BUREAU 1)KS NOURRICES
de soins, la négligence ou la sottise d'une nourrice, que vous aurez payée bien cher et en qui vous aurez eu toute confiance. Souvent la meilleure est celle que rien ne recommande! En cela, comme en toute chose , il faut donc se fier à la Providence , et la prier de veiller sur ces petites créatures qui n'ont pas demandé à naître , et qui ne peuvent encore avoir mérité de mourir.
Encore une invention moderne, quoiqu'on prétende qu'elle soit renouvelée des Grecs; mais les Grecs étaient plus somptueux, plus sybarites que nous : ils avaient des maisons avec des portiques, des salles vastes et bien aérées, des cours avec des bassins et des fontaines ; ils possédaient nécessairement des salles de bains, et n'avaient pas besoin qu'on apportât une baignoire toute pleine à leur domicile.
À Paris, où l'on n'a point de place pour s'étendre, où on loge
cent vingt personnes, et quelquefois beaucoup plus, dans une seule
maison ; où ce que l'on appelle une chambre n'est souvent qu'un
petit emplacement de douze pieds... et pas carrés, dans lequel vous
êtes obligé d'ouvrir votre fenêtre quand vous voulez mettre votre
habit ; où la même pièce sert quelquefois d'antichambre , de salle
a manger, de salon et de cuisine ; où l'on a un seul palier pour quatre
locataires, où il n'est pas rare de voir l'un y allumer du feu dans
un fourneau, un autre y battre son habit, et une troisième personne i. 3
! <S I! \ i.\s A D0MIC1LK.
y décrotter ses souliers... tout cela parce qu'on n'a point de place flans son appartement; vous pensez bien que les salles de bains sont rares, surtout dans la classe bourgeoise, dans la petite propriété, qui a bien trouvé le moyen de faire un lit dans un divan, mais qui n'a pas encore songé à en faire un dans une baignoire... cela viendra peut-être... nous inventons tous les jours.
Or donc, pour ceux qui n'ont point de baignoire chez eux, il fallait recourir aux établissements de bains lorsqu'on éprouvait le besoin ou le désir de se plonger dans l'eau ; ces établissements ne sont
point rares à Paris ; on en trouve à peu près dans chaque quartier ; mais il y a des quartiers si grands, des rues si longues; il fait si mauvais temps quelquefois, et lorsque vous n'êtes pas bien portant.
BAINS A D0MIG1CE. ( !)
quand c'est pour voire saute que vous prenez des bains, vous n'êtes pas toujours disposé à sortir pour aller les chercher.
Maintenant tous ces ennuis ne vous atteindront pas : on vous apporte un bain à domicile; que vous demeuriez au quatrième, au cinquième, sur les toits même, on vous y apportera également voire bain; rien n'arrête les entrepreneurs; et d'ailleurs le bain à domicile est essentiellement philantropique. Vous n'avez qu'à vous rendre à rétablissement, donner votre adresse, dire l'heure à laquelle vous désirez vous baigner, répéter en partant : « Servez chaud! » et vous êtes servi.
A la vérité, comme les meilleures choses ont toujours leurs côtés imparfaits, le bain à domicile a bien aussi quelques petits désagréments. Par exemple, vous attendez votre bain; quelquefois à onze heures il n'est pas encore venu... cela vous contrarie d'autant plus que vous avez déjà faim, et il ne faut pas songer à manger avant d'être dans l'eau.
Enfin on carillonne à votre porte : c'est votre bain qui arrive ; vous êtes dans le ravissement, et vous dites à votre domestique : Faites apporter la baignoire ici, dans ma chambre à coucher... Les porteurs dérangeront un peu la console... ces gens-là sont très adroits.
Le bruit des gros souliers ferrés vous annonce les porteurs ; leurs pieds laissent des marques sur le parquet ; mais vous ne pouvez pas exiger que des hommes de peine soient chaussés avec des bottes vernies.
Patatras! — ce bruit part du salon qui précède votre chambre à coucher.
« Ah! mon Dieu! qu'est-ce que c'est que cela? » dites-vous en faisant un saut dans votre lit.
Une grosse voix enrouée vous répond :
« C'est rien!... c'est rien!... quèques petites tasses!... Bah! ça •< se recolle... et ça n'y paraît plus... On recolle ben des assiettes! « et c'est ben plus grand que ça! •>
Votre bonne, < jui entre dans votre chambre, vous dit d'un air piteux :
« Ah! mon Dieu, madame!... ce sont les porteurs qui ont cogné « la baignoire contre le guéridon sur lequel est votre cabaret; la « secousse a fait tomber deux tasses qui se sont cassées... »
En ce moment, les porteurs entrent dans votre chambre à coucher : l'un d'eux écrase d'abord la patte de votre chat, qui se sauve m miaulant.
— C'est rien! c'est rien! dit le porteur. J'ai une fois applati un chat contre une porte, qu'on ne distinguait plus sa tête de sa queue... il a encore vécu six semaines comme ça! les chats ont la vie dure.
