LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS
P«r itibixu Soulir.
Ui l.li.iiuiirt' toimilrrr-)' ciium»- b*ti»»e («eu monumentale. — L'extérieur, l'intérieur. — Coup é'atl de l'beiniciclc.— Muutui'e di«po»ilion do banc des tnini»trr». — De lalnence île tout costume officiel. — Un* bille«c»ée «le l'oppcMlion. — Le» couloir», le* corridor», la »all< do» Pa» -Perdu», la buvette. — Do député considère comme créature multiple — Ue l'ari»tocr;.tie do verutin — Croqui». — L* virai pu k'ofpoMT.o» — Ijt radical.— Le mécontent consciencieux . — Le député ami- Algériesi. — Papillon, noir», cauch.»mar* et ré»crie» de lanti- Algérien. — L'ennemi de» gen» de lettre». — !* pou. Tendeur de» fonctionnaire-» public» - Lt oiroT» «ijwimil. - -Le ininiatéhel honteux — Le» rat» do miui.tére.— L#- liant minUtériel. — Le minitlériel féroce. — \jr ininUleriel menaçant — Voi* ilevouéV» j<iM|u'a l'enroueiueiit. — \* uiini»teriel adiniutttratif — La ofrerc iiDiti'ittit — Trou ■ iiterpcluation» de l'aaleur. — Ou '-t !•■ députe indcpriMUiut ? — L'auteur découvre le député tudependant. — Axiome final i l'uvage de* électeur».
Kst-ee le monument que vous voulez connaître? Non, nssur»'ment : et d'ailleurs ce serait une assez sotte connaissance à (aire. Comme monument d'art, la Chambre des députés est déplorable, l'ne façade de temple grec collée sur un hôtel du xvir siècle, si tant il est que les temples grecs eussent une façade comme celle-là. Dans ces deux morceaux de maçonnerie on a pratiqué la salle des séances, énorme hémicicle, dont le diamètre est occupé par le fauteuil du président; à droite et à gauche de ce fauteuil, les pupitres des secrétaires de la Chambre, et des secrétaires -rédacteurs. Au dessus du fauteuil et des pupitres, la tribune où l'on monte par deux escaliers latéraux, et qui est en saillie sur ce vaste mur mal orné à droite et à gauche de tableaux qui sont sans effet.
A dix pas de la tribune, commence une suite de demi-cercles de pupitres, de bancs et de couloirs ainsi disposés : 1" pupitre ; 2° banc : .1° couloir, ainsi jusqu'au tiers à peu près de l'élévation de la salle, et atteignent le mur semi-circulaire. Là, s'élève une colonnade où se trouvent les tribunes de la diplomatie, des pairs, du conseil d'État, des journalistes, de la garde nationale, et plus haut celle du public.
Tout cela est garni de lapis qui, s'ils ont l'inconvénient d'assoura. 27
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iiir la voix de l'orateur, ont l'avantage d'éteindre un peu le bruit des conversations particulières, et des allées et venues perpétuelles de messieurs les députés.
Le banc des ministres est le premier, à partir du pied de la tribune et en face d'elle. 'Cette disposition les sert, en ce qu'ils sont plus à portée d'entendre quand ils écoutent, et de monter à l'assaut de la discussion quand il en est besoin ; mais, comme toutes choses de ce monde, elle a son côté défavorable. Les jours de vote, les grands jours où les majorités chancelantes font trembler les ministres sur leurs bancs, ils ne peuvent surveiller cette armée qui les * suit, et dont les premiers rangs leur voilent les rangs éloignés. Tandis que si le ministère était aux bancs supérieurs, il aurait tout son monde sous son regard, sous sa main, sous sa férule; il jugerait de l'accord de ces terribles assis et levés qui, bien exécutés, saisissent le bureau par leur vive spontanéité, ou le laissent indécis par l'indolence des votants.
Quant à l'aspect général de la Chambre dans ses plus belles réunions il est triste, sec, râpé. I.'absenee du costume en est la pn-
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mière cause. Jl est entré dans l'esprit de quelques députés de l'opposition qu'un costume pour le député, comme il y en a uri pour le juge, pour le général, "pour l'avocat, pour le préfet, etc., serait un attentat à la liberté : et l'on considérerait aujourd'hui la proposition d'un costume pour un membre de la Chambre comme une plate courtisanerie, et la proposition faite par le gouvernement comme une violation de la Charte.
