LES MARCHANDS DE CHEVEUX . 2'M
Vous êtes curieux de savoir comment on s'y prendra pour vous coiffer et vous boucler, lorsque vous êtes à peu près chauve, et vous abandonnez votre tête à l'artiste qui doit y opérer des prodiges.
Le coiffeur vous fait asseoir dans un excellent fauteuil, vous met un peignoir bien blanc, puis travaille sur votre tête ; il vous crêpe avec une espèce de fureur ; on dirait qu'il espère parvenir à faire mousser vos cheveux, comme s'il battait des blancs d'œufs. Il en fait passer huit sur votre oreille gauche, six sur la droite ; il pommade, il frise, il roule, il passe tout cela au fer. Enfin le prodige est terminé... Vous êtes coiffé.
Vous courez vous regarder devant une glace ; vous êtes fort curieux de vous voir... Vous n'apercevez sur votre tête qu'une espèce de petit crêpé qui n'a pas l'air de tenir à votre nuque; vous vous trouvez horrible; vous étiez infiniment mieux avant de vous faire coiffer, mais l'artiste vous crie aux oreilles :
— J'espère que monsieur est satisfait et qu'il me donnera sa pratique.
Il y a ensuite, à Paris, le coiffeur profondément amoureux de son état, qu'il regarde comme un des premiers de tous; cet artiste est persuadé que tout se rapporte aux cheveux et que ce sont eux qui ont fait les révolutions et détruit les empires.
Lorsque, devant lui, vous parlez de Napoléon, il s'écriera :
— Ah! s'il n'avait pas proscrit les queues, il régnerait encore. Si vous vous plaignez de la stagnation du commerce, il dira :
— Comment voulez-vous que les affaires marchent bien?. . les trois quarts des hommes ne sont pas coiffés!
Si vous parlez du cours de la rente, il murmurera :
— La rente doit nécessairement monter... les pommades regorgent, on ne sait plus qu'en faire... On ne sait plus où placer son argent... on achète!
Lutin, si vous laissez échapper quelques mois qui annoncent que