Et les porteurs se dirigenl avec la baignoire vers l'encoignure d'une fenêtre.
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En repoussant une causeuse un peu vigoureusement, et sans avoir regardé derrière, les porteurs la cognent contre une fort jolie étagère, que vous vous plaisez à orner de ces jolis petits objets à la mode qui coûtent fort cher à Paris.
Une statuette de Dantan, représentant une de ses charges les plus spirituelles, est renversée par le choc et se brise sur le tapis.
— C'est rien! c'est rien! disent les porteurs! des petits bons hommes en plâtre.... on en trouve tout le long des boulevards.... tenez, tout à l'heure, dans la rue, il y avait un homme qui en portait tout plein sur sa tète... et de plus grands que ça!... et avec de la couleur dessus! c'est plus beau!
Les hommes vont chercher l'eau ; vous ne manquez pas de leur dire :
— Tachez de ne point renverser d'eau dans l'appartement ; laites attention, je vous en prie... allez doucement.
— Soyez tranquille, madame, gnia pas de danger. Les porteurs n'ont pas lait trois fois avec leur seau le chemin du carré à votre chambre à coucher, que vous avez dans votre apparte-
ItAINS A DOMICILE.
meut une traînée d'eau bien limpide , un joli ruisseau dans lequel vous pourriez encore prendre le plaisir de la pêche.
— Mon Dieu!.... mais voyez donc que d'eau par terre!....
— C'est rien! c'est rien! disent les porteurs. Dam! on ne peui pas empêcher les seaux de goutter... mais ça s'essuie avec un torchon, et puis c'est pas sale, au contraire, ça fait du bien, ça lave l'appartement.
Vous regardez votre bonne en soupirant, et celle-ci vous dit pour v ous consoler :
Ah! madame, si vous pouviez voir dans le salon!... c'est bien pis... on irait en bateau!
Enfin votre baignoire est pleine, et vous vous dites :
— Oublions tous ces accidents au moins je vais avoir le plaisir de me baigner chez moi. . . dans ma chambre. . . bien à mon aise. . .
Vous quittez votre lit, et vous entrez dans la baignoire. Mais à peine êtes-vous dans l'eau, que vous appelez votre bonne en vous écriant : Je cuis, je brûle... ce bain est trop chaud!... De l'eau froide... vite de l'eau froide!
Votre bonne court dans l'appartement. Pendant qu'elle va de côté et d'autre, ne pouvant rester assise dans votre baignoire où vous cuisez, vous vous tenez debout. Mais vos jambes brûlent et votre corps gèle.
Enfin votre domestique reparait, apportant une carafe à moitié pleine, qu'elle vide dans votre baignoire, où cela fait absolument autant d'effet qu'un grain de sel dans une marmite.
Vous vous décidez à sortir entièrement du bain , parce que vous auriez parfaitement le temps de vous enrhumer avant qu'on ne l'eût mis au degré de chaleur qui vous convient.
Vous vous essuyez à demi, et vous refourez dans votre lit , où vous tâchez de vous sécher, en disant :
— Ce n'est pas avec une demi-carafe d'eau que mon bain deviendra prenable.... il faut d'abord «Mer dp l'eau. Prenez un seau...
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une grande terrine... eh! mon Dieu! laites du gâchis à terre! cela m'est bien égal... un peu plus, un peu moins!., maintenant j'ai pris mon parti !
La domestique exécute vos ordres, elle apporte des vases de toutes les dimensions ; je ne vous nommerai pas tous ceux qu'elle croit devoir prendre, dans son zèle à vouloir (Mer de l'eau chaude; tout eela déborde et fait des cascades ; votre appartement est devenu un bassin dans lequel on pourrait exécuter les jeux hydrauliques les plus variés.
Vous quittez de nouveau votre lit, vous marchez dans un lac pour arriver à votre baignoire ; vous y êtes, vous entrez dans votre bain, et vous n'avez pas du tout l'air satisfait.
— Est - ce que madame a encore trop chaud ? demande la domestique.
— Trop chaud!... non certainement! au contraire, c'est qu'il me semble que j'ai froid... vous avez ôté trop d'eau chaude. — Je n'ai pas envie de m' enrhumer. . . il faut absolument réchauffer mon bain. . . vous voyez que je grelotte... Faites chauffer de l'eau, apportezm'en... qu'elle soit bouillante... — Vous avez du feu dans votre cuisine, j'espère...
— Ah! mon Dieu, non, madame... il s'est éteint pendant que je vidais votre baignoire.
— Alors mettez un chaudron... une bouillotte dans cette cheminée... Hâtez-vous, je vous en prie!
Et la bonne, pour ranimer le feu, se met d'abord à le souffler, et recommence ses évolutions dans l'appartement, en y'promenant des chaudières et des bouillottes, tout en murmurant :
— Quoique ça, madame... vous étiez si contente de prendre un bain dans votre domicile... Dites donc, madame... pour rafraîchir ou réchauffer 1 eau, il me semble que ce n'est pas si commode que quand on lâche un robinet?...
