‹ La grande ville (volume 3)Chapitre 207 sur 214 · RELEVER PAR PHRYNÉ · texte numérisé non relu

RELEVER PAR PHRYNÉ

La condition parut trop dure aux Thèbains, et l'offre de la courtisane fut refusée.

Mil HT IS AM- S.

Phrvné affectait des apparences pudibondes : sa tunique monlail jusqu'au cou et n'était point fendue sur les cotés: mais un jour, comme tout le peuple, célébrant les fêtes d'Kleusis, était rassemblé sur le rivage, elle s'avança jusqu'au bord de la mer, commença par dénouer ses beaux cheveux, qui descendaient jusqu'à ses genoux, puis laissant tomber l'un après l'autre jusqu'à son dernier vêtement elle s'avança lentement dans les flots, à cet endroit même où la tradition disait que Vénus avait abordé le jour de sa naissance; cette scène valut deux chefs-d'œuvre à la Grèce : Apelles et Praxitèle étaient là. Apellcs lit sa Vénus sortant des ondes. Praxitèle sa Vénus de Guide.

Praxitèle devint amoureux de son modèle.

— Prenez-moi pour amant, dit-il à Phryné, et je vous donne nia plus belle statue.

— Quelle est votre plus belle statue? demanda Phryné.

— Oh! ceci, c'est mon secret, répondit Praxitèle.

Trois jours après, Praxitèle était chez Phryné: un de ses esclaves entre tout effaré :

— Maître! dit-il, maître! accourez vite; le feu est à l'atelier.

— Sauvez la statue de l'Amour! s'écrie le statuaire.

— C'est bien, «lit Phryné en donnant sa bourse à l'esclave, tu as joué ton rôle à merveille, et je te remercie; Praxitèle, je choisis la statue de l'Amour.

Praxitèle s'exécuta de bonne, grâce, et le lendemjjn le chefd'œuvre du sculpteur était chez la courtisane, qui en lit don a Thespie, sa ville natale.

Corinthe fut moins Itère que Thèbes : elle dut à Phryné une partie de ses plus beaux édifices.

I n crime, entraînant la peine capitale, amena Phryné devant le tribunal des héliastes. Qu'avait fait lu belle Thespienne? Les uns disent qu'elle était accusée de ruiner et de corrompre les Grecs, les autres «lisent qu'elle avait profané les mystères d Eleusis. L'orateur Hyperides, son amant, la défendait ; mais toute son éloquence allait échouer devant la rigueur du tribunal, les juges ouvraient la bouche pour prononcer la sentence de mort; Hyperides arrache d'une main le voile de Phryné, et de l'autre sa tunique : son visage et son sein apparaissent à la fois aux yeux des juges, et Phryné est absoute à l'unanimité.

COIRTISANF.S. 377

Ce ne fut pas le (oui : une fois Phryné absoute, on lui vota une statue d'or; une fois la statue fondue, on ia plaça dans le temple de Delphes, entre les images de deux rois : l'un de ces deux rois était Archidamas, roi de l,acédémone, l'autre était Philippe, fils d'Amynthas.

On écrivit sur la base, qui était de marbre penthétique :

Phryné dk Thbrimk, fille n'FiMr.Lfis.

I^aïs était aussi une familière. Lais, à qui la Vénus noire de Corintlie (Melanis) était apparue les mains pleines d'or, de perles el de diamants, comme pour lui dire que Ja fortune l'attendait dans cette ville.

Elle raconta son réve; mais personne ne put l'expliquer. Laïs était Sicilienne, née à lliccare, près d'Agrigente. Quelle probabilité que Laïs allât jamais à Corintlie?

Nicias se chargea d'accomplir la prédiction. Apres avoir pris Agrigente, il prit lliccare, réduisit tout le peuple en esclavage, emmena Laïs dans le Péloponèse, et la vendit à je ne sais quelle vieille femme qui en fit sa servante.

lTn jour elle allait puiser de l'eau au bord d'une fontaine; Apelles, qui faisait une orgie avec quelques uns de ses amis, la vit passer, glfccieuse et flexible, portant avec un geste plein de grâce une amphore sur son épaule.

Il sortit, prit la jeune esclave par la main et l'emmena dans la salle du festin.

— Qu'est-ce que cela, s'écrièrent les convives, une jeune fille timide, modeste, rougissante ; tu es fou, A pelles : c'était une courtisane qu'il fallait nous amener.

