‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 105 sur 214 · I.K MARCHÉ DES INNOCENTS. ."J · texte numérisé non relu

I.K MARCHÉ DES INNOCENTS. ."J

sur le Golgotha, tout cola résumé dans ces seuls mois : * Limonadier de la Passion! »

A celte époque, la population de la halle se partageait en poissardes et en forts, qu'on appelait aussi les forts de la halle. I^s poissardes prenaient leur nom de la vente du poisson, qui a toujours formé la branche principale du commerce de la halle ; les forts étaient les hommes de peine qui portaient les fardeaux; pour ce métier, il fallait être doué de facultés herculéennes.

Une des particularités des mœurs de la halle, c'est que les femmes y ont toujours tenu le premier rang : seules elles font les transactions, les ventes, les achats, tous les marchés ; les hommes leur sont soumis et se montrent dociles à leurs volontés ; presque tous sont dans une position inférieure qui les tient en servage. A la halle les femmes régnent et gouvernent; aussi se sont-elles très orgueilleusement appelées les dames de la halle, comme pour constater leur domination.

Les dames de la halle formèrent long- temps une espèce de corps qui avait ses franchises et ses privilèges ; dans certaines occasions solennelles, et surtout aux naissances et mariages des princes et princesses, elles allaient féliciter le roi et la reine, et offrir des corbeilles de fruits, quelque poisson prodigieux et des bottes de fleurs; elles avaient leur franc-parler, composaient elles-mêmes ieurs harangues, dans le style qui leur était propre, et étaient toujours bien accueillies et amplement régalées. Kilos avaient à l'église leurs fêtes et leurs offrandes; dans toutes ces circonstances elles déployaient un grand luxe.

Durant plusieurs années le costume des dames de la halle fut le déguisement à la mode : on le rencontrait aux bals masqués et dans les carrossées de masques, à peu près comme l'on rencontre aujourd'hui celui des débardeurs. 11 était d'une richesse bizarre. Le jupon et le casaquin rouge, le bonnet et le tichu aux larges dentelles, des bijoux-monstres, des chaînes d'or lourdes et pendantes, des anneaux -géants, le bandeau de velours noir, puis, suspendu au dessus de la ceinture, le portrait du fort dans un large médaillon, les grandes boucles aux souliers, du rouge à toute outrance et des mouches, tels étaient les éléments de cette joyeuse parure, laquelle ne faisait qu'exagérer la réalité de la mise des poissardes, lorsqu'elles allaient le dimanche à la Courtille, à la Hàpée et aux Porche-

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