Vous ne répondez rien, vous êtes extrêmement vexée, et vous
voudriez pouvoir laver la tête a votre domestique comme vous vous lavez le corps, c'est-à-dire d'une façon désagréable.
Apres avoir soufflé son feu pendant cinq minutes, la bonne revient de la cuisine avec une marmite pleine d'eau bouillante; elle court à la baignoire en vous criant :
— Attendez, madame... en voilà de la chaude... ça va joliment vous faire plaisir! 4
Et avant que vous ayez eu le temps de vous mettre de côté et d<> lui dire de prendre garde, la bonne a renversé toute la marmite d'eau bouillante derrière vos épaules.
La douleur vous a fait jeter un cri.
— C'est pas encore assez chaud? dit votre domestique.
— Kh si, mon Dieu! au contraire, c'est trop chaud... c'est-à-dire (jue vous m'avez brûlé le dos...
— Je fais cependant tout ce que madame me dit... .levas en remettre sur le feu...
— iS'on, c'est inutile... j'en ai bien assez... donnez-moi mon linge pour m'essuyer... Je vais sortir de ce bain...
Vous sortez de votre bain, vous vous essuyez avec du linge froid, et vous vous remettez dans votre lit en jurant, comme ce corbeau de la fable, qu'on ne vous y prendra plus.
Tous ces petits désagréments n'empêchent pas les bains à domicile d'être souvent utiles et commodes, et d'obtenir un grand succès à Paris. Tous les porteurs ne sont point maladroits comme ceux que nous venons de voir ; et avant de vous mettre dans votre bain, vous devez avoir la précaution de vous assurer s'il est bien au degré de chaleur que vous désirez.
Après avoir montré les inconvénients d'une chose, il est juste d'en faire voir aussi les agréments.
Ainsi, en faisant venir un bain chez vous, rien ne vous empêche de transformer en salle de bain la pièce de votre appartement où il vous est le plus commode de vous tenir.
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Les dames se baignent quelquefois dans leur boudoir, et tout en faisant verser dans leur bain des essences, des parfums, des cosmétiques qui adoucissent la peau, elles lisent un roman de leur auteur favori .
Il faut avoir grand soin de ne lire qu'un ouvrage qui plaise, sans quoi on pourrait s'endormir dans le bain, comme ce monsieur qui semble goûter la plus douce béatitude; mais c'est fort dangereux.
L'homme de lettres fait placer la baignoire dans son cabinet, tout près de son bureau; il écrit ou il lit, tout en se baignant, et l'eau, en rafraîchissant ses idées, rend son style plus coulant et plus doux.
A Paris, où tout prête à rire, où l'on tire parti du sujet le plus grave comme du plus léger pour s'amuser , se moquer ou tourner i. 4
quelqu'un en ridicule , les bains à domicile ne pouvaient manquer «l'être exploités, et voici ce qui arriva dans la grande ville :
Une jeune grisette, gentille, espiègle, mais vindicative, venait de louer une jolie chambre dans une assez belle maison de la rue Saint- Jacques.
Le propriétaire de cette maison était un vieux monsieur tatillon, méfiant, méticuleux et tant soit peu ridicule (il y a dans Paris des propriétaires comme cela). Celui-ci ne manquait jamais d'aller prendre des informations sur les personnes qui avaient loué chez lui.
Notre propriétaire ne manque donc point à ses habitudes. 11 se rend à l'adresse laissée par la grisette. Pas de portier dans la maison ; il s'informe, chez une fruitière, de mademoiselle Anastasie.
Les réponses de la fruitière sont rassurantes : Mademoiselle Anastasie est une brodeuse, qui a du talent; elle aime à rire, à chanter ; elle reçoit bien par-ci par-là un jeune étudiant, ou un avocat stagiaire, mais ces messieurs se retirent régulièrement avant minuit, et mademoiselle Anastasie paie toujours comptant le demi-quarteron de beurre ou la part de fromage de Brie dont elle fait emplette.
Le propriétaire est assez satisfait ; cependant pour être plus tranquille et connaître le mobilier de la jeune fille, il juge plus sage de monter chez elle.
— Au quatrième au dessus de deux entre-sol, lui dit la fruitière. Une patte de biche au cordon de la sonnette... L'escalier est propre comme vous et moi.
Notre homme monte jusqu'au cinquième; l'escalier était assez propre, et le propriétaire se disait :
— Pour une petite maison qui semble habitée par des ouvriers, celle-ci n'est point trop mal tenue...
En gravissant le dernier étage, le propriétaire n'est plus aussi satisfait : il commence à trouver de l'eau de distance en distance ; bientôt il y en a sur toutes les marches. Parvenu au palier du dernier étage, il faut traverser presqu'un torrent pour arriver à la porte de
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mademoiselle Anastasie, car c'est de là que semble partir le fleuve qui déborde ensuite sur l'escalier.
