‹ La grande vie de Jésus-ChristChapitre 34 sur 67 · ÉPILOOUE DES APPARITIONS DE JÉSUS RESSUSCITÉ · texte numérisé non relu

ÉPILOOUE DES APPARITIONS DE JÉSUS RESSUSCITÉ

peur qu'on ne supposât qu'il avait repris une vie mortelle ; aussi ne se manifesta-t-il que momentanément à diverses reprises, pour faire sentir qu'il était doué d'une vie immortelle, bien différente de l'existence commune des hommes. Dans les diverses occasions où Jésus-Christ apparut depuis sa Passion, il montra par de nombreuses preuves qu'il était vivant (Ibid.). Pour établir la foi véritable et ne laisser aucun doute à cet égard dans l'esprit de ses disciples et de leurs successeurs, il fit voir en son propre corps des eflels sensibles qui n'étaient point réclamés par sa nature incorruptible. Ainsi, quoique sa chair désormais impassible ne pût être défigurée par ses blessures antérieures, il n'en garda pas moins les cicatrices perpétuelles; et aussi, quoiqu'elle ne pût être assujétie à des nécessités animales, il but et mangea cependant avec ses disciples. En effet, comme l'explique saint Augustin (de Civit. 1. 13, c. 22), les corps glorieux, qui possèdent la prérogative inviolable de l'imm.ortalité, conservent encore la faculté de manger et de boire sans en éprouver la nécessité ; ils peuvent, s'ils le veulent, user de nourriture sans en avoir besoin. Le Sauveur ressuscité en usa donc, afin de témoigner par là que sa nouvelle vie était réelle et non point fantastique ; car 1g fruit de sa Passion eût été perdu, si la vérité de sa Résurrection n'eût été sûrement constatée. Toutefois remarquons ici une différence notable entre la nouvelle et l'ancienne vie de Jésus-Christ. Avant sa mort, les aliments qu'il prenait d'habitude servaient à le restaurer, parce qu'il se les assimilait ; mais après sa Résurrection, ceux qu'il prit par accident ne servirent nullement à le sustenter, parce qu'il ne se les assimila point ; car par la vertu spirituelle dont jouissait son corps glorifié, ils étaient aussitôt enlevés comme l'eau jetée dans le feu. C'est ainsi que le

soleil brûlant a la force de consumer l'eau, tandis que la terre desséchée a besoin de l'absorber pour entretenir sa propre fécondité.

Le Sauveur ressuscité s'est montré non point à des impies et à des mondains, mais à ses Apôtres et à ses disciples ; car il ne convenait pas qu'étant désormais sorti du tombeau et revêtu d'immortalité, il se découvrit à des hommes ensevelis dans le péché et privés de la grâce qui est la vie de l'âme. C'est pourquoi il avait dit à ceux qui le suivaient avant sa Passion : Encore un peu de temps, et le monde ne me verra plus, tandis que vous au contraire vous me verrez (Joan. XIV, 19). Dorénavant, dit saint Théophile (in Joan.), il ne se mêla plus parmi le peuple ; car le commun des hommes n'était pas digne de converser avec le Sauveur ressuscité dont la vie était divine; et à son exemple, quand nous serons ressuscites, nous ne devrons converser qu'avec les Anges, si nous sommes vraiment enfants de Dieu. Ainsi, selon saint Augustin (Tract. 76 in Joan.), il se manifesta exclusivement à ses amis, c'est-à-dire à ceux qui vivaient spirituellement comme lui. De là vient que saint Pierre disait (Act. x, 40) : Après l'avoir ressuscité le troisième jour, Dieu le fit voir non point à tout le peuple, mais à des témoins prédestinés par Dieu, à nous-mêmes qui avons mangé et bu avec lui, depuis qu'il fut revenu d'entre les morts. Il convenait efîectivement que Jésus-Christ ne commençât point par manifester sa Résurrection à tous les hommes sans distinction, mais à des témoins spéciaux préparés d'avance ; car, comme il a coutume d'employer des intermédiaires pour élever les êtres inférieurs à des degrés supérieurs, il choisit premièrement quelques médiateurs pour faire connaître à l'univers entier la victoire qu'il avait remportée sur la mort. Lors donc que durant quarante

Page 1