‹ La grande ville (volume 2)Chapitre 113 sur 135 · LES ENFANTS TROUVÉS SONT PERDUS · texte numérisé non relu

LES ENFANTS TROUVÉS SONT PERDUS

« La ville de Paris récolte tous les ans quatre mille enfants, qui ne sont fils de « personne.

« Il fut un temps où les jeunes femmes qui avaient le bonheur d'être mères, « s'empressaient d'aller déposer leurs enfants sur la neige, au coin d'une borne, « et saint Vincent de Paule faisait sa plus douce occupation de les y ramasser. « Beaucoup de devants de cheminées sont là pour attester cette touchante anec- « dote. On était, dans ce temps-là, fils de saint Vincent de Paule qui se trouva « bientôt à la tète d'une famille florissante. Ces enfants, aguerris aux rhumes de « cerveau, prospéraient d'autant plus qu'on ne savait où les mettre, ils croissaient « et multipliaient avec une indiscrétion désolante. On leur bâtit alors un établis- « sèment où ils furent logés, nourris comme les enfants de la maison. Pour épar- « gner aux mères scrupuleuses le soin de loger leurs fils dans la neige et autres « lieux insalubres, on ouvrit jour et nuit un bureau pour déposer les nouveaux « nés II n'y eut plus alors de raison, pour préférer la neige au tour. Mais les abus « s'en mêlèrent , et depuis saint Vincent de Paule, le chiffre des enfants n'a fait « que croître et embellir. On ne déposait pas seulement des enfants dans le « tour, on y glissait des petites vieilles atroces. Les ivrognes , en revenant de « la barrière, essayaient d'y insérer des camarades trop indisposés pour aller plus « loin. L'administration des hospices a tenu conseil et a statué ceci :

« Le tour est supprimé.

« Mais, considérant que le secret et la trop grande facilité accordée aux mères est la * cause du grand nombre d'enfants abandonnés, et que ce grand nombre occasionne « des dépenses auxquelles l'administration ne peut suffire;

« Que, d'autre part, la moindre atteinte portée à ce secret, peut engager les mères à « remettre leurs enfants dans la neige ;

« L'administration promet que le secret sera fidèlement gardé aux femmes qui dc- « sirent abandonner leurs enfants; seulement, pour qu'une trop grande facilité ne « multiplie pas les abandons outre mesure, les filles ou femmes seront tomes d'aller « faire leur déclaration au commissaire de police. De là, deux agents les conduiront « à l'hospice, et quatre fusiliers les reconduiront chez leurs parents.

« On parle de joindre à ce cortège la musique de la loterie qui se trouve sans « emploi.

« Ces mesures ont produit le plus heureux résultat. Dès le lendemain de l'ar- « rêté, l'abandon a cessé. On a seulement trouvé beaucoup d'enfants sous les goul- « tières, on les jette dans les boites aux lettres ; on les expédie par la diligence ; « on les envoie aux directeurs des hospices sous forme de bourriches ; on les dé- « livre aux portiers par les vasistas.

« Nous espérons que ces légers abus ouvriront les yeux au conseil des hospices.»

Le roi de Hollande abdique-t-il? on annonce ainsi son abdication : « Le roi Guillaume se retire desaffaires aveccent vingt petits millions. Pauvre « sire! il a distribué, dit-on, à ses ex-sujets ses bénédictions. »

MONOUUAP1I1H DK LA PRUSSE PARISIENNE.

Si l'eau jaillit au puits de Grenelle, on l'accueille par des plaisanteries de ce genre qui se trouvent tous les matins à propos des événements de chaque jour :

« Les curieux qui viennent goûter l'eau du puits de Grenelle sont prévenus de « ne pas apporter de vases, car l'eau en contient suffisamment. »

Si Victor Hugo présente un nouveau drame à quelque théâtre , on en donne toujours la première scène par une charge comme celle-ci :

LANDRY

Mais, causons un peu, Monseigneur. — 11 me semble Qu'avant tout, lorsqu'on va signer un pacte ensemble, Il faut, — c'est mon avis, — et je le juge bon, S'entendre sur tout point ; car, de cette façon On évite le bruit, on prévient le scandale.

CLÉOFAS

{Uns) Où veut-il en venir? (Haut) Ah! ça, ta langue sale,

Aura-t-elle fini bientôt de remuer?

Je t'ai pris pour agir et non point pour parler!

LANDRY

Je le sais, mais

CLÉOFAS

Oh ! mais, point de mais Sur ton compte

Je me suis renseigné. Donc j'entends et je compte Que tu fasses pour moi ce que tu fis un soir

LANDRY

Je ne vous comprends point... .