Cette porte n'était fermée qu'à demi. La grisette, qui a entendu monter, paraît en petit jupon et en camisole à taille sur le seuil de son appartement : elle fait un salut gracieux au propriétaire, mais celui-ci, qui a déjà pris sa résolution, y répond par une fort vilaine grimace.
— Donnez-vous donc la peine d'entrer, monsieur, dit Anastasie, vous allez vous reposer un instant .
— Ce n'est pas la peine, mademoiselle, répond le vieux monsieur d'un ton fort sec, car je n'ai que deux mots à vous dire... je vous rapporte votre denier à Dieu ; vous ne devez pas espérer loger dans ma maison.
— Eh pourquoi donc cela, monsieur? s'écrie la jeune tille ; j'espère bien que les informations que vous avez prises ne peuvent pas m'ètre défavorables... mes mœurs sont irréprochables... je ne vais au spectacle que chez Bobino ; je ne danse qu'au Prado; je ne dîne que chez Flicotot... et quant à mon mobilier, entrez, monsieur, et vous verrez qu'il y a de quoi payer dix termes comme votre chambre.
— Mademoiselle, les renseignements que j'ai obtenus sur vous ne sont nullement capables de vous nuire... je vois bien d'ici que vous êtes suffisamment meublée... mais je vous répète que vous ne pouvez pas loger dans ma maison.
— Mais alors pourquoi cela, monsieur? je veux, je demande, j'exige une explication... Rendre un denier à Dieu est un affront, monsieur, et je n'endure point patiemment la moindre insulte.
— Puisque vous tenez absolument à savoir pour quelle raison je vous rends le vôtre, eh bien je vais vous le dire, mademoiselle : c'est que votre carré est une marre d'eau, que l'on ne sait où poser le pied; que toute cette eau vient de chez vous... et je n'ai pas envie que vous fassiez de pareils gâchis dans ma maison. L'eau s'infiltre
dans les carreaux, mademoiselle, et puis dans les plafonds... et ensuite cela détériore, pourrit une maison, et à chaque instant ce sont des réparations à faire, et tout cela parce qu'on a des locataires qui font de petites rivières chez eux... Merci... j'aimerais mieux perdre deux termes.
— Mon Dieu, monsieur! pour un peu d'eau à terre, voilà bien des paroles... j'ai fait venir un bain chez moi... J'adore me baigner, je vivrais dans l'eau... J'y lis, j'y mange, j'y dors... Je ne sais pas ce que je n'y ferais point!... 11 n'est pas défendu de se baigner chez soi. Par exemple, les porteurs, en vidant mon bain, ont répandu un peu d'eau sur le carré, mais vous voyez bien que ce n'est pas ma faute.
— J'en suis fâché, mademoiselle, mais puisque vous aimez tant l'eau, j'aurais peur que vous ne prissiez trop souvent des bains dans \ <>tre chambre ; je ne puis pas avoir le plaisir de vous louer.
— Ha ça, monsieur, mais vous ne prenez donc jamais de bains chez vous... vos locataires s'en privent donc aussi?
— Non, mademoiselle; mais quand on fait venir un bain chez moi, ou dans ma maison, on prend des précautions... beaucoup de précautions... On n'inonde pas l'escalier. Voilà votre denier à Dieu.
— C'est donc bien décidé, monsieur?
—~ Comme je m'appelle Triffouillard , mademoiselle. J'ai bien l'honneur de vous saluer.
Et le propriétaire redescend l'escalier, tandis que la jeune lille se penche sur la rampe, en lui criant ;
— Monsieur Triffouillard, vous êtes une vieille pomme cuite, 1 nais vous aurez de mes nouvelles!
Mademoiselle Anastasie n'était pas lille à ne point tenir parole ; «'lie se promène dans sa chambre en cherchant son moyen de vengeance; ne trouvant rien en se promenant, elle s'assied, se frotte le front, se gratte le nez, l'oreille, et bientôt elle fait un bond sur s;i chaise; sa figure s'épanouit, et elle s'écrie :
— C'est cela... c'est bien cela... je tiens mon affaire! Oh! ce sera ravissant, mirobolant!... » (Mirobolant est iïri nouveau mot employé à Paris , dans le style excentrique , et qui veut dire plus que magnifique.)
La jeune fille sort, va dans une rue voisine, s'adresse au premier commissionnaire qu'elle aperçoit, lui dit de la suivre, et se dirige vers le plus prochain établissement de bains à domicile. Elle s'arrête à quelques pas de la porte, donne à son commissionnaire l'adresse bien exacte de M. Triffbuillard, propriétaire, rue Saint-Jacques, et lui dit :
— Va commander, pour ce monsieur, un bain pour demain sept heures du matin.
Le commissionnaire entre dans rétablissement, et revient bientôt dire à la jeune lille que Le bain est commandé.
