afin que toute langue confesse que le Seigneur Jésus-Christ est associé à la gloire de Dieu son Père. En effet, cà qui des hommes ou des Anges fut donné le droit d'être appelé Fils de Dieu par nature, sinon à Jésus-Christ dont le Père céleste a dit : Voici mon Fils hien-aimé en qui reposent toutes mes complaisances (Matth. ni, 17) ? A qui des Saints ou des esprits bienheureux fut accordé le privilège de racheter le monde, sinon à Jésus-Christ, dont le Prince des Apôtres a dit : Le salut ne peut venir d'aucun autre (Act. iv, 12)? Ainsi, ce que Notre- Seigneur avait toujours possédé comme Dieu avec son Père, il l'a reçu comme homme de son Père ; et d'après

saint Sévérien, on peut dire que son humanité a tout reçu de sa diviuité, car en lui le Fils du Très-Haut a tout donné au Fils de la Vierge,

Bien qu'il soit tout -puissant, le Sauveur ne dédaigne point les pauvres pécheurs, mais il les accueille tous également avec bonté, quand ils sont sincèrement convertis. C'est pourquoi en vertu de son autorité souveraine, il dit à ses disciples: Allez donc enseigner toutes les nations. Il faut par conséquent que les ministres de l'Evangile ne soient point négligents, ni ignorants ; mais qu'ils veuillent aller partout ori ils sont envoyés et qu'ils sachent enseigner comme il convient ; il faut de plus qu'ils instruisent indistinctement les pauvres et les riches sans faire acception de personne. Après avoir prêché l'Evangile aux différents peuples, baptisez-les, dit Jésus-Christ, au nom du Père, et du Fils et du Saint-Esprit (Matth. xxviii, 19) ; car quiconque ne renaît par l'eau et le Saint-Esprit ne peut entrer dans le royaume de Dieu (Joan. m, 5). Ce haptême nécessaire doit être administré au nom des trois personnes divines, pour marquer que la grâce de la régénération spirituelle doit être produite en l'âme par la vertu de la Trinité tout entière. Non contents de baptiser ainsi toutes les nations, apprenez-leur j ajouta le Sauveur, à observer tout ce que je vous ai commande ; c'est-à-dire à mettre en pratique tout ce qui est ordonné par rapport aux sacrements de la loi nouvelle, aux dogmes de la foi catholique, et aux préceptes de la morale chrétienne (Matth. xxviii, 20). Avant sa Passion, Jésus-Christ avait recommandé à ses disciples de ne point prêcher sa doctrine aux Gentils mais aux Juifs seulement, parce qu'il n'était pas temps de répandre FÉvangile dans tout l'univers ; mais après sa Résurrection, il les envoya vers tous les peuples pour les instruire d'abord et les

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baptiser ensuite. Les adultes, en effet, avant d'être baptisés doivent connaître ce que Jésus-Christ a révélé, parce que sans la foi il est impossible de plaire à Dieu (Hebr, xi, 6) ; et après avoir été baptisés ils doivent pratiquer ce que le Sauveur a prescrit ; car pour être sauvé, il ne suffît pas d'écouter mais il faut en outre accomplir la parole de Dieu, comme le déclare saint Jacques (i, 22). Ainsi le baptême ne doit être conféré qu'aux personnes instruites préalablement des vérités nécessaires, et il ne peut être profitable qu'aux Chrétiens appliqués à des actions vertueuses ; car de même qu'un corps sans âme n'a plus de vie, ainsi la foi sans les œuvres est morte (Ibid. ii, 26).