CLÉOFAS

Un soir qu'il faisait noir ?

LANDRY

Il fait noir tous les soirs, et cela depuis Eve.

CLÉOFAS

Tremble que mon courroux, pendai'd, chez moi ne crève. Tu me comprends?...

LANDRY

Mais non.

CLÉOFAS

Mais si.

LANDRY

Mais non.

CLÉOFAS

Mais si.

LANDRY

Puisque vous y tenez, qu'il en soit donc ainsi. Vous voulez...

CLÉOFAS

line mort !„

LANDRY

Par l'épée ?

CLÉOFAS

Ou la dague.

Peu m'importe !

LANDRY

C'est bien.

CLÉOFAS

Ta réponse est trop vague

LANDRY

Vous dites ? ..

CLÉOFAS

Moi , je dis que j'exige un serment ; Est-ce clair ?

LANDRY

C'est fort clair!

CLÉOFAS

Donne- le ?

LANDRY

Plus souvent !

J'irais m'engager, moi! — Suis-je donc un bélître ? , Une brute, un crétin, un animal, une huître ? M'avez-vous seulement dit vos conditions? Je suis marchand ! — calmez vos ébullitions, — Et marchand, Monseigneur, il faut, — puisque j'exerce, Que je tire un bon gain des fruits de mon commerce. J'assassine, — d'accord. — Mais, — je le dis fort net, — J'assassine suivant tous les prix qu'on y met. Sur les façons d'agir, je règle mon adresse : Pour cent ducats, je tue, et pour trente, je blesse; J'ai fait de mon métier, plus qu'un métier, — un art !

CLÉOFAS

Ton prix sera le mien.

LANDRY

Bien parlé. — Mon poignard Vous appartient. — Voyons? faut-il une blessure A Monseigneur? ou bien faut-il une mort sûre? Vous plaît-il que l'on meure à l'instant, sur-le-champ, N'aimeriez-vous pas mieux qu'on râlât un moment?

Me faudra-t-il frapper un homme? Est-ce une femme? Toutes ces questions sont graves, sur mon âme ! Car pour bien accomplir mon devoir, il me faut Tout savoir, l'heure, l'âge et le sexe.

CLÉOFAS

Aussitôt

Que minuit sonnera, ce soir, aux cathédrales,

A l'heure où brillera l'étoile aux reflets pâles,

Tu devras, seul, — tout seul ! — l'acheminer sans bruit

Vers la place Saint-Corne . .

LANDRY

Oh ! mais un lieu bénit,

C'est dix ducats en plus.

CLÉOFAS

Tu les auras. — Écoute :

Il faudra te cacher dans un angle sombre, ou te Coucher par terre, alors...

LANDRY

Je tache mon pourpoint , C'est cinq ducats en plus.

CLÉOFAS

Je t'accorde ce point.

Tu verras s'entr'ouvrir une porte, un jeune homme Sortira

LANDRY

Je comprends on ne peut mieux.

CLÉOFAS

Et comme

Il sera seul, sans arme, il faudra, sur-le-champ, Lui faire — de ton fer, — un trou profond au flanc.

LANDRY

Les arrhes du marché ?

CLÉOFAS

Sont là, dans une bourse, Je puis compter sur toi !

LANDRY

Donnant, donnant ! — Car, pour ce Qui concerne la foi que l'on doit au serment, Je n'y faiblis jamais. — Séville en est garant.

CLÉOFAS

Je puis dormir en paix?

LANDRY

Oh! sur les deux oreilles.

Je lui réserve trois blessures sans pareilles:

,uono<;hai'iiii: i>k i a pkkssk parisiknm.

Une au bras, l'autre au cœur, l'autre au ventre, et voilà Comme nous exerçons, Seigneur, ce métier-là.

CLÉOFAS

Si l'alcade t'arrête?

LANDRY

Eh bien ! doublez la somme ; Et je serai, d'honneur, muet comme une pomme, Discret comme un œuf dur ou comme un artichaut ; Sinon Landry bavarde et gare l'éehafàud !

CLÉOFAS

Prends donc cette re-bourse et que ce soir sa vie.. ..

LANDRY

Votre Grâce, Seigneur, à point sera servie.

Quand l'Exposition ouvre ses portes, voici comment la mitraille du petit journal prend les peintres en écharpe :

« Sans progrès comme sans décadence, MM. Rouillard et Henry Scheffer con- « tinuent tranquillement leur manière. Le premier taille toujours des têtes « d'homme dans des blocs d'acajou ronceux ; et de son côté M. Scheffer exécute « avec sa froideur ordinaire de consciencieux portraits d'une monotone tristesse.