Anastasie se remet en course, et arrive devant un autre établissement de bains à domicile. Elle y envoie de nouveau son commissionnaire, en lui disant :
— Va commander pour M. Triffouillard un bain pour demain à sept beures du matin, et donne bien l'adresse.
Le commissionnaire se met à rire, et s'empresse d'aller faire ce qu'on lui dit.
Mademoiselle Anastasie se remet encore en route avec son commissionnaire ; elle l'envoie faire la même commande dans six établissements de bains à domicile, après quoi elle lui donne deux francs, le renvoie , et s'en retourne chez elle , aussi contente que si son amant lui avait promis de la mener dîner chez le traiteur.
Le lendemain, à sept heures du matin, on carillonne à la porte de M. Triffouillard, qui n'a point l'habitude de se lever de si bonne heure. Sa vieille gouvernante revient bientôt lui dire :
C'est le bain que vous avez commandé , que l'on vous ap
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porte... si vous m'aviez prévenue que vous preniez un bain ici ce malin , je me serais levée depuis long-temps , et j'aurais tout disposé ! mais vous ne me dites jamais rien.
M. Triffouillard se frotte les yeux, en s'écriant :
— Je n'ai pas demandé de bain... ces gens-là se trompent... qu'on me laisse dormir.
La gouvernante revient bientôt en disant :
— Monsieur, ils ont bien votre nom, votre adresse... c'est bien pour vous qu'ils viennent... ils ne veulent pas s'en aller.
— Allons, dit M. Triffouillard avec humeur, puisque ce bain est là , je vais le prendre , quoique ce soit assurément un quiproquo ; faites-le apporter ici... avec les précautions d'usage.
On apporte Le bain. Pendant qu'on place la baignoire dans la chambre à coucher, on carillonne de nouveau à la porte. La gouvernante va voir, et revient tout effarée , en disant :
— Pardi ! il paraît que monsieur avait bien peur de manquer de bain ; c'emest un autre qu'on lui apporte.
— Par exemple, c'est trop fort! s'écrie le vieux propriétaire , en sautant hors de son lit. Deux bains, quand je n'ai rien commandé du tout... qu'on le renvoie ; à coup sûr je ne prendrai pas celui-là !
Avant que M. Triffouillard ait fini de parler, sa sonnette est encore agitée avec violence ; la gouvernante court, et revient bientôt dire , presque en pleurant :
— Monsieur!... monsieur!... c'est un troisième bain qu'on vous apporte!... tous ces gens-là encombrent le carré.
— Trois bains! s'écrie M. Triffouillard, en arrachant avec colère le bonnet de coton qui couvrait sa tête : ceci devient une très mauvaise plaisanterie... et que diable voulez-vous que je fasse de trois bains! renvoyez-les.
— Ça vous est bien facile à dire, monsieur; mais ces porteurs ne veulent pas entendre raison ; chacun d'eux veut que vous preniez son bain...
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— Qu'ils aillent au diable et qu'on me laisse tranquille... Mais qu'est-ce que j'entends encore... il y a du bruit dans la cour.
La gouvernante va voir; elle revient bientôt d'un air désespéré, et se laisse aller sur une chaise, en s'écriant :
— Monsieur!... monsieur! encore trois bains qui vous arrivent en même temps... La cour est remplie de charrettes, de tonneaux... les voisins jacassent déjà, en demandant si c'est que le feu est dans notre maison, et cet imbécile de portier s'écrie à chaque instant :
« Monsieur a donc sur la peau queiique chose qui ne veut pas s'en aller, qu'il veut prendre ce matin six bains coup sur coup! »
M. Triffouillard est furieux, exaspéré; il veut que l'on chasse tous les porteurs de bains; mais ceux-ci commencent à remplir leurs seaux et se mettent à monter les escaliers les uns après les autres; c'est à qui arrivera le plus vite chez le propriétaire, et dans cette lutte d'un nouveau genre, on doit penser si la maison est arrosée.
M. Triffouillard se décide à payer les six bains qu'il n'a pas commandés, et tout en examinant avec douleur les torrents d'eau qui inondent son escalier et sa cour, il se rappelle sa visite de la veille chez mademoiselle Anastasie; il devine alors que c'est lagrisette qui lui a joué ce tour, et se dit :
« .Vaurais aussi bien fait de ne point lui rendre son denier à Dieu ! »
Jadis les bouquetières se promenaient par la ville avec un évenlaire devant elles ; leurs bouquets étaient amoncelés dessus ; elles en tenaient quelques uns à la main , et allaient ainsi offrir leur marchandise aux passants.
Quand la bouquetière était jolie, on se laissait tenter par ses yeux autant que par ses fleurs; tout s'enchaîne dans la vie, et une chose fait souvent passer l'autre.
Plus tard les bouquetières , mieux fournies , étalaient aux coins des rues et des boulevarts ; nous en avons encore comme cela. Mais ce que nous avons de plus , ce sont des boutiques fort jolies , fort élégantes, où l'on vend des fleurs naturelles.
