‹ La grande ville (volume 2)Chapitre 6 sur 135 · BUREAU DES N0CRK1CES · texte numérisé non relu

BUREAU DES N0CRK1CES

et l'on me charge de venir ici. Aujourd'hui, je viens pour ma cousine. . . femme délicieuse ! . . . avec laquelle je suis. . . très intime ; elle vient de mettre au monde une petite fille... qui ressemble comme deux gouttes d'eau à quelqu'un de ma connaissance.

En disant ces mots, le séducteur suranné sourit d'un air malicieux et jette sur lui-même un regard de complaisance ; puis il reprend :

— Voyons, madame, faites-moi voir beaucoup de nourrices... de toutes les tailles, de toutes les grosseurs... je vous préviens que je serai très difficile. . . parce que la fille de ma cousine m'intéresse. . . personnellement.

Mais déjà une foule de paysannes remplit la salle. Il y en a pour tous les goûts; cependant, qui en voudrait une absolument jolie aurait quelque peine à la rencontrer. Jl paraît qu'en général la beauté ne se fait pas nourrice.

N ous ne savez à laquelle entendre lorsque vous êtes au milieu de ces campagnardes qui, pour être choisies par vous, tâchent de prendre un petit air agréable qui ne va pas toujours à leur physionomie. Vous hasardez quelques questions :

— De quel pays êtes-vous?

— De Morvilliers, monsieur, à cinq lieues et demie de Beauvais. . . un joli petit endroit, monsieur... tout le monde s'y porte ben, monsieur... les enfants y viennent comme des champignons...

— Que fait votre mari ?

— 11 est vigneron, monsieur... nous avons aussi des vignes à nous!... Oh! nous ne sommes pas malheureux... si je prends un nourrisson, c'est que nous aimons beaucoup les enfants chez nous... et comme j'en avons que sept...

— Ah! vous avez sept enfants...

— Tiens, pardi, j'espère bien ne pas être au bout ; ma mère eu a eu quinze.

— Et combien voulez-vous pour nourrir mon enfant? Dix-huil francs pai mois, non compris le sucre, le café et le

HIÎRKAU DES NOURRICES. (3

savon... Après ça, vous êtes le maître d'ajouter d'autres petites douceurs... vous entendez ben que tout ce que vous m'enverrez, vous pouvez être sûr que c'est vot' enfant qui l'aura... et puis d'ailleurs il y a le médecin du pays qui est chargé de venir voir nos nourrissons...

Pendant que vous causez avec une nourrice, les autres jettent sur elle des regards jaloux, craignant déjà qu'elle ne leur soit préférée ; de votre côté vous les passez toutes en revue. Quoique la santé et la propreté soient ce que l'on doive chercher d'abord chez la personne à laquelle on confie son enfant, nous ne pouvons nous empêcher de nous laisser séduire par les yeux, et la plus gentille aura presque toujours la préférence.

Cependant l'Anglais examine toutes les nourrices qui sont devant lui, mais il ne semble pas satisfait ; de temps en temps il secoue la tête, en murmurant :

— C'était pas encore ça que je volais por le norrissement de mon grosse petite miss!

Le ci-devant jeune homme agit d'une autre manière. Sans s'amuser à examiner la ligure d'une nourrice, il va lui tâter le sein; il demande à le voir, puis il passe à une autre avec laquelle il en fait aillant.

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