« M. Duval Lecamus continue son commerce de bons hommes avec la plus « noble persévérance et l'honorable approbation du Journal des Débats.

« M. Jacquand raille agréablement les moines et les curés en façonnant leurs -< visages dans de la brique plus ou moins rouge.

« M. Jadin a été pris par le prince royal pour peintre ordinaire de ses meutes. « Les chiens de M. Jadin jouent la férocité de leur mieux; mais, à l'impossible « nul chien n'est tenu, aussi voit-on aisément que faire le mort ou donner la patte « conviendrait mieux au caractère pacifique de ces excellentes bêtes ; — faire le « mort sur tout! A propos de pattes, quelques mauvaises langues ont prétendu « que M. Jadin n'en faisait jamais que trois à ses personnages. C'est là une absurde « calomnie contre laquelle toute critique consciencieuse doit s'élever. Comment! « parce que M. Jadin traite la nature avec un laissez-aller plein desuperbeet qu'il « supprime, de son pinceau privé, le poil et les articulations des animaux, on en « conclura qu'il ne sait pas sur combien de pattes ils marchent. Mais c'est tout « simplement stupide. Si cet artiste fait des chiens rasés de près, des cerfs en « bois soigneusement raboté, et des sangliers en feutre, c'est uniquement parce « que cela lui semble plus facile, et voilà tout. Il est trop lin observateur pour « ne pas avoir remarqué que les chiens ont ordinairement quatre pattes.

« 11 nous reste encore à signaler dans le genre anecdotique, le duc d'Orléans « (alors devenu Louis-Philippe) recevant l'hospitalité chez les Lapons. Devant ce ta- « bleau embrouillé, et dans lequel Sa Majesté semble déplorer le sort des pois- « sons qu'on fait cuire pour son dîner, la seule réflexion qu'on puisse se permet- « tre, c'est qu'il est probable que chez les Lapons:

L'hospitalité se donne Et ne se vend jamais.

ICONOGRAPHIE W hA PRESSE l'A MSI EN IV K. 201

On pourrait en vouloir à M. Ingres de la maladresse de ses imitateurs, qui compromettent son école.

« Depuis bientôt dix ans, ces messieurs nous assurent que leur plate et mo- * nochrome peinture est pleine de caractère et de naïveté : que la couleur leur « soit légère et qu'on n'en parle plus ! L'erreur des Ingristes est de croire qu'en « remplissant avec trois tons plus ou moins gris , une silhouette sèchement ar- « rêtée, on fait preuve de sentiment et de gravité. C'est absolument comme si les « pleureurs gagés d'un convoi se prétendaient pénétrés d'une douleur véritable, « parce qu'ils sont vêtus d'un costume lugubre. Si M. Lacordaire peint par « M. Chasseriau a peu de relief dans son cadre , ceci peut du moins s'expli- « quer par l'humilité de ce dominicain qui se retire autant qu'il peut de sa toile , « en attendant qu'il se retire tout-à-fait du monde. »

La politique intérieure est-elle en train d'accoucher d'une de ces mille combinaisons ministérielles qui sont l'amusement de la Cour, voici ce qu'en dit cette moquerie journalière , à la piste des moindres comme des plus graves sujets de plaisanterie :

« M. le vicomte Hugo a été mandé au Château, et a reçu mission de composer <• un cabinet. Les conditions du programme ont été discutées et acceptées de « part et d'autre avec beaucoup de sincérité. M. Victor Hugo demandait une « royauté mêlée d'ombres et de rayons, et un trône environné de gloire et de ' •< génie. Après quelques difficultés, ces deux points ont été accordés. La Cou- « ronne a cédé sur les institutions faites de gloire et de génie, en demandant >< qu'on n'allât pas plus loin.

« Les premiers actes de ce ministère seraient une loi plus libérale sur l'enjam- « bernent et l'abolition de la césure.

« M. Victor Hugo est sûr de l'adhésion de MM. Sainte-Beuve, Edouard Thierry, .< Paul Eoucher, Berthoud , vicomte de Launay, Alphonse Brot.

« Les membres du futur cabinet doivent se réunir ce soir pour s'entendre sur « le choix des sous-secrétaires d'État. MM. Paul de Kock, Alphonse Karr, et « Lherminier paraissent avoir des chances. M. Paul de Kock serait particu- « lièrement agréable à l'Angleterre, et Alphonse Karr à la Prusse qui s'intéresse « beaucoup à cette contrefaçon du Kreisler d'Hoffmann.

