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es|>èces : autour do lui se grouj>ent des annexes nombreuses qui toutes forment comme autant de colonies qui ont les mœurs, le langage , les habitudes et toutes les allures de la métropole qui les a engendrées.
ïjl halle proprement dite occupe un espace en lorme de parallélogramme, qui est situé entre la rue Saint-Denis, les rues Aux Fers et de la Lingerie, dans la direction de l'est, et qui côtoie parallèlement la rue de la Ferronnerie , le prolongement de la rue Saint-Honoré ; c'était l'ancien emplacement de l'église et du cimetière des Saints-Innocents.
L'histoire de ce cimetière est une des plus hideuses pages des chroniques de la ville de Paris.
Il recevait les sépultures de vingt-deux paroisses hors des portes, lorsque ce quartier fut renfermé dans l'enceinte de la ville, il s'exhalait du sol des miasmes tellement putrides et infectes que tout le voisinage était menacé de maladies contagieuses et même de la peste; les plaintes avaient été nombreuses et réitérées, mais elles furent long-temps inutiles, et ce ne fut que vers l'année 1780, à la fin du siècle dernier, qu'on pensa à chasser de la ville cette abominable fléau et à éteindre ce foyer pestilentiel. On nomma une commission composée de savants, et ils décidèrent unanimement qu'il y avait urgence de procéder à l'exhumation. Cette sage et indispensable mesure ne fut exécutée qu'en 1786.
On raconte encore dans les veillées de la halle que pendant cette opération, une téte de squelette, jetée hors de la fosse , se prit à rouler avec une étonnante rapidité; déjà la foule enrayée criait au miracle et se disposait à interrompre un travail qui semblait maudit par le ciel : on entendait prononcer le mot de profanation ; un des fossoyeurs courut intrépidement après la téte vagabonde, et, lorsqu'il l'eut atteinte, il en fit sortir un énorme rat qui s'était logé dans la boite osseuse.
L'endroit parut favorable à l'établissement d'un marché; il faut se rappeler qu'alors ce lieu était dans la région centrale : Paris n'avait pas pris l'énorme et rapide accroissement qui a si fort reculé ses limites.
La première condition d'un marché qui était, par les prévisions mêmes de ceux qui le construisaient , destiné à être le principal marché de Pans, c'était la salubrité ; une fontaine devait favoriser
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ce projet. A l'angle1 île la rue Aux Fers, en 1551, Pierre Lescot, le célèbre architecte, avait construit une fontaine que Jean Goujon, l'illustre sculpteur, avait décorée de bas-reliefs et de statues de naïades. A ce monument remarquable par la noble et gracieuse élégance de ses proportions , il ne manquait qu'une seule chose, de l'eau. On jeta les yeux sur ce joyau pour orner la place du nouveau marché ; mais pour poser au milieu de la balle cette fontaine adossée à l'angle d'une rue , il fallait y ajouter deux façades et une toiture; sous la direction de MM. Poyet et Molinos, architectes de la ville, M. Pajou sculpta trois naïades.
MM. Daujon, Lhuilier et Mezières complétèrent les autres ornements. On donna à tout le monument un ton uniforme ; les œuvres des artistes nouveaux ont peut-être plus de correction et de régularité de dessin que celles de Jean Goujon ; mais celles-ci ont un charme de vie et de légèreté qui ne permet pas de leur préférer les autres.
