LES MARCHANDS DE CHEVEUX
Suissesse, faisaient l'admiration des passants, vous rentrez avec un entant qui est à la Titus, les cheveux coupés fort près de la tête. 1 il adroit filou avait admiré les belles nattes blondes ou brunes de Votre petite fille, et moyennant quelques coups de ciseaux exécutés avec infiniment d'adresse et de légèreté, il avait enlevé les nattes sans que l'enfant ni vous en ayez eu le moindre soupçon. Revenons aux marchands de cheveux,
Ce doit être un excellent état à Paris que celui de coiffeur * car on ne peut jamais avoir ces messieurs: ils sont demandés* pris, retenus, promis dans vingt endroits à la fois; on se les arrache, il n'y a personne qui soit plus désiré qu'un coiffeur, et celui quia de la réputation est un artiste , un véritable artiste dont le talent se paie au poids de l'or et qui ne daigne pas coiffer tout le monde.
il y a le coiffeur aristocrate qui ne compromettrait pas son peigne sur la tête d'une épicière ou d'une petite bourgeoise; en vain lui dirait-on :
— On vous paiera ee que vous voudrez.
L'artiste en cheveux qui ne frise, ne crêpe, ne retape qtie des duchesses, des marquises, des comtesses, sourit dédaigneusement et répond ;
— Je ne coiffe pas ces gens-là!... quand on a journellement entre ses mains les têtes les plus nobles de Pans , on ne peut pas accommoder une épicière... on me donnerait un million que je ne mettrais pas mes fers an feu pour elle*
.Nous avons ensuite le coiffeur dramatique, qui ne coiffe (pie les artistes : le soir il est employé dans deux ou trois théâtres ; il sait toutes les nouvelles et intrigues de coulisses; il connaît l'amant de mademoiselle B... et le protecteur de mademoiselle G... il sait pourquoi cette jolie danseuse de l'Opéra n'a pas voulu jouer dans le dernier ballet * et quelle est la personne qui a donné un manchon a sa mère. Le coiffeur dramatique a toujours quelque anecdote à raconter; il est fort amusant pour les personnes qui ne sont pas
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pressées, car si vous le faites causer, il sera quelquefois deux heures à vous coiffer.
C'est lui qui dit, avec la meilleure foi du monde : — Sans moi, le dernier opéra tombait à plat... ou il tombait complètement.
— Comment donc cela?
— Eh mais , le premier acte n'avait pas été fort bien revu ; le second commençait assez mal, lorsqu'à paru la jeune première coiffée par moi... Oh! à son entrée, il y a eu un tonnerre d'applaudissements... elle était si bien coiffée!... la salle en a été électrisée ; on a oublié les invraisemblances de la pièce pour admirer la coiffure delà belle actrice... dès lors le public s'est senti sous le charme. Comment voulez-vous que l'on siffle quand on voit des cheveux aussi parfaitement lissés!... l'ouvrage s'est relevé, mais je crois que je puis, sans vanité, m'attribuer la plus grande part du succès.
A Paris les marchands de cheveux ont des boutiques très élégantes. Ils mettent maintenant en montre des bustes de cire imitant de fort jolies femmes, lesquelles sont très décolletées et font voir, outre leur coiffure, une infinité d'autres choses devant lesquelles les amateurs^ les passants s'arrêtent , et sont en admiration. Un ressort fait continuellement tourner cette femme en cire sur ellemême, ce qui vous procure l'avantage de pouvoir l'examiner sous toutes ses faces; et de voir si sa coiffure fait aussi bien par-derrière que par-devant.
Mais la boutique n'est que le péristyle du temple; montez au premier et vous trouverez des salons meublés avec luxe, avec goût ; de tous côtés des glaces immenses qui vous permettent de vous voir el de vous admirer, si cela vous fait plaisir. Puis, autour de la pièce, des divans bien moelleux, puis des tapis, et sur une table des journaux, des brochures, des caricatures, des romans, de la musique même. Le salon d'un marchand de cheveux est presque aussi confortable que celui d'un dentiste, el il esl toujours beaucoup plus gai.