Nous avions déjà, il est vrai, au Palais-Royal, derrière le Théâtre- Français, l'établissement de la célèbre mademoiselle Prévôt, qui forme aujourd'hui une espèce de boutique; nous disons espèce, parce que l'espace est si petit que trois personnes peuvent à peine i. 5
y acheter en même temps ; mais cet établissement est connu trop avantageusement , il a une trop belle clientèle pour avoir besoin de se mettre en frais.
Les nouvelles boutiques de bouquets sont fort bien parées le jour et très brillantes le soir ; la lumière du gaz donne aux fleurs un éclat presque magique. Rappelez-vous que rien n'est si joli qu'un jardin, qu'un parterre illuminé, et vous aurez une idée de ce que c'est qu'une boutique de fleurs naturelles éclairée par le gaz.
( )n remarque principalement les nouvelles boutiques de fleurs de la rue Neuve-Vivienne , du passage des Panoramas, de la rue Saiul -Honoré. Je n'ai pas besoin de vous dire que les bouquetières
en boutiques n'ont rien de commun avec ces marchandes de bouquets qui se promènent dans les rues avec un éventaire. Ces dernières sont ordinairement coiffées avec un bonnet rond ou un simple fichu de couleur, eî leur langage ressemble à leur plumage ; mais la bou-
quetière en magasin est une demoiselle de comptoir , aussi bien coiffée qu'une modiste, aussi bien mise qu'une lingère, et s' exprimant avec autant de goût qu'une parfumeuse.
Ce changement dans le personnel de la marchande était indispensable pour ces nouveaux établissements ; s'il se fait à Paris une grande consommation de bouquets , ce sont les petites-maîtresses, les artistes , les lions , les dandys qui en absorbent la plus grande partie.
Vous ne verrez point d'ouvriers, de grisettes, d'hommes du peuple entrer chez les bouquetières en boutique ; ceux-là s'adresseront à la marchande en plein vent , quand ils auront par hasard une galanterie à faire ou une fête à souhaiter. Car ce qu'ils veulent alors, ce n'es! point un élégant cactus ou une simple rose mousseuse; il
leur faut un bouquet bien gros, bien serré , qui tienne beaucoup de place et que l'on voie de loin.
Chez la bouquetière en boutique vous rencontrerez des jeunes gens fort élégants , des membres du Jockey-Club , des gants jaunes enfin, puis de ces dames toutes mignonnes, toutes parfumées, toutes vaporeuses, dont le teint est pâli par le fréquent usage des fleurs.
Mais, en général, les hommes achètent plus de bouquets que les tlames , et la chose est toute simple : les dames savent bien que ces messieurs n'achèteront des fleurs que pour les leur donner.
Nous ne connaissons pas le langage des fleurs , comme dans l'( >rient ; mais sans savoir faire un seiam , nous savons fort bien ce que signifie l'envoi d'un bouquet.
C'est presque toujours par là qu'un homme fait connaître à une femme qu'il est épris de ses charmes. Lorsqu'on n'est pas encore bien avancé dans les bonnes grâces d'une dame , et que l'on craint d'être imprudent, on envoie un bouquet sous le voile de l'anonyme. Les dames ne refusent presque jamais ces sortes de présents ; elles prétendent qu'un bouquet est sans conséquence... et il est très rare que la conséquence ne vienne pas à la suite du bouquet.
C'est avec des bouquets que l'on témoigne à une actrice , à une danseuse, tout le plaisir que fait éprouver son talent. Souvent les fleurs volent de toutes les parties de la salle, pour venir tomber aux pieds de celle que l'on encense... Une pluie de fleurs est bien douce à recevoir ; les artistes adorent ces orages.
Mais à Paris, où l'on tire parti de tout, il s'est formé aussi des en! reprises de jeteurs de bouquets.
Ainsi une actrice veut obtenir un triomphe comme une de ses camarades , qu'elle croit bien au dessous d'elle pour le talent. Si elle n'a pas un protecteur, un bienfaiteur assez riche pour lui décerner les honneurs des bouquets, elle se décide à en faire ellemême les frais. C'est une petite dépense que l'on peut bien se permettre une fois par hasard.
L'actrice envoie sa mère chez l'entrepreneur de bouquets : une actrice doit toujours avoir une mère... Quand elle n'en a pas, elle en loue une, c'est-à-dire qu'elle donne ce titre à une vieille femme qui se chargera d'en remplir l'emploi , moyennant le logement , la nourriture à discrétion , et tous les petits bénéfices qu'elle pourra se procurer.
La mère de l'actrice va donc chez l'entrepreneur de bouquets, et lui dit :
— Ma fille est superbe dans le dernier rôle qu'elle vient de créer. Elle efface tout ce qu'on a vu de plus beau au théâtre,.. C'est ravissant, c'est étourdissant... mais le public est si jobard! Quand on ne lui crie pas aux oreilles que l'on a du talent, quand on ne se fait pas mousser, enfin , il est quelquefois des années sans s'apercevoir que l'on joue bien... 11 serait même assez bête pour vous siffler, si on le laissait faire! Mademoiselle X...., qui joue comme une seringue, vient d'être assommée de bouquets ! On sait bien d'où cela vient!... un petit avoué qui mange son étude pour elle!... Enfin e'est égal, ma fille ne peut pas rester en arrière. Je veux lui faire la galanterie d'une pluie de fleurs... ce soir, après son troisième acte... qu'est-ce que cela me coûtera?
