L HOMME DE L ET THES MARRON
Hein ?... j'espère que cet à parte dit tout... el en même temps ne dit rien, ce qui a le grand avantage de laisser l'intérêt en suspens.
Le pauvre débutant continue de garder le silence. Il ne s'attendait pas à tout ce qu'il entend. Le marron achève la lecture du drame ; les changements qu'il a faits dans la dernière partie de l'ouvrage sont de la même force que les précédents. Ainsi, dans un endroit il a mis : Je vous hais à ta mort ! au lieu de : Je vous déteste. — Périssons tous L?s deux, à la place de : Mourons ensemble. Enfin, il a biffé plusieurs ah ! pour y substituer des oh ! et des grand D ieu ! pour des juste ciel !
Voilà cette besogne qui lui a coûté un mois de travail et dont il rst si fier. Lorsqu'il a fini de lire, il s'attend à des éloges, a des remerciements de la part de son jeune collègue ; mais celui-ci garde un morne silence : il est stupéfait. Cependant il prend son parti en s*» disant : Enlin, pourvu qu'il nous fasse jouer... c'est le point principal ; et il a dit que cela irait tout seul !
L'homme de lettres marron se fait fort d'avoir bientôt une lecture. II est lié avec tous les directeurs, avec tous les acteurs en renom, avec toutes les sommités littéraires.
Trois mois s'écoulent pendant lesquels le jeune auteur a été toutes les semaines chez son collègue, en lui disant :
— Eh bien ! notre lecture ?
— Ce sera pour ces jours-ci la semaine prochaine ça ne
pria pas manquer... Ils m'ont dit : Nous sommes accablés de lectures;... mais nous vous ferons passer avant les autres. I n peu de patience; je vous écrirai.
Le jjauvre débutant s'en retourne en se disant :
— Voilà bien long-temps que nous devons passer avant les autres!... Les autres devraient cependant nous pousser.
Enfin la lecture est obtenue. 1^ grand jour est venu ; le jeune homme va trouver son marron, pour lequel il sent renaître toute sa
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confiance, parce que celui-ci en a prodigieusement eu lui-même, el ne cesse de ré|)éter :
— C'est une affaire arrangée.... C'est reçu d'avance.... Cela ira tout seul. C'est moi qui lirai.
Le jeune homme, qui n'a pas été satisfait de la manière dont son collaborateur lui a lu leur ouvrage, dit timidement :
— Mais si vous aviez voulu... j'aurai pu lire... J'ai assez de chaleur.'...
— Vous!... Oh! ce serait du joli... vous qui n'avez pas l'habitude de lire devant des directeurs! Cardez-vous-en bien. Ce n'est pas de la chaleur qu'il faut jxuir lire une pièce : c'est du calme, du sangfroid ; en un mot , il faut ménager ses moyens. Fiez - vous h moi.
On se rend chez le directeur. Le marron présente son jeune collègue comme un débutant dans la carrière dont il veut bien encourager les essais. Le débutant se borne a saluer gauchement; il se sent tellement ému, son cceur bat avec tant de force, qu'il n'a pas la force de parler. Kntin la lecture commence : le marron lit la pièce parfaitement mal ; il ménage tellement ses moyens qu'il n'en montre nulle part; niais le jeune auteur espère avoir mal entendu, mal jugé son collègue.
La lecture terminée, le résultat va tout seul en effet : la pièce est refusée à l'unanimité.
Le jeune auteur est consterné ; il fait de tristes réflexions sur son association dramatique. Quant à l'homme de lettres marron, il est furieux ; il se répand en invectives contre le directeur et son théâtre; il s'écrie :
— Itcfuser une pièce comme celle-là!.... où j'avais semé l'esprit a pleines mains! Ce sont des Anes! Ce théâtre-là ne peut pas aller; il n'ira jamais bien. Je sais parfaitement que nous serons reçus et joués ailleurs; mais enfin c'est toujours désagréable de s'être donné la peine de lire pour rien.
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— Vous croyez que nous serons reçus ailleurs t «lit le jeune homme en soupirant.
— Parbleu! est-ce que vous en doutez?
