‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 130 sur 214 · I.KS BATKLKI-RS · texte numérisé non relu

I.KS BATKLKI-RS

1^ cornac rejette la bête dans le baquet. Kn ce moment de sourds grognements «pii s'augmentent par degrés partent de la cage.

— Holà, holà, Sourika, on y va! s écrie le cornac. Sourika demande son dîner.

11 lève le tapis, et l'on voit accroupie dans un coin de la loge une femme hideuse, éclievelée, nue jusqu'à la gorge, et drapée d une fourrure de poils de lapin ; elle continue ses grognements et sautille de temps à autre sur les pieds et sur les mains. Le cornac lui jette un hareng fumé qu'elle dévore à belles dents.

Madame Pinchonnelle, qui a peur, l'examine curieusement, cachée derrière son mari.

— Tu ne sais pas, mon ami, je trouve que la sauvagesse ressemble à madame Frédéric... tu sais, la garde-malade du cinquième.

— Quelle bêtise!

— Il y a comme une idée.

La femme sauvage se retire en groguaut dans le coin de sa loge.

— Klle ne parle pas? dit M. Pinchonnelle au cornac. — Comme vous voyez, monsieur, la langue de son pays.

I n homme d'un certain âge, mal vêtu, un bocal à la main, preml ta parole à l'autre bout de la baraque.

— Voyez, messieurs, le phénomène curieux. Je suis le père de l'enfant ; il a vécu quelques minutes, à ce qu'a dit le docteur, thi peut se passer le bocal.

Le bocal circule de main en main, on y distingue à travers une liqueur noirâtre un fœtus gros comme le poing et défiguré.

■ — -Tiens, dit madame Pinchonnelle, M. Frédéric... tu sais, le mari de madame Frédéric... qui t'a porté une malle.

— Tu crois?...

—Quand je dis le mari... on dit que non dans la maison... et qu'ils ont leur enfant dans de l'eau-de-vie. . . parle-z-y donc.

— M. Frédéric! s'écrie M. Pinchonnelle d'un air triomphant. Le cornac lui jette un regard furieux; 31. Frédéric lève les yeux,

perd contenance, et venant à lui.

—Monsieur, je vous en prie, ne nous ôtez pas notre pain. Attendez que le monde soit sorti.

Le cornac expédie la foule aussitôt. M. et madame Pinchonnelle attendent dans une stupeur respectueuse. La baraque vide, 31. Frédéric s'approche.

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