— En voulez-vous beaucoup?
— Dam! je veux que ce soit bien nourri que cela parte de
tous les points de la salle... des avant-scènes surtout... c'est bon genre, et ça fait enrager les autres.
— Alors il vous faut bien trente bouquets ?
— Va pour trente bouquets! ma fille en mériterait bien trois mille, mais trente ce sera assez. Combien cela coûtera-t-il ?
— Cinquante francs.
— Fichtre! voilà une pluie un peu chère : c'est à plus de trente sous le bouquet.
Les fleurs sont chères. D'ailleurs est-ce qu'il ne faut pas payer le monde que j'emploie... mais les bouquets seront beaux.
— Pas de trognons de choux dedans, surtout, comme on a l'ait pour notre seconde amoureuse , qui en a reçu un dans l'œil , qu'elle a manqué d'être borgne... C'était une galanterie d'un Titi des troisièmes.
— Soyez tranquille, les bouquets seront beaux et bien garnis.
— A la bonne heure... Va donc pour cinquante francs. Je ferai des économies sur autre chose... je retrancherai un sou de mou à notre chat. Ce polisson-là nous ruine avec son mou. Trente bouquets, c'est entendu, et que ce soit bien jeté. D'ailleurs votre monde doit en avoir l'habitude.
— Vous serez contente.
— Je l'espère! Si je n'étais pas contente pour cinquante francs. Justes dieux ! j'aurais pu acheter deux pâtés de foie gras avec ça. Enfin , si ça pousse ma fille , ces cinquante francs-là feront des petits.
L'entrepreneur de pluie de fleurs se fait payer d'avance ; c'es.t une précaution qui n'est jamais inutile. La mère de l'actrice s'en retourne annoncer à sa tille qu'elle aura le soir un triomphe magnifique , el on attend avec impatience ce moment.
Il arrive enfin : la pièce est jouée ; l'actrice a été fort mauvaise , niais cela est fort indifférent à l'entrepreneur de pluie : il fait lancer la sienne par ses gens ; les bouquets partent de divers points de la salle , mais surtout du paradis , et viennent tomber aux pieds ou sur le nez de l'actrice; celle-ci s'incline d'un air confus ; le public rit , la toile tombe, et les autres actrices sont vexées.
Malheureusement, la mère de celle qui vient d'obtenir ce triomphe en détruit bientôt tout l'effet : elle arrive sur le théâtre avec un énorme cabas, comme pour ramasser les bouquets que l'on vient de jeter à sa fille, mais en effet dans le but de les compter, et pour s'assurer si elle en a bien eu pour ses cinquante francs.
Après avoir ramassé tout ce qui était sur le théâtre, celle dame va fureter dans tous les coins, dans les coulisses... et jusque dans
le trou du souffleur ; elle trappe du pied avec colère; enfin ne pouvant plus se contenir, elle s'écrie :
Je suis volée!... le gredin!... J'avais commandé trente bouquets, je n'en trouve que vingt-quatre... Il m'en manque six!... mais ça ne se passera pas comme ca !
On doit juger si cette sortie fait rire les autres actrices, et si Ton plaisante alors sur la pluie de Heurs que la camarade vient de recevoir!...
Mais celles qui font le plus de plaisanteries sur cette aventure ne se gêneront pas pour se faire ainsi arroser de fleurs, seulement elles recommanderont à leur mère de ne pas aller faire le compte des bouquets après leur triomphe.
Les pluies de fleurs , au théâtre , ne sont pas toujours de commande ; celles qui s'exécutent spontanément, et par le vrai public,
40 BOUQUETIÈRES KN BOUTIQUK.
forment un coup d'oeil ravissant. Alors vous voyez toutes les dames détacher le bouquet qui pai e leur ceinture , et le lancer avec enthousiasme sur la scène.
C'est vous dire que pour aller dans nos premiers théâtres, il faut a nos dames un bouquet ; il leur en faut un aussi pour aller en soirée, au concert , et il est indispensable pour le bal.
Les dames font, à Paris, une énorme consommation de bouquets, et, ce qu'il y a de singulier, c'est que ces dames en achètent fort peu, et que leurs maris n'en achètent jamais.
CHANTIEH M IMIS A \W\l\AM.