S'il vous semble difficile ou même impossible de pratiquer toutes les prescriptions divines, efîorcez-vous simplement d'acquérir et de garder la charité. « Celui dont le cœur est plein de charité, dit saint Augustin (lib. 1 de Doct. Christ.), embrasse sans erreur et observe sans peine les divers enseignements des Saintes-Ecritures, selon cette parole de l'Apôtre (Rom. xin, 10) : U accomplissement de la loi consiste dans V amour. De là cette recommandation du céleste Législateur : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme ; et vous aimerez votre prochain comme vous-même. Ces deux préceptes renferment toute la Loi et les Prophètes (Matth. xxn, 37-40). Si donc vous ne pouvez lire toutes les pages, ni comprendre toutes les maximes, ni approfondir tous les mystères des livres inspirés, ayez du moins la charité qui en est la fin, le sommaire et l'abrégé. L'homme qui s'attache fermement à la foi, à l'espérance et à la charité, n'a besoin de la science des Ecritures que pour l'instruction des autres; car avec ces trois excellentes vertus, beaucoup de solitaires ont vécu très-saintement sans aucun livre. » « Remarquez

combien la charité a d'efficacité, dit ailleurs le même saint Docteur (in Psal. 121); si, dans votre condition particulière, vous ne pouvez accomplir quelque prescription divine, aimez du moins celui qui l'accomplit, et vous l'accomplissez en lui de la sorte. » Saint Grégoire dit également : « Si nous ne pouvons imiter les bonnes œuvres dont nous sommes témoins, qu'elles nous soient chères dans les autres, et elles nous deviendront propres à nous-mêmes. » « Que les hommes envieux considèrent l'excellence de la charité, ajoute saint Augustin (Tract. 5 in Epist. Joan.); elle nous fait jouir des biens d' autrui sans travail de notre part. En effet, si vous aimez l'union fraternelle, tout ce qui appartient cà un autre appartient aussi à vous-même ; faites disparaître l'envie, et tout ce que j'ai est à vous, comme aussi tout ce que vous avez est à moi. La charité nous rend ainsi commun ce que la jalousie nous rend étranger. » Le Chrétien qui possède cet amour surnaturel participe à tous les biens de l'Eglise; mais il n'en retire aucun profit, et perd même tout le mérite de ses bonnes œuvres, s'il n'a pas cette dilection nécessaire. Aussi, selon saint Bernard, la charité est une vertu qui donne du prix aux moindres actions, et sans laquelle les œuvres les plus éclatantes n'ont point de valeur. Concluons que la charité est la reine de toutes les vertus ; sans elle nul ne peut parvenir à la perfection, car l'homme n'est parfait que quand il est rempli de charité.

Afin que les Apôtres ne fussent point effrayés de leur sublime mission, le Sauveur voulut les rassurer en ajoutant (Matth. XXVIII, 20) : Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la consommation des siècles; c'est-à-dire : Je reste au milieu de vous d'une manière continuelle et perpétuelle, par la présence de ma divinité et de ma grâce, pour vous aider

et vous assister jusqu'à ce qu'après avoir terminé vos travaux et vos œuvres, vous veniez partager ma récompense et ma gloire; et comme gage de ma parole, je vous laisse la présence de mon corps dans le sacrement de l'autel. Comme s'il leur disait, selon saint Ghrysostôme (Hom. 91 -in Matth.) : Ne vous excusez point en alléguant la difficulté d'accomplir les ordres que je vous ai donnés; car je serai toujours avec vous afin de vous en faciliter rexécution. Dans cette promesse admirable nous trouvons la plus sûre garantie pour surmonter tous les obstacles, car si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? (Rom. viii, 31.) Avec un pareil défenseur, que pouvons-nous craindre des ennemis les plus acharnés? Disons hardiment comme le Psalmiste : Avec le secours de Dieu nous remporterons des victoires, et lui-même exterminera nos ijersécuteurs (Ps, lix, 14). C'est surtout aux prédicateurs de l'Evangile que le Sauveur semble dire ici : Je suis avec vous, afin de rendre vos discours efficaces pour le salut de vos auditeurs et l'accroissement de vos mérites. Selon saint Chrysostôme (loc. cit.), Jésus-Christ ne s'adresse pas seulement aux disciples qui étaient devant lui, puisqu'ils ne devaient pas rester sur la terre jusqu'à la consommation des siècles; mais en parlant à ses Apôtres, il parlait aux fidèles qui devaient hériter de leur foi, de manière à former le corps de son ÉgUse dans le cours des temps; c'est avec eux tous successivement qu'il s'engage à demeurer comme leur chef au milieu de ses membres. De là, dit Raban-Maur (in cap. 28 Matth.), nous devons conclure que, jusqu'à la fin du monde, il y aura toujours ici-bas des Chrétiens fidèles qui, par leurs vertus, mériteront de posséder parmi eux le Sauveur.

