‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 112 sur 214 · I.A liOToxnF. M' TEMPLE · texte numérisé non relu

I.A liOToxnF. M' TEMPLE

orienté mi poursuite. Faites bien attention à ces qilîitrr immenses hangars rangés sur deux lignes parallèles, et divisés en cinq arrhes |>our les deux premiers, et en six pour les deux seconds. C'est le marché. Prenons l'avenue du milieu, mais passons vite, et ne jetons pas un regard trop curieux sur ces files d'étalages, rangés par catégories sous le regard des promeneurs. Passons vite, vous dis-je, car au moindre pas, au moindre OOUp d'ceil quêteur qui vous désignerait comme chaland, aussitôt vingt, trente, cinquante voix se croiseraient à vos oreilles, insultant toutes les notes de l'octave, et formant le plus infernal des charivaris. Femmes, chiens, marmots, tutti quanti sortiront de leurs oyons respectifs (nous reviendrons sur ce mot-là) et vous happeront aux jambes, à la gorge, à l'habit, partout où vous êtes saisissante. Une lois empêtré dans

cette chausse-trappe, vous êtes perdu, tn deux tours de main vous voilà dans le labyrinthe inextricable que forme l'intérieur du

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marché. You* vlu -reliez une issue, mille se présentent, et toutes, dans leurs sinuosités perfides, vous enfoneenl davantage au sein de ce chaos. A chaque pas, des doigts crochus s'alongent, jettent le grapin sur vous, et une voix criarde entonne, sans vous faire grâce d'un article, la longue ^numération «les objets, comme neufs, entassés sous vos pieds. — Par ici, monsieur, par ici! de belles redingotes a la dernière mode, — des pantalons à dessous de pied,— ça n'a été mis que deux fois, —ça sort du Mont-de-Piété, — mon bon monsieur, mon joli monsieur, venez on vous arrangera. — Voulezvous troquer votre queue de morue contre un frac à la française?

hésirez-vous un castor, tout poil de lapin, c'est un vrai velours,— louchez-moi ça, — c'est pour rien, — c'est le dernier qui me reste. — I n gilet de poil de chèvre, monsieur, des gants pour bals et soirées, monsieur, ça n'a été lavé qu'une fois, monsieur, c'est blanc comme de la caillée. — Des cols, des cravates, un parapluie, un beau clissoir, monsieur! — Une charmante robe en soie puce, ma belle dame, — des camisoles pour le matin, — donnez-vous la peine de palper ce molleton, c'est à pleines mains, — une duchesse se fourrerait de ça jusqu'aux talons, — ceci vient de la reine d'Angleterre, c'est sa chemise de noces, mademoiselle, elle sent encore l'eau de rose, vous m'en direz des nouvelles. — Achetez-moi cette canote, vous n'en retrouverez pas l'occasion. — De quoi! mais dites donc un prix! — Voulez-vous des cosmétiques, j'ai de l'eau de Ninon pour la peau. — j'ai de la pommade du lion, mon petit monsieur! j'ai do la pommade de chameau, madame, j'ai de la graisse d'ours, j'ai de la moelle de renard, j'ai...

Il y a des esprits chagrins qui prétendent que la vieille Lutcce, à force d'employer le badigeon à haute dose, aussi bien pour recrépir ses mœurs et ses institutions que pour rapetasser ses monuments publics , a perdu le caractère d'originalité qui convenait si bien à son antique origine. Si ces ennemis de la truelle constitutionnelle se fussent promenés dix minutes dans le marché du Temple, cherchant comme nous, à sortir de cette trame serrée de ruelles, de couloirs sombres et de passages qui se croisent dans tous les sens autour de mille échoppes formées de quatre morceaux de toiles, ou de quatre planches pourries clouées sur quatre piliers noircis, -nous aimons à croire qu'ils eussent reconnu sans peine pour une ride des moins fardées ce repaire grouillant, bruyant et

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