‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 158 sur 214 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Tel est le dénombrement des forces de la Phks.sk, le mol adopté pour exprimer tout ce qui se publie périodiquement en politique et en littérature, et où l'on juge les œuvres de ceux qui gouvernent, et de ceux qui écrivent, deux manières de mener les hommes. Vous

MOKOURAIMIIK l>K LA l'KKSSK PAHISIKNNK.

avez vu les rouages de la machine ; quant à ta voir fonctionnant, ce spectacle est un de ceux qui n'appartiennent qu'à Ixmdres et à Paris : en dehors de Paris, on en sent les effets; mais on n'en comprend plus les moyens. Paris est comme le soleil, il éclaire, il échauffe, mais à distance. A trente-deux kilomètres, le diplomate le plus habile en est réduit à des conjectures sur l'essence de cette lumière. I,e soleil est peut-cire aussi, comme la Presse, une grande écumoire?

La Presse de Londres n'a pas sur le monde la même action que celle de Paris : elle est en quelque sorte spéciale à l'Angleterre qui porte son égoisme en toute chose. Cet égoisme doit s'appeler patriotisme, car le patriotisme n'est pas autre chose que l'égoïsme du pays. Aussi doit-on faire observer l'immense différence qui existe entre les journalistes anglais et les journalistes français. Vn Anglais est Anglais d'abord, il est journaliste après. Le Français est avant tout journaliste, il n'est Français qu'après. Ainsi, jamais les journaux anglais ne commettront la faute de donner les secrets de leur cabinet quand il s'agil de recueillir un avantage quelconque au dehors ; tandis que pour avoir des abonnés, le journal français bavardera sur les arcanes politiques, il a pour base cet axiome.

AXIOMI-:.

Pour le journaliste, tout ce qui est probable est vrai.

Et c'est à qui dévoilera les plans du cabinet. Abd-cl-Kader a dit naïvement : Je n'ai pas de meilleurs espions que les journaux français.

Hier, un journal prétendait que l' Angleterre et les Etats-t'nis, ont des droits de propriété sur les lin Marquises antérieurs à la prise de possession par la France, et il s'intitule le .National.

Entre les chances d'une chute et la liberté de la presse, Napoléon n'a pas hésité.

Certes, il eut été facile de vous peindre les hommes de la Presse et leurs mœurs, de vous les montrer dans l'exercice de leur prétendu sacerdoce ; mais les choses ont paru plus curieuses que les hommes. Aujourd'hui cette maladie chronique de la France s'est étendue à tout. Elle a soumis à ses lois la justice, olh* a frappé de terreur

MONOGRAPHIE 1>K LA l'KKSSK l'AHISIKKNK.

le législateur qui peut-être eût regardé la publicité comme un supplice plus cruel que toutes ses inventions pénales. Elle a soumis la royauté, l'industrie privée, la famille, les intérêts ; enfin , elle a fait de la France entière une petite ville où l'on s'inquiète plus du ijaai dira-t-on que des intérêts du pays.

Le nombre des lévites de cette divinité moderne n'excède pas un millier. 1^ moindre d'entre eux est encore un homme d'esprit, malgré sa médiocrité qui n'est jamais que relative. Pour que rien ne manque aux singularités de la Presse, il s'y trouvait deux femmes et deux prêtres; aujourd'hui, il n'y a plus qu'une femme et un prêtre : deux robes!

Peut-être les abonnés sont-ils plus inexplicables que les journaux et que les journalistes. Les abonnés voient leurs journaux changeant de haines, pleins de bienveillance pour tels hommes politiques contre lesquels ils faisaient feu tous les jours, vantant aujourd'hui ce qu'ils dépréciaient hier, s'alliant avec ceux de leurs confrères qu'ils boxaient la veille ou l'an dernier, plaidant des thèses absurdes, ils continuent à les lire, à s'y abonner avec une intrépidité d'abnégation qui ne se comprendrait pas d'homme à homme.

La Presse, comme la femme, est admirable et sublime quand elle avance un mensonge, elle ne vous lâche pas qu elle ne vous ait forcé

HONOGRAPHIK DR LA l'HKSSK PARISIENNE.

d'y croire, el elle déploie les plus grandes qualités dans cette lutte où le public, aussi béte qu'un mari, succombe toujours.

AXIOMK.

Si la Presse n'existait pas, il faudrait ne pas l'inventer.

En effet, il y a, dans les événements humains, une force supérieure que la discussion, que le bavardage de l'homme — imprimés ou non — ne peut pas enrayer.

Pour subsister, le gouvernement actuel devra se sauver par deux lois, là où Charles X a péri par deux ordonnances. Et ces deux lois seront probablement votées à de grandes majorités dans les deux Chambres.

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