Jésus-Christ allait retirer à ses disciples la présence sensible de son humanité, mais non point la présence salutaire

de sa divinité gui devait leur continuer l'assistance de sa grâce jusqu'au dernier jour du monde. Un sage pilote ne quitte pas le vaisseau qui lui a été confié avant de l'avoir conduit heureusement au port. L'Eglise est le vaisseau qui a Jésus-Christ pour pilote ; aussi ne cessera-t-il point de la diriger avant de l'avoir introduite sûrement dans la bienheureuse éternité. En remontant vers son Père, dit saint Léon (Serm, de Ascens.), le Sauveur n'a point abandonné ceux qu'il avait adoptés pour ses enfants ; et du trône où il est assis, il les invite à venir dans son royaume en les excitant à la patience. Bien que l'humanité du Seigneur ne soit plus présente parmi nous d'une manière visible, elle n'y est pas moins d'une façon très-réelle; car il est cacliô tout entier dans l'Eucharistie sous les apparences du pain ut du vin, jusqu'à ce qu'enfin il se manifeste à nous face à face, sans nuage ni obscarité. En promettant ainsi d'être avec ses disciples jusqu'à la consommation des siècles, dit le Vénérable Bède (in Homil.), Jésus-Christ indique le fini pour l'infini ; car s'il demeure en cette vie avec ses élus pour les protéger et les diriger continuellernent, il ne demeurera pas moins avec eux en l'autre vie pour les récompenser et les glorifier éternellement. Selon saint Chrysostôme (loc. cit.), le Sauveur rappelle à ses disciples la consommation et la fin de ce monde, pour les attirer plus fortement à lui, en leur inspirant par là le mépris des biens terrestres et périssables ainsi que le désir des biens futurs et permanents ; car c'est comme s'il leur disait : Les peines que vous endurerez pour mon amour finiront avec cette vie ; mais les récompenses que vous aurez méritées par votre résignation dureront éternellement.

Arrêtons-nous à considérer les disciples réunis sur le Thabor ; comme ils entourent avec allégresse et écoutent

avec attention le divin Maître qui leur adresse de solennelles paroles ! car il leur révèle sa puissance souveraine et leur confère une mission universelle, en les chargeant d'enseigner et de baptiser toutes les nations ; puis il leur communique une vigueur merveilleuse, en leur promettant -^son assistance continuelle. Avec quelle douce familiarité il les instruit I avec quelle exquise bonté il les console, en leur parlant du royaume de Dieu ! S'ils ont mérité de le contempler heureusement, c'est qu'ils n'avaient pas manqué de le désirer ardemment ; et nous pourrons jouir d'un pareil avantage, si nous nous disposons comme eux à recevoir la visite divine. Ces disciples fervents, auxquels le Seigneur voulut encore apparaître sur la montagne de la transfiguration, représentent les Chrétiens contemplatifs, auxquels il daigne souvent se manifester au sommet de la perfection. Après avoir conversé quelque temps avec eux, Jésus les quitta pour rejoindre, selon sa coutume, les âmes saintes qui l'attendaient dans le paradis terrestre. De leur côté, les disciples satisfaits ne tardèrent pas à reprendre le chemin de Jérusalem.

Prière.

Seigneur Jésus, Fils du Dieu vivant^ qui avez rempli d'une joie inénarrable les disciples affligés de votre mort, en les rendant témoins de votre présence sur une montagne de Galilée, daignez actuellement me retirer de la profonde misère oi!i je suis plongé, pour m'attirer à une sublime perfection ; apprenez- moi à fouler aux pieds les affections terrestres et à tendre de toutes mes forces vers les biens supérieurs, afin que je mérite de vous contempler un jour dans les hauteurs des cieux. Bon Maître, aidez-moi

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