«< L'appui des Débats est acquis à cette nouvelle combinaison. Le cabinet « veut , dit-on , s'intituler : Ministère de la Renaissance. Espérons que ces hommes « mystérieux et sombres feront les affaires de l'État d'une façon éclatante et « surhumaine.

« Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que M. le vicomte Hugo « vient de résigner ses pouvoirs. Les refus obstinés de M. Alphonse Brot ont fait « échouer la combinaison. Le dissentiment portait sur le maintien de la césure; « M. Alphonse Brot croit qu'il est impossible de gouverner sans elle.

« Un courrier extraordinaire a été expédié à M. Alexandre Dumas, qui se « trouve à Florence; mais qu'on a rencontré fort heureusement à Senlis (Oise). »

S'agit-il d'une conspiration, voici comment quelque plume républicaine s'en empare :

« On vient de faire à Boulogne-sur-Mer une saisie que le parquet regarde « comme très importante. Il s'agit d'une machine infernale prodigieuse, assea

« haute et assez large pour entrer dans un gousset de montre. Ce formidable « bijou qui n'est pas autre chose qu'un pistolet à cent coups, ressemble, par sa « forme, à un bâton de sucre d'orge. Quand on veut s'en servir, il suffit de le « pendre à son cou comme un sifflet; et, en tirant une simple ficelle, on obtient un » feu de bataillon qui dure vingt-cinq minutes. Le parquet de Boulogne vient « d'envoyer l'inventeur et son invention à Paris : on pense qu'ils seront jugés l'un « et l'autre par la Cour des Pairs. »

Une princesse étrangère est-elle attirée par l'éclat de la gloire? voici comme elle est reçue par cette raillerie parisienne :

« Nous avions déjà le roi de Bavière qui signe ses poésies burlesques: Apollon « de Munich! — la reine Victoria qui tapote du piano, — la reiae Christine dont le i pinceau napolitain marche sur les traces de Dubufe. Au milieu de cet Olympe « princier, la Saxe brillait par son absence; mais la Saxe qui jusqu'alors n'avait « produit que les porcelaines de ce pays, se manifeste au monde par une muse

indigène, issue de sa cour. On ne connaissait pas cette muse en France, lors- « que M. Pitre Chevalier la révéla sur les deux rives de la Seine, par des récla- « mes et par des affiches. Tout Paris ébloui fit : — 01»!... Oh!...

« La princesse Amélie, qui savait que les petites traductions entretiennent « l'amitié, traduisit \es romans bretons de M. Pitre Chevalier, et Dresde étonné « fit : — Ah!... Ah!...

« Cependant nous devons avouer qu'on ne sait pas si Amélie , la première, a « révélé Chevalier à la Saxe! ou si c'est Pitre qui a révélé Amélie, le premier, à « la France !

«*Quoi qu'il en soit, cette traduisante amitié ne connaît plus de bornes. Les « traductions se succèdent et se ressemblent. C'est à qui se traduira le plus vile.

« De cette façon d'agir, il résulte le plus étrange salmigondis. 11 y a des gens « qui, voyant à tout propos Amélie après Pitre, et Chevalier après la Saxe, ont « brouillé dans leur esprit ces quatre noms; comme la Liste-Civile brouille- -< quatre œufs pour faire une omelette le jour où Elle reçoit à l'improviste un • parent.

« Ces gens-là demandent la dernière comédie de Pitre de Saxe et le roman « nouveau d'Amélie Chevalier. — On ne leur donne rien, et ils s'en vont contents.— « Tous les goûts sont dans la nature ! »

Cet Hoax perpétuel contre les hommes et les choses se continue depuis dix ans avec autant de verve que d'effronterie. Il n'épargne ni l'âge, ni le sexe, ni les royautés, ni les femmes, ni les œuvres de talent, ni les hommes de génie! Il amoindrit le pouvoir, les conspirations, les actes les plus graves; il ébrècherait le granit, il entame les diamants! La satyre Ménippée serait pâle auprès du livre qu'un homme d'esprit pourrait trier dans cette production journalière due à des jeunes gens inconnus. Cette source est si pror digue d'esprit, si vive, si animée, si constamment agressive, que dernièrement ((841) les Anglais étaient forcés d'avouer, que rien de

MONpGRjf^HlE 1>E LA PRESSE lURlSlENNE.

pareil à la publication de nos petits journaux n'avait jamais existé dans aucun pays, à aucune époque. Tout cela s'invente et s'imprime pour réjouir ce sultan hébété de jouissances appelé Paris !

iiélas, la France est colossale jusque dans ses petitesses, jusque dans ses vices, jusque dans ses fautes!