Cette billevesée a pris la consistance d'un principe dans l'opposition. Peut-être est-ce parce que le principe de l'opposition a la consistance d'une billevesée.
Toujours est-il qu'il résulte de ce sans façon imité de l'Angleterre, quelque chose de pauvre, de laid, de mesquin, fort peu en harmonie avec les instincts d'un peuple pour qui l'éclat, le grandiose, la pompe, ont un attrait irrésistible.
Serait-ce que nos députés ont la prétention de refaire les instincts naturels du peuple français; alors il faut qu'ils changent son sang, son ciel, son climat. On ne refait pas le caractère d'un peuple, on l'exagère dans ce qu'il a de mauvais, on l'amoindrit dans ce qu'il a de bon, mais on ne lui fait pas prendre les gonts et les passions d'un autre peuple.
Mais nous ne sommes eucore qu'à ce qu'on appelle en français législatif : Palais de la Ciiamiirk des hkwtés. Et bien, pour arriyer aux tribunes de cette salle (à ce qui appartient au public des séances) il faut passer par des escaliers en bois et des corridors blanchis à la chaux qui feraient honte aux plus misérables théâtres de la banlieue.
Le reste, ce qui est les coulisses de la Chambre, est mieux entendu, car c'est le public qui |>aie et les députés qui usent. La salle des Pas-Perdus est belle, celle des conférences de même; les bureaux sont largement chauffés et tapissés, et la buvette a des agréments que ne présentent .point les soirées officielles des ministres, où il n'y a jamais rien à boire ni à manger.
Mais en vérité, et je crois ne pas me tromper sur ce que désire le public dans un livre pareil à celui-ci, il ne s'agit pas le moins du , monde de lui raconter le nombre de pièces de ce palais interminable, logé dans un vieil hôtel, dans ses communs, dans ses écuries, partout. Il désire surtout connaître la Chambre même, c'est-à-dire le député.
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Or, le député est un être multiple, divers, difficile à saisir el à faire poser, et quoiqu'il ne fasse pas autre chose six mois dp l'année sur la table de marbre où il concourt de tous ses poumons à quelque chose qui s'appelle le gouvernement représentatif, I» France n'en a pas une idée certaine, intime, véridique.
Assurément, nous n'avons aucune prétention à saisir dans toutes ses variétés la race des députés, mais nous essaierons d'en esquisser quelques espèces.
Sans doute, il faut être bien hardi pour porter le crayon sur ces. Pérès de l'État, et les rabaisser au niveau d'un drame et d'un roman en les soumettant à la critique du feuilleton, car ceci ressemble beaucoup à un feuilleton, l^ur superbe s'en révoltera, car vous ne pouvez vous imaginer quelle fierté aristocratique s'empare d'un individu, s'appelàt-il Jacques, Thomas, ou tout autre chose, le jour où deux cents, cent, ou quatre-vingts électeurs lui ont dit : — Tu es député.
La grande aristocratie de l'ancienne monarchie ne se carrait pas avec plus de solennité sur ses antiques souvenirs, que cette olvgarchie de deux jours sur son scrutin.
Ce caractère général d'importance se manifeste cependant d'une façon si diverse, que nous en donnerions une fausse idée à nos lecteurs, si nous voulions le généraliser. On le retrouve partout : mais sous des couleurs si nuancées , qu'il nous semble nécessaire de peindre d'abord les variétés du genre, en nous réservant de généraliser ensuite.
Nous commencerons cette importante nomenclature par ce qu'on est convenu d'appeler lk député de l'opposition. Nous passerons ensuite au député ministériel, et enfin au dépité indépendant, chose fort rare et si exceptionnelle , que c'est par respect pour la France que nous en parlerons.
Ce n'est pas tout que d'être député > encore faut-il avoir une opinion.
I.a plus facile à se donner, c'est de ne pas penser comme le gouvernement, quoi qu'il fasse ou quoi qu'il dise.
Cela bien résolu et hardiment exécuté, on est député de l'opposition , et l'on a une des existences les plus considérables et les plus considérées de la société française.
D'abord, le métier est des plus aisés, car il n'est pas besoin de
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Ix',iu< oii|i d'esprit pour y réussir; blâmer tout, nier tout, insulter à tout : en politique comme en littérature c'est le but des impuissants; mais ce n'est pas ainsi que le considère le public: il donne volontiers au député de l'opposition toutes les vertus que celui-ci dénie à ses adversaires, et lui croit toute la capacité qu'il refuse aux hommes du pouvoir.