Vous qui vous chauffez agréablement les pieds deyanl un bon feu , étendus mollemenl dans un grand fauteuil à la Voltaire; bons bourgeois, commis, hommes d'affaires, employés, rentiers; vous tous enfin qui , sans avoir une assez grande fortune pour charger votre intendant ou vos domestiques des détails intérieurs de votre maison, posssédez... ce qui vaut mieux encore, une épouse rangée, économe, qui s'occupe par elle-même de tous ces détails de ménage dont vos affaires, votre place, votre besogne journalière ne vous permettent point de vous occuper vous-même , vous ne vous doutez pas de toutes les tribulations qu'il a fallu supporter en achetant ce bois que vous éprouvez tant de plaisir à tisonner.
fl y a des chantiers de bois à brûler dans presque tous les faubourgs de Paris; il y en a aussi dans l'intérieur de la ville.
Il n'y a pas long-temps encore que l'île Louvier ne renfermait à peu près que des bûches; les chantiers de cette île étaient les plus i. <;
1^ CHANTIER DE ItoiS A BRULER.
achalandés de la capitale; une grande partie des habitants de Paris faisaient le voyage de l'île Louvier, croyant y avoir du bois meilleur et à un prix moins élevé que dans les autres chantiers de Paris.
Mais l'île Louvier subit la loi du temps : elle change de locataire, de physionomie, d'aspect. On comble la petite rivière du Mail, afin de réunir l'île Louvier au continent ; on y bâtit force maisons ; c'est un nouveau quartier qui s'élève là où étaient tous ces chantiers fameux!... Je n'ai pas besoin de vous dire que les bûches ont déménagé... Il en viendra d'autres peut-être.., C'est ce que nous ne savons pas.
.Mais entrons dans un chantier de belle apparence... le premier venu... Nous n'aurons que l'embarras du choix.
Voilà une petite dame assez mignonne qui veut faire sa provision de bois, et qui croit qu'il n'y a rien de si simple, après avoir choisi, et être convenu de prix, que de se faire mesurer les trois ou quatre voies de bois qu'elle vient acheter. Un moment ; l'action va commencer.
La mesure de la voie est placée ; le cordeur s'avance , la dame ne manque pas de lui dire :
— Cordez-moi bien, je vous donnerai pour boire.
On lui répond : « Soyez tranquillé , ma petite dame! je vas vous « soigner. »
Voilà notre homme qui se met à la besogne. 11 prend les bûches , les place dans la voie avec une telle vivacité , que la pratique n'y voit que du feu. Cependant le cordeur qui doit soigner cette dame glisse dans son bois des tortillards, qui font ce qu'on appelle des chambres à louer.
La petite dame, qui aperçoit beaucoup de creux dans sa voie, veut s'approcher de son cordeur pour se plaindre. . . Mais patatras !. . . un bruit effrayant retentit à ses oreilles... Ce sont des bûches que Ion fait rouler du haut en bas d'une énorme pile... La petite dame est toute troublée par le bruit , ces bûches ont l'air de vouloir rouler
CHANTIER DE BOIS A BKlTLERi
sur t'ilc... il v a des hommes qui semblent faire exprès de les envoyer de son côté. Pendant qu'elle se range et s'éloigne de là pile et des bûches qui roulent, le cordeur continue lestement sa besogne, et il glisse dans la voie qu'il mesure les bûches les plus informes.
La dame, s' apercevant de là manière dont elle est soignée par le cordeur, veut de nouveau s'approcher pour se plaindre, et commence à dire : « Ketirez-moi cette bûche-là... je n'en veux pas. »
Mais voilà maintenant le charretier qui s'approche avec sa voi-
lure; il la fait avancer du côté de cette dame... Elle n'a que le temps de se ranger pour ne pas être écrasée; elle s'esquive, elle cherche, par un autre côté, à se rapprocher de son bois el de son cordeur, «nais la maudite charrette ne reste pas un moment Iran-
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quille : le charretier prend a tache de faire avancer, reculer, retourner son cheval, de façon qu'étant à chaque instant occupée du soin de sa sûreté , il n'est guère possible à la personne qui achète d'avoir l'œil sur le cordeur.
Cette misérable tactique se renouvelle trop souvent pour qu'on ne la connaisse pas. On avait autrefois placé dans les chantiers de bois a brûler des jurés-pic/ueurs. Leur fonction était de s'assurer que justice était rendue à l'acheteur, et de faire cesser les abus que nous venons de signaler. Mais les j urés-piqueurs ont disparu... Probablement ils ne signalaient rien.
Maintenant que vous connaissez la marche, quand vous irez au chantier, armez-vous de courage, bravez les bûches qui roulent, les charrettes qui remuent , les chevaux qui piétinent , et si l'on vous corde mal, refusez votre bois.
Dans tous les magasins vous avez le droit de laisser la marchandise, si vous trouvez qu'on ne vous pèse pas bien. Pourquoi ne ferait-on pas pour du bois ce qu'on fait pour du sucre... du café ou du riz? Le bois a voulu se mettre au niveau de ces marchandises, puisque maintenant il se fait aussi peser. Dans beaucoup de chantiers on vend du bois au poids ; mais cette nouvelle invention ne fera jamais tomber le cordage.