NE ACTRICE DE SOCIÉTÉ
La Bouillerie-, le vaudeville florissait ; à Royaumonl, chez M. le marquis de Bellissen, on chantait l'opéra italien.
\* liste des théâtres qui touchaient de si près aux salons serait longue ; plus longue serait encore celle des scènes que la manie de la comédie bourgeoise établie dans les classes moyennes, et jusque dans les plus bas fonds de la société. Après la tourmente révolutionnaire, de 1798 à 1806, il y eut à Paris deux cents théâtres bourgeois.
Le plus fameux est celui de Doyen, qui a laissé des souvenirs à la fois si plaisants et si instructifs, si burlesques et si frappants de vérité ; ce sont des annales qu'il faudrait coudre comme appendice aux pages des Romans comiques de Scarron.
Une chose est digne de remarque, c'est que parmi ces théâtres, ceux qui comptaient dans leurs troupes des personnages séparés de la foule par leurs talents et par leur naissance n'ont légué à la scène qu'un très petit nombre de sujets d'élite, tandis que des rangs inférieurs sont sortis beaucoup de comédiens célèbres.
C'est peut-être parce que chez les grands autour desquels se groupaient les artistes, les écrivains, on ne considérait la comédie de société que comme un moyen d'échapper à l'ennui, tandis que chez les petits l'amour de l'art soutenait les efforts et portait dans ces loisirs mêmes la volonté de réussir.
C'est donc à travers ce mouvement qui agitait tous les rangs de la société, de la hase au sommet, que la comédie de salon était venue jusqu'à l'époque où madame de Minbourg la recueillit et l'abrita dans son château, près de Ponchartrain.
Depuis deux ans M. le comte de Cas te liane s'était efforcé de remettre en honneur les mœurs et les habitudes du théâtre de salon : il marchait à la tête de cette renaissance, et toute la noble comédie éparpillée dans les proverbes, les charades en action, les charges, les travestissements et les scènes de paravent, se rendait à cet appel. La troupe du château de madame de Minbourg s'était recrutée parmi les plus ardents ; mais les jeunes femmes, et surtout les demoiselles, ne s'étaient pas encore familiarisées avec l'idée de jouer la comédie; on redoutait dans les études et dans les représentations une certaine liberté de propos et de manières, et des franchises qui paraissaient mal s'accorder avec le respect dû aux conve-
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nanccs. l^s salons, à très peu d'exceptions près, étaienl donc obligé» de chercher leurs jeunes comédieunes parmi les sujets qui se destinaient à la scène. On comprend avec quel ravissement la comtesse de Minbourg apprit les succès d'Anna, et reçut le trésor de grâces de fraîcheur, de jeunesse et de talent que le ciel mettait à sa disposition.
Anna fut accueillie avec des transports d'allégresse; à son arrivée et sans lui donner le temps de se reposer, il fallut quelle se mit à l'étude; les répétitions commencèrent dès le lendemain et la représentation fut lixée pour un des jours suivants! jamais théâtre aux abois ne déploya plus d'activité que l'on en montrait chez la comtesse .
On avait choisi pour composer un spectacle d'apparat, la Fille d'honneur, pièce d'Alexandre Duval ; le rôle principal, celui qui donnait son nom à l'ouvrage, fut naturellement assigné à Anna, madame de Mainbourg, malgré son âge, s'étant réservée pour jouer a une représentation suivante le personnage d'Hortense de Y Ecole des r ieilUirds.
L'embarras d'Anna était grand, c'était la première fois qu'elle se trouvait aux prises avec une épreuve aussi redoutable que celle qui lui était imposée : les rôles qu'elle avait joués dans les solennités de la pension étaient bien loin de celui qu'il fallait maintenant aborder; elle recula d'épouvante. Des conseils affectueux et des encouragements l'entourèrent de toutes parts, et chacun s'empressa de lui offrir le concours de ses propres lumières. Anna crut que, dirigée par l'expérience de personnes accoutumées à se prononcer sur le mérite des acteurs et des pièces de théâtre de Pans, elle pourrait surmonter les difficultés qui l'effrayait ; ainsi soutenue et fortiliée, elle parvint à faire taire sa timidité et se sentit presque téméraire. Mais dès les premiers avis qui lui furent donnés, elle s'aperçut tout de suite que ceux qui prétendaient affermir et conduire ses pas n'étaient pas plus habiles qu'elle-même à marcher dans la voie dramatique: la faiblesse de ses prétendus appuis lui rendit toute sa confiance: elle joua naturellement et joua bien.
Chaque représentation était pour elle une nouvelle occasion de succès ; elle excella dans tous les genres. Le vaudeville parut aussi satisfait de ses efforts que l'étaient le drame et la comédie.
cne actrice de société
Anna fut bientôt la petite reine du château ; la comtesse de M m bourg, sa protectrice, écrivit elle-même aux parents «le la jeune tille, et d'un commun accord il fut décidé qu'elle serait présentée aux débuts de l'hôtel de Castellane : c'était le Théâtre-Français île la coihédie de société.