‹ La grande ville (volume 2)Chapitre 8 sur 135 · BUREAU DES NOURRICES · texte numérisé non relu

BUREAU DES NOURRICES

A peine ce monsieur est-il parti, que l'Anglais pousse un cri de joie, en disant :

— Oh! voilà bien ce qu'il fallait à moa! 0 beautiful nourrice! quel beau laitage elle devait donner! — c'était bien le couleur que je volais offrir à mon gros petite ,dear miss.

En disant ces mots, ce monsieur s'élance à la rencontre d'une nourrice qui vient d'entrer dans la salle et qui a les cheveux parfaitement rouges. C'était là ce qu'il cherchait depuis long-temps; il s'en empare, l'arrête aussitôt et l'emmène en triomphe avec lui.

M. Troufaguet ne tarde pas à revenir aussi au bureau, en s'écriant :

Mon résultat est un garçon... j'en ai la douce certitude; vite une forte nourrice. Je veux que mon petit résultat pousse dru comme une asperge, et lorsqu'il sera de la garde nationale, il pourra prétendre aux grenadiers.

On présente à M. Troufaguet une paysanne de cinq pieds trois pouces et grosse en proportion de sa taille ; il l'arrête sur-le-champ sans prendre aucun renseignement , et s'informer même du pays qu'elle habite; le principal pour lui est que son fils ait une nourrice qui ressemble à un colosse.

Il l'emmène, en la prenant sous le bras , enchanté de voir qu'elle a la tête de plus que lui , et s' écriant à chaque instant : « Avec une « nourrice de cette taille, mon fils sera nécessairement dans les « grenadiers. »

Et vous, qui cherchiez aussi une nourrice pour le nouveau-né que le ciel vous envoie , vous hésitez long-temps... vous prenez des informations , vous avez si peur d'être trompé et de confier votre enfant à ces mercenaires qui ne voient dans l'état de nourrice qu'un commerce, et dans l'enfant qu'on leur confie qu'une marchandise sur laquelle elles doivent gagner.

Mais les apparences sont si trompeuses!... et quelquefois l'objet de votre tendresse, de vos espérances, n'a-t-il pas péri par le manque

Page 1