‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 131 sur 214 · I.KS HATKI.KI'KS · texte numérisé non relu

I.KS HATKI.KI'KS

— Mande bien pardon, monsieur, madame, mais vous pouviez nous faire avoir une scène avec le monde.

f^i femme sauvage ouvre sa cage, se dresse sur ses pieds, et s'avance en jetant un tartan sur ses épaules.

— Vous m'avez fait une fière suée... c'est pas pour dire... que voulez-vous? les temps sont durs... chacun fait comme il peut... pour gagner sa pauvre vie... Enfin, tant de tués que de blessés, il n'y a personne de mort. . Je vous ai bien reconnus tout de suite... Et du reste, ça vous va bien, monsieur, madame?

M. Pinchonnelle, à qui le costume impose encore, répond avec déférence.

— Mais comme vous voyez...

— Vous vous promenez... vous fait' un petit tour... vous avez ben raison... j'en ferais ben autant... sans mes occupations...

— Ça doit fatiguer, dit sérieusement M. Pinchonnelle.

— N'm'en parlez pas, que j'étrangle 1' poisson me met la

gorge en feu... qu' j'ai, sauf vol' respect, le cœur sur les lèvres .. qu'il n'y a pas à dire, faut l'avaler. . . L'autre fois il me donnait du poisson cru... Au moins, qu'j'y ai dît, donne-moi du hareng saur.

— Je croyais, dit madame Pinchonnelle, que votre état était poulies personnes malades.

— Oui, quand ça donne ; mais par ce temps ici... va te promener... qui s'entend de mon état, j'suis marchande des quatre saisons qu'on appelle... mais pour lors, les jours de fête, v'Ià monsieur qui est le cousin de Frédéric et qui sait parler comme ça au monde... y a conseillé de faire voir 1' petit... Pauv' petit!... puisque le bon Dieu nous Ta donné, vaut autant qu'il serve à quet' chose...

Madame Frédéric essuie une larme. Cependant le cornac s'impatiente et presse une seconde représentation. M. et madame Pinchonnelle voient qu'il faut sortir.

— Si vous avez quett' chose à faire, n m'oubliez pas... à revoir, m'sieu, madame.

M. et madame Pinchonnelle sortent.

— En v'Ià qui est fort, dit la femme.

— Ah ça, en as-tu assez à présent, reprend le mari, voilà la brune, et je ne me sens pas de l'estomac.

— Ni moi. Combien as-tu dépensé?

— Je ne sais pas, mais...

LKfl BATKI.EI RS.

— Ah l>en, ce n'est pas tous les jours féte... — Je voudrais bien savoir si j'ai laissé mon mouchoir à la maison.

— -Veux-tu le mien?...

— Oh» ce n'est pas pour ça. .

— Tu as toujours perdu ton épingle/...

— Ça se retrouvera; mais ma redingote... — Oui, de l'ouvrage pour moi...

— -Et mon pantalon.

— Je donnerais tous tes pantalons pour retrouver l'épingle.. . — Sont-ils Imdauds! ces Parisiens... sont-ils badauds!

K ROCARD Ol'RI.IAC.

DIPLOMATES ET AMBASSADES

far U Comte Charles it OilUoot.

Le* carrosses du roi. — Les diplomate* en serre-ebande. — M. de Tallcyraud. — Deux personnes» <|ni ■»<• le regrettent pas — I*s du roi. — M. Toxzo di Borgo.— Sa disgrâce et, «a mon. — Hisloirr

d« M. le baron Werther.— Le diplomate jaugé. — Pu mot de Louis-Pbilippc — Économie* da baron.

— Étiquette de U cour — Le coït unie. — l.'oniforrae du comte Apponr. — Le* appartement* de» Toilerie*. — De la chaussure du roi. — L* reine. — Un mot de M Pnuo di Borgo. — On tailleur de Londres et un« infante d'Espagne — Le* grands bals.— Les buffets. — Les boxeurs anglais. — M. Atbalin et le canard. — L'ambassade d'Autriche . — La comte »<e Appou\. — l.e comte et la régie. —M. VV'ladaoa — M. Hope — M. de Thor».— L'ambassade russe. — M. le comte Pablen. — Madauir de MeyendorfT. — Les Rolschild. — M. Duponcbel. — L'bdtel du prince Kugène et ses locataires. — M. de H qui boit — M. Serra Oapriola. — Madame Scbickler. — M. de Brignnle-Sale. — Ses gendre».