— C'est bien, laissez-moi faire, dit A pelles; je la formerai, et je vous promets qu'elle ira loin.

Cette fois le peintre était prophète.

En effet, trois ans après, l^iïs était la rivale de Phrvné ellemême.

Lorsqu'elle allait au temple de Vénus, le peuple la suivait en disant que c'était la déesse elle-même qui était descendue sur la terre.

(Ol'HTISANKS.

(Vêtait l'époque de la division des écoles, et des disputes enire les sectes cynique, péripatétitienne, stoïque, épicurienne : les chefs de chacune de ces époques se réunissaient dans le boudoir de Laïs. On vantait un jour devant elle l'austérité des philosophes : — Je ne sais pas, dit-elle, si les philosophes sont plus austères que les autres hommes ; mais ce que je sais, c'est qu'ils sont aussi souvent à ma porte que les autres Athéniens.

Mais Athènes la molle, reine de l'Ionie, n'était pas encore assez voluptueuse pour l^iïs ; ce fut Corinthe qu'elle choisit : ce fut dans cette ville qu'elle mit un tel prix à ses faveurs, que l'antiquité nous a gardé le proverbe auquel elle a donné naissance : Ne va pas à Corinthe qui veut.

Veut-on savoir quel était ce prix qui effraya Démosthènes? c'était quatre mille francs de notre monnaie.

— Je n'achète pas si cher un repentir, dit l'illustre orateur en se retirant.

Cela prouve que du temps de Laïs, comme du nôtre, les avocats n'étaient pas généreux. Quatre mille francs, c'est ce que donne le lils d'un agent de change à une fille de l'Opéra.

Mais hatons-nous de le dire à la louange de Laïs; si elle faisait payer cher aux uns, elle donnait gratis aux autres. Iji belle Hiccarienne usait du droit que se sont arrogé les jolies femmes, d'avoir des caprices ; malheureusement l'histoire qui nous a consacré son avarice à l'endroit de Démosthènes, a consacré sa libéralité en faveur de Diogène le cynique ; et si Laïs n'entra point dans le tonneau de Diogène, Diogène entra du moins dans le boudoir de l^aïs.

Cette condescendance encouragea le sculpteur Micon qui, à soixante-dix ans, était amoureux de la belle sicilienne. 11 se présenta chez elle, mais Laïs l'éconduisit en le raillant sur son étrange prétention. Micon attibue sa mésaventure à ses cheveux et à sa barbe blanche, teint sa barbe et ses cheveux en noir, et se présente le lendemain chez Laïs.

— Mon ami, lui dit la courtisane en lui tournant le dos, vous êtes fou de venir solliciter une pareille chose.

— Et pourquoi cela? demande Micon.

— Parce que je l'ai déjà refusée hier à votrw père.

Mais au milieu de cette foule d'adorateurs, un seul homme reste insensible; c'est le philosophe Xénocrate. Vu soir, dans un souper.

COURTISANKS. 37£

Aristippe et Diogène raillaient Uïs sur le peu de pouvoir de ses charmes,

— Je parie triompher de sa froideur, dit I-aïs.

Diogène et Arislippe, ses amants, tiennent tous deux le pari.

Lais se lève de table, et s'en va toute courante et tout écliévelée pousser la porte du philosophe ; elle pénètre dans les appartements, criant qu'elle est poursuivie par des assassins, parvient jusqu'à la chambre de Xénocrate, l'aperçoit dans son lit et va se réfugier dans sa ruelle.

Xénocrate devine l'intention de l>aïs, sourit et se retourne de l'autre côté.

Tout ce que le regard a de promesses, tout ce que la parole a d'enivrement, tout ce que le sourire a de provocations fut mis en œuvre par la séduisante Circée; mais sourires, paroles, regards, tout fut inutile; la voluptueuse sirène, insinuante ou emportée, nymphe ou bacchante, ou serpent, ou lionne, épuisa ses enchantements, sans obtenir de Xénocrate le moindre retour, et pourtant deux heures s'écoulèrent, pendant lesquelles elle resta enlacée à >se« bras, cote à côte, et dans le même lit que lui.

COUKTISANKS.

Au bout de deux heures Diogène et A ristippe entrèrent.

— Paie, l^iïs, dirent-ils, tu as perdu.

— Vous vous trompez, dit la courtisane : Je ne vous dois rien, j'avais parié animer un homme et non pas une statue.