D'une autre part, il y a un bruit fort accrédité parmi les électeurs, c'est qu'un député de l'opposition ne sollicite ni pour lui ni pour personne de sa famille ; que l'idée de passer devant la cuisine d'un ministre lui donne une indigestion, et que la seule proposition d'une place appointée le porterait aux dernières extrémités. Il en résulle que la grande nation se croit obligée de dédommager le député de l'opposition du crédit et de l'argent qu'il méprise; mais encore elle le récompense en popularité, en concerts, en dîners d'ovation, où l'honorable porte un toast motivé, après quoi l'Europe applaudit.
Il ne faut donc pas s'étonner si le métier est si couru; il l'est tellement, qu'il y a embarras, encombrement, rt que le jour où
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l'opposition cueillera ces raisins du pouvoir, aujourd'hui trop verts et bons pour des goujats, il y en aura à peine un grain pour chacun de ces appétits aiguisés par une longue privation.
Mais en attendant cette grande transformation, nous devons les saisir au passage, bien assurés, toutefois, que nos portraits ne manqueront jamais d'originaux, car le jour dû le député de l'opposition deviendra député ministériel, le député ministériel deviendra députe de l'opposition, et ceux-ci seront comme ont été ceux-là, et ceux-là seront comme ont* été ceux-ci ; — vous pouvez en être sûr.
Commençons donc, et plaçons en première ligne le député de l'opposition radicale.
Avant d'aller plus loin, permettez-nous de vous faire remarquer que le mot radical ne signifie pas ici, comme dans le baragouin politique, un homme qui a des opinions démocratiques très avancées. Député de l'opposition radicale veut dire celui qui trouve tout absolument mauvais, funeste, intempestif et antinational. Ce député est toujours, toujours, vous entendez bien, un avocat, ce qui constitue un être doué du don pernicieux de parler sans cesse à ton et à travers de tout, sur tout, pourël contre tout.
Cet avocat est un homme de quarante à cinquante ans, proprement
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habillé, légèremen* ventru, presque distingué quand il ne parle pas, pétulant dans les salons où il passe pour homme d'esprit, galant, quêtant du tabac dans la tabatière de tous ses voisins, et doué de cette physionomie indélinissable qui tient, du renard et du mouton, qui a quelque chose d'ouvert et d'astucieux, d'important et d'humble, et qui ne va qu'à l'homme qui a juré de défendre généreusement la veuve et l'orphelin, et qui tire au dernier écu du client.
Fatigué de plaider d'assez piètres affaires au barreau, il s'est résolu à se faire homme politique, et comme au parlement le parlage est la plus éminente des qualités, le parleur a été élu, ni plus ni moins que si c'était un homme d'état ou un orateur.
Du reste, à l'exception des affaires du pays, on ne remplit pas mieux son mandat que ne le fait le nouveau député : il parle sur les finances, sur la marine, sur la guerre, sur les travaux publics, sur le commerce, sur les beaux-arts... Mais l'endroit où il triomphe, ce sont les affaires extérieures. Il assigne à court délai le ministère de lui donner des explications; et le jour venu, le voilà qui s'établit a la tribune remuant au gré de sa parole spirituelle et profonde. comme dit son journal, les- quatre ou cinq parties du monde. Il pousse l'Occident sur l'Orient , le Nord sur le Midi, traite du colosse du Nord, de l'innocente Isabelle, de l'alliance anglaise, foudroie Nicolas, pince don Carlos, sermone M. de Metternich, écorche la Prusse, admoneste le pape, montre que la France est descendue au dernier degré des nations, et conclut que le ministère est stupidc et antinational, — ce qu'il eût pu dire tout de suite comme (^aton criant à tout propos : Delenda est Carthago , car c'est le fond de tous ses discours, comme goddem est le fond de la langue anglaise, selon Figaro.
Prenez-bien garde à ce gaillard, hommes de tous les partis, préparez-vous à le combattre à quelque époque que vous arriviez au pouvoir, car vous serez alors pour lui ce que vos devanciers auront été.
Mettez le côté gauche au ministère, mettez-y les carlistes, le tiers parti ou les doctrinaires, mettez-y la république, il est contre tout cela, car il n'est que pour lui; et comme personne n'en veut, il est tout simple qu'il soit contre tout le monde.
11 est à lui tout seul, le patriotisme, la capacité, la sagesse, la