‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 15 sur 214 · I. HUMMK M LETTRES MAIIKOX · texte numérisé non relu

I. HUMMK M LETTRES MAIIKOX

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terminée, le jeune homme se hâte «le se rendre chez son illustiv collègue.

Après les compliments d'usage, mais beaucoup plus prolongés t elle lois, parce que le nouvel auteur ne veut pas Aire en reste avec son collaborateur, on arrive au |>oint important, à la lecture de la pièce. Le jeune homme est bien impatient de connaître tous les changements avantageux qu'elle a subis.

L'homme de lettres marron prend le manuscrit, s'étend dans une bergère, et va copimencer la lecture de l'ouvrage, après avoir toussé plusieurs fois pour que sa voix ait toute sa plénitude... niais au moment de lire, il s'arrête en disant :

— D'abord, mon cher ami, je dois vous dire que j'ai changé le lilre de notre drame.

— Ah! vous le trouviez donc mauvais?

— Pas mauvais précisément, mais lorsqu'on |>eut en trouver un plus heureux, il faut le saisir... Savez-vous, mon cher ami, qu'un bon litre est déjà la moitié... les trois quarts d'un succès...

— Je ne doute pas que ce ne soit avantageux, surtout quand la pièce tient ce que le titre promet...

— Il n'est pas question de tenir... on lient si on peut! le principal r'osl de promettre. Mais un titre original est une bonne for-

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tune... ainsi je connais des hommes de lettres... des auteurs de beaucoup de talent et qui ne font pas autre etiose que de chercher des titres de pièces ; quand ils en ont un , ils vont le porter à un autre auteur qui a l'habitude décrire, qui fait ce qu'on appelle le gros de l'ouvrage. I n troisième revoit le scénario, et trouve de fortes situations ; un quatrième jette de l'esprit dans tout cela... Si on a besoin de gaité, on cherche un cinquième collaborateur, mais ordinairement cela n'a pas besoin d'être amusant, et voilà une pièce faite , et un auteur qui touche son quart parce qu'il a trouve un titre.

— C'est beaucoup de se mettre quatre pour faire une pièce!

— On en a fait à cinq, à six... Je ne serais pas étonné que l'on formât une société par actions pour la confection d'une pièce de théâtre.

— Mais venons à notre affaire. Ma pièce s'appelait : la Bergèic de la Forêt, je croyais ce titre assez joli.

— 11 pouvait aller; mais celui que j'ai trouvé est bieu plus original! bien plus piquant. J'appelle notre pièce : la Forêt de la Bergère. Hein ? qu'est-ce que vous dites de cela...

— C'est le titre retourné.

— Oui, retourné! mais quelle différence!... quel changement énorme dans ce renversement de mots... la Forêt de la Bergère!... < ela promet une foule de choses que tout le monde sera curieux de voir.

— Effectivement cela promet tant que... enfin... veuillez lire, je vous écoute.

Le jeune auteur n'est pas enchanté du changement de titre de sa pièce. L'homme de lettres marron reprend le manuscrit et commence :

— Personnages : le comte Arnold de Montournal... Vous aviez mis simplement : le comte de Montournal; j'ai ajouté Arnold, c'est bien mieux... cela donne plus de noblesse à ce personnage... Je

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poursuis : le baron d'Apremont... Vous aviez mis d'Aprerille... j'ai trouvé qu'un nom finissant par ville c'était bien doux pour un traître, au lien que mont! c'est ronflant» c'est plein... cela résonne bien à l'oreille... Je suis très content d'avoir trouvé Apremont... cela m'est venu un soir tout en jouant au wisk... Je poursuis : Adèle Dorgerille... Vous aviez mis Adèle Dorgcmont ; j'ai trouvé que ce mont était bien dur pour une femme... et surtout une amoureuse... les amoureuses an théâtre sont rarement dures... Dorgeville c'est plus coulant, plus doux. Je |>oursuis : Bernard, intendant du château. Vous aviez mis Dubois... Dubois est beaucoup plus commun... on trouve Dubois dans toutes les anciennes comédies... c'est un nom usé; au lieu que Bernard n'a été que très peu employé. Je poursuis : AlUiin, jardinier... C'est le nom que vous aviez mis... je n'y ai rien changé... Atlain n'est pas mal... nous laisserons Allain. Je poursuis : Fanchonnctte, bergère... Ah! vous devez remarquer ici un grand changement : ce n'était que Fanrhettc. aujourd'hui c'est F ane bonnette ! ... c'était bien important, pour notre principal personnage... une syllabe de plus c'est essentiel... Voilà tous nos personnages... Ah! vous aviez mis aussi deux domestiques du château; j'en ai mis quatre... Ma foi, je me suis dit : Quatre domestiques feront nécessairement plus d'effet que deux, et cela ajoutera à la mise en scène.

Le jeune auteur a fait une légère grimace en écoutant les changements faits aux noms de ses personnages. I.e marron s'essuie le front et entame enfin la lecture de la pièce.

I*s trois premières scènes sont absolument telles que le premier auteur les avait écrites; mais arrivé à la quatrième, celui qui lit s'arrête en disant :

— Ici j'ai fait un changement. Vous aviez mis : /> baron sort par la droite; moi, j'ai mis: ls, baron sort par la gauche! Cela fera beaucoup mieux, parce que à droite nous avons un arbre, et en partant très précipitamment , le baron aurait pu se cogner contre i. H

loi;

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