Comment mourut Lais? Les auteurs anciens ne s'accordent point là-dessus : les uns la font mourir vieille et misérable, après avoir dédié son miroir à Vénus, ce miroir qui lui était devenu inutile, car elle ne voulait plus s'y voir telle qu'elle était, et elle ne |>ouvait plus s'y voir telle qu'elle avait été".

Les aulres la font mourir jeune, et par un excès de plaisir.

D'autres prétendent enfin qu'emmenée en Thessalie par un amant pour lequel elle quitta Corinthe, elle fut assassinée dans un temple de Vénus par des femmes jalouses de sa beauté.

Tout cela prouve seulement qu'il y eut plusieurs Laïs comme il y eut plusieurs Hercules et plusieurs Orphées.

favorites.

'NIAIS , l'H.IIIOMl K, HA< < IIIS, MITTO.

'l'hais était Athénienne ; elle suivit Alexandre dans son expédition des Indes : ce fut elle qui, à la suite d'une orgie, excita le vainqueur de Darius à brûler Persépolis.

A la mort d'Alexandre, elle tomba en partage à un de ses généraux. Ce général était Ptolémée. Ptolémée hérita de l'Égypte. Il aimait Thaïs et l'épousa. Thaïs se trouva donc reine.

Ptolémée en eut trois enfants, deux fils, Leontiscus et Lagus, et une fille nommée Irène, qui épousa Solon, le fortuné roi de Chypre.

Pilhionice était l'esclave de Bacchis, esclave elle-même de Synope, et joueuse de flûte. Synope était née à Égine, transporta d'Egine a Athènes le Dicterions à la tète duquel elle était, (je fut chez cette Synope qu'Harpalus vit Bacchis, en devint amoureux et l'acheta.

Cherchez dans Posidonius et dans Théopompe, et vous verrez toutes les folies que lit pour elle, tant qu'il vécut, son riche et généreux amant, et lorsqu'elle mourut, il employa deux cents talents à lui faire bâtir un monument

COl'RTLSANfcS.

Ce monument était sur le chemin d' Al hènes à Eleusis, et situé juste à l'endroit d'où l'on pouvait découvrir les temples et la citadelle.

Mitto naquit en Phocide : sa mère mourut le jour même de la naissance de son enfant.

ta jeune Mitto restée orpheline et pauvre, fut élevée par charité ; mais à peine l'enfant put- elle se connaître qu'elle comprit qu'elle était belle, et la beauté, en Grèce surtout, était une fortune.

In accident manqua flétrir cette beauté. Elle avait neuf ans à peine lorsqu'une tumeur se déclare au menton et s'étend bientôt à une partie de la joue : pauvre et ne pouvant payer les soins d'un médecin, Mitto reste alors sans secours : le mal fait des progrès; Mitto voit sa beauté menacée. Sa beauté, c'était sa seule espérance, son seul avenir. Pourquoi vivre si elle n'est plus belle* Mitto se décide à se laisser mourir de faim.

Pendant deux jours et une nuit la courageuse enfant essaie d'accomplir le projet qu'elle a résolu, lorsque tout à coup, au moment où étendue sur son lit, ses yeux se ferment de lassitude et de besoin, Vénus, sous la protection de laquelle tout enfant elle s'est mise, descend à son chevet et lui montre au pied de son autel des roses desséchées dont elle lui enseigne la propriété. Mitto se lève, court au temple de la déesse, ramasse les roses flétries qu'elle trouve au pied de sa statue, les applique sur son menton et sur sa joue; trois jours après la tumeur avait disparu, et Mitto était restée la plus belle des jeunes filles de la Phocide.

Ce fut cette même Mitto qui, protégée par Vénus sans doute, devint la favorite de Cyrus; après la mort de Cyrus, la maîtresse d'Artaxerce, et après la mort d'Artaxerce, prétresse du soleil h Kcbatane.

Pl)ilpôppl)es».

LKOVUl II. — • SAI'liO. ASI'ASIK.

On ne sait presque rien de Leonlium, si ce n'est qu'elle fut la maîtresse d'Épicure. I ne lettre de cette courtisane indique qu'Épicure était déjà vieux lorsqu'il devint amoureux d'elle, et que sa jalousie était insupportable à la belle philosophe.

Tout le monde connaît Saplio la Lesbienne, mascuUi Saplw,

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