Les étrangers qui admirent nos hommes de talent ne savent pas à quel prix se vend à Paris la gloire, la mode, toute espèce de lustre, même la triste faveur d'occuper le public de soi pendant quelques moments, relisez ces citations prises au hasard, mais qui sont des chefs-d'œuvre de plaisanterie?... et — frémisssez !

Quatrième variété. — L'anonyme. Elève de Grisier.

Cinquième variété. — Le Guérillero. Depuis trois ans, un nouveau mode de publication a surgi. Le journal mensuel , plein de blancs afin d'avoir des parties innocentes, plein de personnalités, de petites anecdotes fabriquées au coin du feu, de réflexions réimprimées, a demandé vingt sous au public, une escopette à la main, et tout aussitôt dix ou douze soldats ont levé la bannière de l'in-32, en imitant l'inventeur, dont l'invention consistait à tâcher d'avoir de l'esprit tous les mois, comme les petits journaux en ont tous les jours. L'auteur du premier de ces petits livres avait pris pour épigraphe : Je dirai toute ma pensée et serai inexorable pour les hommes comme pour les choses. — Pas un journal n'oserait publier ces lignes neuves et hardies.

Il publia quelque chose comme ceci :

J'ai quitté Paris hier, en compagnie de Léon Gatayes, et Paris ne s'en est pas aperçu, — quoique je sois un de ceux qui protestent contre l'absurdité de notre costume, en portant un habit de velours.

Le soleil se couchait rouge à l'horizon ardoisé de lames ; — les vagues déferlaient à mes pieds, sur la grève d'Étretat, en entrechoquant les galets sonores. — Mes beaux ajoncs dorés courbaient leurs tôles chargées de pluie —De plaintifs goélands

planaient immobiles sur les flots, qu'ils éraillaient parfois de leurs longues ailes blanches. — Les douces senteurs marines s'exhalaient dans la brise du soir, et j'offris un cigare de trois sous à un pauvre pêcheur qui regagnait sa cabane où le chaume ne le couvre pas, — attendu que c'est une grotte taillée dans la falaise.

Mon ami, le baron de B , vient de faire paraître un nouveau roman. —

Comme chez moi l'amitié n'exclut pas la franchise, je dois déclarer que cet ouvrage est ravissant.

Quand le temps est sombre depuis plusieurs jours, et que les nuées tamisent de larges gouttes, c'est, n'en déplaise à M. Arago, un signe évident de pluie.

On se trouve toujours assez fort pour supporter seul son bonheur , tant grand soit-il; — mais on est toujours trop faible pour supporter le plus léger chagrin, sans en ennuyer ses amis. — L'amitié est donc une duperie dont le plus clair bénéfice est de ne partager que le malheur des autres. (22e édition.)

M. ïhiers est un petit homme portant lunettes. — Dans l'indépendante pensée qu'il pourrait bien un jour revenir sur l'eau, nous devons déclarer qu'il ne manque pas d'un certain talent.

M. Chamlmlle a une phrase qu'il répète un peu trop souvent, celle phrase la

voici : Napoléon ne manquait pas d'intelligence politique, niais il a fait des fautes que M. Odilon-Barrot aurait certainement' évitées.

J'ai vu hier une pipe chez un marchand. — J'ai acheté cette pipe, ce qui n'est pas aussi facile qu'on ^pourrait le croire, par un temps qui est, au siècle de Louis XIV, ce qu'un centime est à vingt francs. — Le marchand a persisté a dire cette pipe — d'écume de mer; — tandis que ces sortes de pipes sont censées faites par Ruminer, un fabricant qui a été le Stradivarius des pipes. — Mais la pipe d'écume de mer restera dans la langue populaire — comme le chameau par le trou de l'aiguille dans l'Évangile. Camelus, qu'on a traduit par Chameau, signifie, en basse latinité, Cable!... — Ce n'est pas parce que j'ai remporté le prix d'honneur que je fais cette double observation, mais pour donner une teinture de science à beaucoup de bourgeois qui la répéteront, — ce qui vaut bien, — pour eux, — les vingt sous que coûte la présente livraison.

Non, pas un journal n'aurait osé publier ces lignes aussi neuves que hardies.

Bien que ce soit une épidémie, essentiellement éphémère dans un pays qui passe son temps à déménager sa politique, comme il change le format de ses livres, tous les cinq ans, il y a là l'avenir du pamphlet périodique. Après avoir passé en revue les groupes, il était indispensable de parler des gens isolés.

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