‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 163 sur 214 · I.KS CAMJHfcHS DK l.A SEINK · texte numérisé non relu

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poussa lu dame Binette, exaltée, du reste, |>ar les conseils de Pinchon.

Dès le matin du dimanche, Berlinguot et Gustine s'acheminèrent chez Hédouin, un caharel du pont Notre-Dame, près duquel était amarré le Peau- Marin. I>es quatre canotiers de Berlinguot s'y trouvaient déjà en costume d'ordonnance. L'uniforme d'un canotier, qui a quelque estime de lui-même, se compose d'un cotillon en grosse toile à torchon, nommé la salopèle : le canotier qui se permettrait de faire laver cette partie de son costume serait déshonoré à tout jamais. Vient ensuite le bourgeron de laine appelé la vareuse, et enfin le loquet , sorte de coiffure qui a pour effet de ne garantir ni du vent, ni du soleil, ni de la pluie, et qui doit à ce triple avantage la faveur universelle, l/un des quatre équipiers de Berlinguot. commis-fleuriste comme lui, dans la rue Saint-Martin, avait un air sombre et taciturne qui ne lui était pas habituel; nous saurons tout à l'heure pourquoi. Pour Berlinguot, il était radieux.

m Ohé! les équipiers du feau-Marinl s écria-t-il en sautant dans la barque, attention à la manœuvre! Range à hisser la voile! Nous allons, s'il vous plaît, cingler bâbord amures! Ça sera chouetmar!! Haut lesavirons! une, deux, ensemble! Enlevé!!... Mille noms d'une pipe, fais donc attention Gustine, v'iàton crêpe de Chine qui plonge comme une voile de beaupré déralinguée : hisse-moi ce torchon , bichette, c'est pas de la manœuvre.... Hé, vous autres, est-ce que vous prenez ce bateau de blanchisseuses pour rétablissement du père Jambon, par hasard? Tonnerre! nage à tribord! nage donc! Ah ben oui, v'Ià le battage en plein ! C'est du bel ouvrage!... Faites pas attention, mère Crépu, faites pas attention, je vous prie, c'est hy eau-Marin qui louvoie... Il louvoie crânement ce pauvre cher veau... Allons, mère Crépu, un coup de main et le tour est fait, tire/ sur tribord, là, comme ça, bravo!... Et maintenant, chers équipiers de mon cœur, huions vivement sur le bras du vent... Gustine, passe-moi ma bouffarde et range à me hisser un verre de (il en quatre... Au revoir, munie Crépu, bien des choses de ma part à votre matou, et embrassez pour moi votre pivoine !

Cil instant après, le Veau-Marin , poussé par une jolie brise nord-ouest, avait franchi le pont d'Austerlitz et cinglait vers la Râpée.

Custinc, pendant ce temps, étudiait des poses de nymphe marine

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sur l'avant de l'embarcation, et continuait, malgré les avertissements de Berlinguot, à livrer les plis vaporeux de son scliall aux caprices du nord-ouest, jugeant que cette ondoyante draperie, qui s'arrondissait par moment au dessus de sa tête, devait donner à sa petite» personne un caractère de beauté passablement mythologique.

On ne sait peut-être pas ce que c'est qu'une canoiière. Gustine était canotière depuis la semelle de ses brodequins jusqu'à la pointe de ses cheveux noisettes, lue canot ière est une femme-libre qui IkhI du grog américain et fume des cigares de Manille. Klle permet que l'on jure en sa présence. Pendant une traversée, elle pèche des goujons à la ligne, fait des ealembourgs et chante des romances de Loisa Puget. S'il s'élève une contestation sur le mérite d'une pipe culottée, elle daigne départager les voix. Dans un gros temps des canotiers et les canotières naviguent de préférence parles gros temps), c'est elle qui conseille la première de ust/uer te bouilion, c'est-à-dire d'attacher au bordage tout ce qui peut tomber a l'eau, et «le déployer la voile jusqu'au dernier des lis. Si l'on rapotr, elle compte sur son jiq>oiierinoliue, pour hier à la dérive jusqu'au prochain rivage. C'est une femme forte, femina forli.%.