Et, dans l'espace de deux années, le marron a obtenu six leclures. La pièce a été refusée partout, et le jeune homme se décide a prendre son parti, à ne plus songer à son ouvrage, qu'il abandonne au marron, lequel, au bout de plusieurs mois, change le titre de la pièce, et parvient enfin à la faire jouer, comme étant de lui seul, a im des plus modestes théâtres de la grande ville.
Il y a ensuite des hommes de lettres marrons qui travaillent véritablement, qui travaillent même beaucoup, et qui , quoique ne faisant jamais rien de bien, ont la funeste habitude de trouver mauvais tout ce qu'aura fait leur collègue , et croient devoir tout changer •Uns une pièce qu'on leur apporte.
Quand vous avez affaire à ces marrons-là, si vous leur portez |H»ur sujet de pièce Hho cl lÀandre , ils en feront les Aventures de THémaque ; si v ous avez compose un ouvrage sur la Bataille rfc
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Fonlaioy, «lans leurs mains cela deviendra la fondation de Home. Vous aurez beau lire la pièce depuis le commencement jusqu'à la lin. vous n'y trouverez plus une seule de vos idées, de vos phrases, ni de vos pensées ; et malheureusement tout ce que l'on vous donne à la place ne vaut pas ce que vous aviez fait.
Enfin, dans la quatrième catégorie d'hommes de lettres marrons vous trouverez celui qui fait les courses. Celui-là est sans cesse en mouvement; dans la même journée, il va dans quatre, cinq, six théâtres; le soir, il est dans tous; il assiste aux répétitions, aux représentations, aux discussions ; vous le trouvez toujours dans le cabinet du directeur, dans la loge du premier sujet, puis dans les coulisses, puis dans la salle ; si vous alliez vous promener sous le théâtre, certainement vous l'y trouveriez encore. Cet homme-là est partout.
Et partout il crie à l'injustice ; il demande des lectures, il demande des tours; il va de l'un à l'autre, il s'agite sans cesse; dès qu'un directeur passe, il court à lui, \'empoipn; lui prend le bras, l'entraîne dans un petit coin, où il tache de le garderie plus long-temps [tossible, affectant de parler à voix basse et de se donner un air mystérieux pour que l'on croie qu'il a une grande affaire dramatique en train.
Parmi les nombreux hommes de lettres marrons qui doivent nécessairement pulluler dans la grande ville, où le théâtre est devenu presque un commerce, c'est à celui qui fait les courses que nous conseillons aux débutants littéraires de donner la préférence ; avec celui-là, ils auront du moins quelques chances d'être joués.
Nous nous sommes étendus sur ce chapitre, parce que Paris est la grande fabrique de toutes les pièces de théâtre, qui sont ensuite jouées dans les autres villes de France, et parce que maiutcnanl dans la grande ville tout le inonde veut et croit |m>uvoù être auteur.
NOTKK-DAMK I)K LORRTTK.
Dans le sein de la Chaussée ri'Antin, au bout de la rue Laffitle, une charmante petite église, tendue en étoffe bleue, des vitraux gothiques, des peintures de bon goût, des tableaux de nos premiers peintres, des tapis sur les dalles, (Jes chaises qui semblent frottées et vernies , une chapelle simple mais bien décorée ; enfin tout autour de vous un air de bonne compagnie, de confortable, d'aisance * qui fait éprouver à l'ame un secret contentement.
On a dit que les dévotes de Sainte-lurette étaient plus élégantes, plus jolies que partout ailleurs... Ceci n'est point un mal.
On a dit qu'elles étaient coquettes... Si c'est un péché, elles vont sans doute à l'église pour le confesser.
On a dit que les jeunes fashionables du quartier allaient à cette église, parce qu'ils savaient y trouver de jolies femmes.
Mais en admirant la créature, n'adore-t-on pas aussi le Créateur'.'
On a dit une foule de choses!.... car, à Paris, dès qu'un monu-
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ment apparaît, sortant de la li^'ne ordinaire, soit par son architecture, soit pur sa dimension, soit par la manière dont il est déeoré. il faut bien que l'on parle.
Mais n'est-il pas naturel d'embellir, d'orner, de faire un séjoui délicieux de la maison du Seigneur? Et qui donc sera bien logé, si ee n'est eelni qui distribue ici-bas les ebaumières et les ehàteaux! le* cabanes et les palais?