LES CHEMINS DE FER. I
de Saint-Germain ; les trois quarts des habitants de la grande ville firent en peu de temps le voyage de Saint-Germain.
Toute une famille arrivait pour se livrer aux douceurs d'un voyage en chemin de fer. Arrivée à l'embarcadère, cette famille si unie commençait par se perdre. Après avoir pris des billets, l'un courait par un chemin, l'autre prenait une galerie, celui-là attendait dans une salle. Mais bientôt on entendait le signal pour se rendre aux voitures; alors tout le monde se pressait, se poussait, se mêlait; chacun voulant arriver avant son voisin et craignant de ne plus partir. Les Français n'ont jamais eu beaucoup de patience : ils veulent que les choses aillent tout de suite vite et bien; sans cela ils sifflent, sauf à se demander après s'ils n'ont pas eu tort de siffler.
Alors, de toute cette famille qui s'était rendue au chemin de fer, pour goûter ensemble les agréments de ce voyage, il était fort rare que deux personnes se trouvassent dans la même voiture.
L'un s'élançait dans un wagon, l'autre dans une diligence, celuici à la tête, celui-là à la queue du convoi. Après s'être casé dans la voiture, on regardait autour de soi pour reconnaître ses amis, ses parents... on ne voyait que des visages étrangers.
Alors on se levait en disant :
— Pardon, je me suis trompé... je ne suis pas avec ma société, je dois être placé ailleurs...
.Mais vos voisins vous engageaient à vous rasseoir en vous disant : — 11 n'est plus temps... nous sommes partis; on ne descend plus,
— Comment... nous sommes partis!
— Certainement, nous roulons depuis une minute.
— Oh! c'est extraordinaire... et je ne m'en suis pas aperçu... et je ne me sens pas rouler.
— C'est ce qui en fait le charme.
Il fallait se décider à rester à sa place. Arrivé à la descente au Pecq, on courait encore pour se rejoindre. L'un disait : Ils sont devant; l'autre ; Ils sont derrière.— Gourons, nous les rattrapperons.
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Chacun courait : on ne se rattrappait pas. On passait une partie de la journée à se chercher dans Saint-Germain, sur la terrasse, dans la ville, ou dans la forêt. Du reste on s'était infiniment amusé.
Les dimanches et jour de fête, la foule se porte encore aux embarcadères; mais les Parisiens commencent à connaître la marche : ds savent quelle galerie ils doivent prendre pour arriver aux voitures.
Vous voyez bien encore quelques figures timides, appartenant ù
de bonnes gens, qui ne sont pas fort tranquilles en s' aventurant en chemin de fer. 11 est vrai qu'un événement affreux arrivé sur le chemin de la rive gauche, pourrait presque justifier la crainte de quelques personnes, si de tels accidents ne devaient être regardés comme ces coups de foudre que le ciel lance quelquefois sur nous , et qui ne dérangent en rien l'ordre éternel de la nature.