Cependant le Peau-Marin pinçait joliment le nord-ouest et l'un de ses rameurs s'obstinait plus que jamais dans un inquiétant silence. Nous avons promis de dire pourquoi.

Canotiers! s'écrie tout a coup Berlinguot, si nous allions prendre un renseignement à cette seule tin de nous allumer un peu?

Prendre un renseignement, c'est aller boire un petit verre daus une cambuse de Bercy, appelée les Renseignements. Pourquoi ce nom? C'est ce que nous allons expliquer.

En dépit de la grimace de Gustine, qui sait que les deux cabaretièresde la cambuse sont assez pimpantes, le gouvernail tourne lentement à bâbord, et l'on touche bientôt à la berge; mais en arrivant Berlinguot lilehe un juron farouche, car ta Ru (fuie est amarrée au rivage, et le cabaret, malgré l'heure matinale, retentit déjà de rires et de cris de joie... Berlinguot déclare alors qu'il descendra seul.

lue dizaine déjeunes sauvages en manches retroussées, en chemises bleues et en salo/ule, sont assis à l'entrée de la cambuse, «'égosillant à demander du vin a quinze et du lard aux choux. L'un est élève en médecine, et joint à l'étude de la pathologie un cours approprié au culottage des pipes Mges. L'autre est rapui cli»z

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M. Delaroche, et prélude aux grandes composi lions historiques par In culture d'une barbe qui eût fait rougir celle du juif-errant. Celuici passe quatre heures par semaine au ministère de la justice à tailler des plumes <M à composer des vaudevilles pour Jlobino. Celuilà n'a d'autre voration connue (jiie celle de briller à la Clumm 'un , de faire jnrer le pèm /.alun et de molester les municipaux. Tous sont de bous enfants <|iii aiment à ne rien (aire que ce qui leur plaît, et à ipii la bière de Strasbourg , h' carambolage par les quatre bandes, la gilefière en chambre, le vu pond et le canotage plaisent assez généralement.

Parmi eux, il v a un luron qui crie plus fort que les autres, et une femme (pii éclate à chaque instant d'un rire fiévreux et saccadé. Le jeune luron, c'est le commis de blanc, capitaine de la /id/faU:, et la femme, c'est madame Binette, fabricante de llcurs. O amour!

Après les parfums des eaux de Marne et la friture de goujons, ce que le canotier préfère, c'est de chanter. Lorsque Ilerlinguot s'avança vers l'entrée de la cambuse, trois «les membres de la sociélé- Pinchon roucoulaient un elfrovable trio, détonné sur trois airs différents, avec la plus aimable indépendance, sans qu'aucun des chanteurs s'occupât précisément de ce que beuglait son voisin.

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Oiiamt l'on enU-ml un hranlf bav ."Vous plions trois bon-, plies

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On' If |>«v r' Jambon rrfarrwrhe On'en ferions nous '

S lais*!» tomber dans «a fritnrf, J'nion* <Jf botirçs <n villes

l.e pff|iiin i|ui s' promén |>ar là Toujours liifii boire et bien manuel.

Ksi rnnvainpii. s'il n' lo voit pas. Jamais pa>er

On' de* canotier* très distingues Zisi, /isl. el /on et IM :

sonl rti iram «I prend' leur iimirni i:.»i un jkhjT. raiti jiipl.m

i i «l'i.iiu ni nu \ m;m mi.m Sur un ;ur <tr- w/e |

\ avait un rbef de division l'oit fotini) dans l'histoire On'ainiait pas m^l If cotillon l.( disait après boire remn;e, voulez-vous rpn»uvei Si j'ai serre n<u jni iflif n-, J'ai d'i bon l.ib.o Dans ma tabatière, en- , ete,

- Tiens, liens, se dit tout a coup h rapin tic M. Delaroche «pi'estM-e que j'apeive<i.

Ilerlinguot a\ail elïe< Itventeni passé de\anl la table des buveurs. a. 30

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