LK MONT-DR-MÉTÉ
Elle couchait dans une petite chambre au quatrième étage, et son unique plaisir était, chaque malin, en ouvrant sa fenêtre, de regarder par dessus les toits les hauteurs de Montmartre qui se dessinaient dans un horizon lointain. \À bas, du moins, il y a des arbres verts, des oiseaux et des fleurs! On danse, on rit, on est libre!... et la pauvre enfant descendait à son magasin, le cœur triste et les yeux baignés de larmes.
Mais un jour elle vit autre chose que les hauteurs de Montmartre et les moulins agitant leurs grandes ailes. Elle vit, dans une chambre située en face de la sienne, un jeune peintre aux longs cheveux, à la barbiche naissante, qui lui faisait des signes fort encourageants.
Adèle, il faut le dire, ferma précipitamment sa fenêtre, mais le .lendemain, la correspondance télégraphique s'organisa, mais des lettres volèrent bientôt d'une chambre à l'autre, mais on apprit que le jeune peintre s'appelait Paul, mais on finit par si bien s'entendre que, huit jours après, Adèle était dans la chambre de Paul, souriant et croyant à mille serments d'un amour éternel.
On avait envoyé la jeune fille en course à midi sonnant et ce fut seulement le soir qu'elle songea qu'on devait l'attendre à son magasin. Alors elle pleura; Paul sécha ses larmes avec des baisers et s'écria fort étourdiment : — • Allons au bal!
A celte proposition , les yeux de la jeune fille étincelêrent. Un bal et un bal masqué ! C'était pour elle quelque chose de fantastique et d'étourdissant, un conte des Mille et une Nuits, un rêve, dont elle n'avait jamais cru la réalisation possible.
Le jeune peintre n'avait que cinquante centimes dans sa poche... N'importe, il n'y avait pas moyen de s'en dédire!
Le Mont-de-Piété voisin vit arriver la garde-robe tout entière de Paul. Cette garde-robe lui valut à peine de quoi suffire aux deux tiers des frais; mais la soif du plaisir rend ingénieux. 11 restait à Paul les habits dont il était couvert ; Adèle avait une toilette assex jolie... Bref! on laissa les costumes de ville en nantissement des costumes de bal , et les deux amants se firent descendre, un quart d'heure après, sous le péristyle de l'Opéra.
La soirée hit charmante. L'orchestre de Musard enflammait nos jeunes têtes, et les faisait tourbillonner dans un atmosphère enivrante.
Mais, le lendemain, il se trouva que les glaces, les rafraichissc-