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Presqu'en faie de la fontaine, vers le milieu, flamboie l'antre de Paul Niquet : c'est le pandœmonium de la nuit de Paris ; là sont les ténèbres extérieures de la misère infâme dans tout ce qu'elle a de plus hideux. Paul Niquet tient à la halle; mais il n'en fait pas partie; nous ne pénétrerons donc pas dans ce repaire qui est la dernière expression de tous les cloaques et l'égoût dans lequel se sont jetées une à une les sentines qui roulaient la fange de la nuit de Paris et que la police a successivement fermées.
Au départ , les jardiniers et les cultivateurs qui suivent la mtone route s'appelent entre eux et se rassemblent au moyen d'une mélopée qui traverse tous les bruits et s'élève au dessus de tous les cris. Ces caravanes que nous avons vues arriver dormant et marchant en bande quelquefois sous la conduite d'un enfant, ces troupes de pauvres piétons qui portaient sur leurs têtes, enveloppés avec les soins les plus tendres, les fruits délicats, les fraises surtout qu'on cache sous un capuchon de papier haut et pointu, se retrouvent avec joie, et tous ensemble regagnent leur gtte. Dans l'hiver, les habitants des collines descendent à Paris et remontent à leurs villages en traîneaux.
La halle sommeille un instant. Dans les nuits d'été quelques jeunes compagnies font la veillée en écossant les pois, les fèves et les haricots; c'est là que se débite la petite chronique galante et matrimoniale; c'est là que se comptent les couronnes de fleurs d'oranger qui se sont vendues dans la rue aux Fers ; c'est là qu'on pèse les bijoux nouveaux et que l'on fait l'inventaire des toilettes nouvelles.
Si le jour vous ramène à la halle, vous la trouverez remplie d'activité, de mouvements et de propos; toutes les avenues sont assaillies par les revendeuses ; vous y entendrez encore les glapissements qui l'ont rendue si célèbre, mais vous écouterez vainement pour saisir un trait : depuis que Ton a tant dit que l'esprit courait les rues, on n'en trouve plus nulle part, pas même à la halle.
Me cherchez pas non plus à les voir ces dames de la halle dont vous avez si souvent entendu parler, c'est un type perdu ; vous apercevrez encore de grosses et grasses marchandes , dorées comme des chAsses et richement couvertes, mais vous ne reverrez pas cette image vraie de l'opulence plébéienne qui a fui avec les parapluies qu'on a enlevés.
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La halle a une nationalité qui lui est propre : sur ses domaines, elle a fait et défait les renommées ; il y a un point d'honneur qui appartient à cette étrange patrie. On vous dira avec un ton superbe : « C'est un enfant du carreau de la halle! »
Il y a aussi à la halle une grande et incorruptible fidélité dans les relations. Les pièces de choix sont religieusement mises de côté pour les pratiques qu'on sert habituellement et dont la clientèle est avantageuse. Les maisons les plus élevées et les plus opulentes mettraient inutilement les enchères sur ce qui a été réservé pour les restaurants fameux; à la halle, Véfour, llummcl, Munier, Véry , Douix et Borel sont fêtés et mieux accueillis qui ne le seraient les princes et les banquiers. Le matin, tous ces grands noms de la cuisine contemporaine se rencontrent à la halle, comme les joueurs à la Bourse : ils se font mille tours et se disputent les beaux morceaux. Quelques gourmets d'élite ne dédaignent pas de faire eux-mêmes leur halle : c'est la plus haute preuve de courtoisie et de bienveillance qu'un amphytrion puisse donner aux convives qu'il a invités.
La halle retrouve dans ses fournisseurs cette réciprocité de dévouement : dans les environs de Paris , dans les vergers , dans les ports de mer, dans les fermes, partout on refusera de céder, même à prix d'or, les denrées destinées à la halle. Il y a des villages des environs de Paris dans lequel les propriétaires de maisons de campagne sont réduits à se fournir à la ville d'œufs, de volaille et de légumes. Sur ce point, les paysans sont intraitables.
A ceux qui accusent le peuple de sentiments impies et irréligieux, nous citerons un fait récent et qui donne à ces insultes un éclatant démenti. Dans les journées de juillet t830, la halle fut le théâtre de combats sanglants : les citoyens morts pour la liberté furent enterrés sur le carreau même de la halle. Eh bien, pendant dix ans, leur sépulture a non seulement été respectée, au point que jamais le moindre débris n'est venu y tomber, mais que chaque matin les fleurs étaient renouvelées avec un pieux empressement.
Nous le répétons, il n'y a plus de dames delà halle ; mais presque toutes ces maisons hautes et étroites qui encadrent le vaste marché , sont la propriété des riches marchandes ; elles ne sont plus des poissardes, ce sont des dames qui rendent le pain licnit à la paroisse, sont palronesses «rétablissements de rharité, ont quitté