Le monument est placé sur trois gradins, au milieu desquels est un bassin carré sur lequel s'élève un soubassement dé même forme, où quatre lions, posés sur ses angles, se montrent prêts à lancer de l'eau par jets impétueux dans son bassin inférieur. Au dessus commence la décoration de la fontaine. Sa construction est quadrangulaire ; elle a quatorze mètres d'élévation ; elle est percée sur chaque face par une arcade encadrée dans des pilastres corinthiens, cannelés, entre lesquels est couchée une ligure de naïade de grande proportion; au dessus, les quatre cotés de l'attique sont surmontés par un fronton triangulaire; une coupole de cuivre façonnée en écailles de poisson couvre l'édifice. Au milieu des arcades est posée une vasque supportée par un piédestal de forme élancée. On a conservé l'ancienne dédicace Fontium ISympAis (aux nymphes des fontaines); et on y a reproduit la vieille inscription de Santeuil :
« (Juos duro errnis simultitot marmore /Inclus, • llujtu yymphn loci credidit rue »unt. »
« Ces Ilots que tu vois taillés par l'art dans ce marbre si dur. la nymphe de ces lieux les a pris pour les siens. »
Tout ce faste n'était qu'un pompeux mensonge ; pendant vingt ans l'eau de la fontaine des Innocents sufiisait à peine à 1 entretien du. ruisseau; mais, en 1813, quand Paris sentit circuler dans son sein les eaux qu'il empruntait aux rivières voisines, des nappes lim-
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pilles et abondantes retombèrent à larges flots dans les bassins inférieurs ; d'étage en étage elles drapaient l'édifice, et lui donnèrent ainsi son véritable caractère; quatre lions distribuaient au public ces trésors de fraîcheur : ce fut la première fontaine dont Paris put s'enorgueillir; elle fournissait par jour deux mille rnuids d'eau.
Il faut le reconnaître, la balle eut long-temps un aspect repoussant : elle ressemblait à un vaste cloaque, et l'on comprenait difficilement comment d'un endroit dont la vue et l'odeur provoquaient au loin le dégoût, pouvait sortir chaque jour une si grande quantité d'aliments. Les marchandes se tenaient abritées sous de larges parapluies de toile cirée : autour d'elles étaient entassés les objets qu'elles exposaient à la vérité; dans toutes ces dispositions, il y avait quelque chose de si malpropre qu'on se sentait blessé par cette contemplation : c'était un spectacle immonde. Le langage participait de cette grossièreté triviale : il affectait des formes rudes, un accent rauque, des cris odieux et des mots qui n'appartenaient à aucune langue ; c'était quelque chose d'informe et de discordant qui blessait à la fois et le sens et l'oreille; les manières des naturels du pays étaient à l'avenant, et dans ce Paris où florissait la langue la plus polie de l'univers, dans cette patrie de l'urbanité et du goût, la halle formait une contrée exceptionnelle dont l'impudente effronterie et l'âpre ignorance étaient proverbiales.
Kt cependant sous ces apparences qui éloignaient d'elles le reste de la ville, se cachaient les mœurs les plus naïvement pures, les habitudes les plus loyales, toutes ces vertus du peuple si franches et si modestes; cette écorce qui froissait le regard et le contact couvrait le type originel de la physionomie parisienne : la halle l'avait conservé intact et inaltérable; sous ce langage si malsonnant il y avait une expression toujours vraie, toujours animée qui faisait vivre les objets par la parole, et donnait à la pensée et au sentiment une énergie qu'on aurait vainement cherchée ailleurs; sous cette impolitesse des dehors, se voilaient les principes les meilleurs, la bienfaisance et la plus expanwve cordialité. L» halle était de tous les points de Paris celui dont les saillies s'étaient le moins usées au frottement delà corruption; là se retrouvaient des traits pittoresques et des formes vigoureuses qui avaient disparu partout.
Quelques bons esprits furent frappés par tout ce que la halle offrait de piquant à l'étude de l'observation; c'était là qu'il fallait
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étudier le peuple. Ou mit la halle à la mode. Il était de bon goût d'y aller le matin, de se prendre de propos avec les marchandes, et (h* se faire cribler d'injures par les huées de tout le carreau.
11 y eut une littérature des halles ; Vadé y lit des merveilles; pendant long-temps cela remplaça et détrôna la pastorale. Collé, Piron et d'autres eultiu'renl ce genre : le vaudeville et la chanson s'y livrèrent tout entiers ; mais ces petits vers qui enflaient leur voix pour atteindre aux robustes accents qu'ils voulaient copier ne rappelaient pas plus la langue de la halle que les bergères de la comédie à ariettes ne rappelaient les filles des champs. I n jour Vadé, qui se croyait bien fort dans le genre grivo'3, allait à la halle |>our s'inspirer de tout ce qu'il entendrait ; un vinaigrier vint à passer, et sa brouette heurta et faillit renverser un étalage de légumes; la marchande furieuse ne lui dit que ces paroles : c Passe ton chemin, limonadier de la Passion. » Vadé, vaincu et découragé, se retira. L'éponge, le fiel, le vinaigre, la soif ardente et le supplice du Juste