— M. de Kabricins et un buveur de vin de Chainpaguc. — Scandale historique. — Madame Lehnn.

— Sa beauté et son boudoir. — Le festin diplomatique. — Zerline et don Juan. — Munstgnor («aribaldi. — Reschid-Pacba — Lcird Cowley — Le caamp* dr madame de Liéven.

Quand le jour est venu qu'un ambassadeur doit aller aux Tuileries présenter au roi les lettres qui l'accréditent auprès du gouvernement, sa majesté envoie les voitures de la cour à l'hôtel de l'ambassade, et le nouveau diplomate est en droit, s'il le désire, de monter dans les carrosses royaux, lui et sa suite, pour s'acheminer vers le château . Mais d'habitude il décline cet honneur, et préfère ses propres voitures, lorsqu'il en a.

Toute la science diplomatique est dans ce point d'étiquette, choisi entre mille autres de la même force ; science creuse, échange stérile de politesses préfixées, combats à armes courtoises qui ne signifient rien et doivent ne jamais rien signifier.

Ainsi donc, qu'on ne s'attende pas à trouver la politique embusquée au détour de l'une de ces pages. La politique est autre part que dans la diplomatie ; une ambassade, aujourd'hui du moins, ressemble si l'on veut à une serre chaude où fleurissent les harangues : les faits et les événements poussent ailleurs.

Qu'on nous permette à ce propos de ré|>éter une vérité presque niaise à force d'être vraie, c'est que la diplomatie réelle, peut-être

DIPLOMATES ET AMBASSADE»

bien aussi celle des fêles et de la représentation, est morte avec M. de Tallevrand. On |>ourrait inférer de là que ce démon de l'intrigue fut regretté quelque part, mais on se tromperait. On fut généralement fort aise d'être débarrassé de ce pied-bot dont l'adresse profonde et les grandes manières étaient une épigramme pour tout le monde , pour la noblesse comme pour les libéraux, car un fait reconnu, c'est que M. de Tallevrand demeura plus populaire que beaucoup de tribuns et se montra infiniment plus noble que beaucoup de princes. Il y eut particulièrement deux hommes presque joyeux de la fm de cette carrière politique, si pleine, si savante et si spirituelle, ce fut d'abord S. M. le roi Louis-Philippe, et ensuite M. de Metternich. Le chancelier d'état autrichien, malgré son esprit fin et gracieux, ne pouvait se comparer au prince de Bénévenl, et il en était jaloux. M. de Metternich n'eût été qu'un souss^erétaire d'état où l'ancien évêque d'Autun eût brillé comme minislre; chacun savait cela, et M. de Metternich autant que personne.

Ouant à Louis-Philippe, S. M. fut charmée de n'être plus en face d'un homme dont il fallait écouter les conseils, les suivre quelquefois et ne les dédaigner jamais. S. M. préfère de beaucoup êtrv écouler. Le comte Molé vient de passer douze ans de sa vie à écouter. M. Guizot écoute, quoi qu'on en dise, et M. Thiers n'a jamais fait autre chose. C'est même un de ses principaux talents.

Cette situation toule passive déteint nécessairement sur la diplomatie. Kilo a senti le besoin -d'avoir des oreilles, et, grâce à Dieu, ce n'est pas cela qui lui manque. En conséquence, le roi cause avec les diplomates, et traite avec les cabinets. ïSous verrons plus bas les exceptions.

Il est peut-être bon de dire que le corps diplomatique à Paris, bien que depuis 1830 il ait subi peu de modifications, a vu cependant la retraite de deux ambassadeurs; l'un M. Pozzo di Borgo, tombé dans la disgrâce du czar pour s'être un peu trop donné à M. de Talleyrand, et l'autre M. le baron de Werther.

Le grand tort de M. Pozzo di Borgo est d'avoir trop aimé sa bonne ville de Paris. Il en résulta qu'en 1830 M. de Talleyrand n'eut pas grand mal à lui faire comprendre qu'avec un peu de bonne volonté il s'attirerait aisément la confiance du gouvernement qui se formail, préviendrai! peut-être beaucoup de chicanes el de protocoles, el deviendrai! l'homme nécessaire de la situation. Malheureusement

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