‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 176 sur 214 · I.K IMH I.KVAKT in i itiur · texte numérisé non relu

I.K IMH I.KVAKT in i itiur

cuirait en scène |K>ur jouer son rôle dans Y Eléphant du roi de Siam.

En 1830, la fièvre des conquêtes s'empara du Cirque.

Depuis cette époque, on n'y voit que des batailles. À peine si , par intervalles, on permet aux singes de venir gambader sur la scène et aux lions de Numidie de lécher les pieds de leur dompteur.

Arrière les animaux savanis! vivent les évolutions militaires, les feux de iile et le roulement des caissons ! Vive rFmpereur ! vive Y Homme du siècle!

Et voilà que le héros s'avance, entouré de sa vieille garde et de ses grognards intrépides. C'est bien lui, vrai Dieu! c'est bien son large front et son regard d'aigle. — Crenadiers, en avant! — Le cliquelis des armes et le fracas de l'artillerie se font entendre. Ecoutez la marche pesante des bataillons, le galop des chevaux, le bruit des tambours, le son belliqueux des fanfares. Au travers de la fumée de la poudre, reconnaissez-vous le petit chapeau du roi des batailles? C'est lui! toujours lui! Ce tourbillon doré, qu'il entraîne à sa suit»', est son état-major ; ces plumes flottantes vous annoncent la présence de Murât; voici Larmes, voici Berthier, voici Lobau, les voici tous! Ils conduisent au feu leurs bouillants escadrons : Prussiens, Autrichiens, Russes, l'Europe entière est en fuite!

Quand le combat est fini, quand tout l'Empire a passé sous vos regards, reposez-vous un instant avec les vainqueurs. Asseyez-vous au foyer du bivouac; lorgnez les agaçantes vivandières, au pied leste, à l'œil mutin, aux jupons si courts. Prêtez l'oreille au langage original du grognard, aux saillies des camps, aux quolibets de la caserne... Et, quand le Cirque n'aura plus rien à dire il fera de nouveau parler le canon.

Franconi est un grand seigneur qui a sa maison de ville et sa maison de campagne. Quand les arbres fleurissent, quand la bière est tiède, le directeur fait un signe et la troupe entière, sautant, gambadant, caracolant, vient s'ébattre sous l'ombrage des Champs- Elysées.

Folies-Dramatiques. On voit que nous prenons les t lirait res d'après le rang qu'ils occupent sur le boulevart du Crime et non d'après leur degré d'importance. Ouverte le 22 janvier 1831, la salle des Folies-Dramatiques a, depuis vingt ans, l'outrecuidante prétention de rivaliser avec la cïaî/c, sa voisine, et, depuis vingt ans, elle ne lui a pas enlevé le moindre spectateur. Ifeniaid-Léon s'est ena . :\\

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terré, l'un ne «ait pourquoi, dans ce théâtre obscur. M. Mourier-Valory , directeur des Folies-Dramatiques , est un homme de lettres : nous nous faisons un véritable plaisir de l'apprendre à nos lecteurs.

Théâtre de la Gaîté. J.-B. i\ieolet fut son fondateur en 1770. Deux ans après l'ouverture, il mena sa troupe jouer à Choisy, chez la Dubarry, I^ouis XV fut tellement émerveillé des sauts et gambades des acteurs, qu'il leur donna l'autorisation de s'intituler : Grands danseurs du roi.

Le principal acteur de Sicolet était un singe, qui s'acquit une réputation colossale; voici à quel propos :

Molé, de la Comédie française, tomba malade, et l'on eut la singulière fantaisie de le remplacer par le singe. En conséquence, on lit asseoir l'animal sur un fauteuil, on lui mit une robe de chambre à ramage, on le coiffa d'un Ixumet de coton , noué par un ruban rose, et tout Paris, courut à ce singulier spectacle. Le chevalier de Boufflers chanta cette aventure :

Quel est ce gentil animal

Oui. dans les jours de carnaval,

Tourne a Paris toutes 1rs létes,

Kl pour qui l'on donne des têtes?

Ce ne peut être que Siolel

Ou le singe de Nicolel.

Molvt se trouve ici pour Mole. Partisan de la richesse de la rime, Bouftlerscrut pouvoir se permettre cette licence poétique.

L'animal, un peu libertin.

1 onibe malade un beau matin ; Voilà tout Paris dans la peine, On crut voir la mort de Turennc :

('.«• n'était pourtant que Molet Ou le singe de Nicolet.

O fameux singe mourut, et son maître ne tarda pas à le suivre dans la tombe.

On était alors au règne de la terreur, et la nouvelle administration s'empressa de changer le titre de Grands danseurs du roi pour celui de Gaitv. Certes, un pareil litre, à cette époque de deuil public et d'angoisse universelle, nous fait l'effet d'une ironie sanglante, surtout si l'on considère les pièces que le théâtre jouait alors : Rrutiis, Fcnclon, 1rs Victimes cloîtrées. A quelque temps de là, le successeur de Nicolet sr voyait menacé d'une chute prochaine.

Ï.K BOULBVART M' CRIMK. 2(>7

lorsque le célèbre Martainville le releva par son Pied de mouton.

C'est le même Martainville qui, cité un jour devant le tribunal révolutionnaire, s'entendit appeler de Martainville |>ar le président. — « Citoyen, s'éeria-t-il, mon nom n'a jamais eu les honneurs de la « particule, et je te rappelle a l'ordre ; lu es ici |xnir me raccourcir « et non pour me rallonger ! >

Sommé un soir au café des Aveugles, de chanter mie chanson républicaine, Martainville improvisa le couplet suivant :

Embrassons-non*, ebrrs jacobins.

l.oi>K-ti'in|>s je vous crus «les mutin*' Kl •!«• faux patriotes :

oublions tout, et désormais

honnons nous le baiser de paix. ..

J'oliTai mes culottes !

Le rédacteur en chef du Dm/mut hlanc composa pour la Caitc plusieurs autres pièces féeries ; mais le mélodrame avait envahi le théâtre. On y joua successivement la Tète de bronze, Y llommt delo

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