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Parfois, lorsqu'il ne se sert pas tout simplement du mot anglais, le Jockey-Club cherche à anglaiser la langue française ; ainsi, de l'expression disquali/ied employée pour désigner un cheval frappé d'indignité et exclu de l'hippodrome pour un motif quelconque, il a fait le mot disqualifié dont il se sert fréquemment dans ses règlements de courses.
On anglaise encore la langue française au moyen d'une prononciation britannique; par exemple, la consonnance on n'existant pas dans la prononciation anglaise, nos sportsmen pur-sang ne disent point conrscs, mais rurscs.
Les carscs donc sont la grande affaire du Jockey-Club; de même que son illustre modèle d'Angleterre, il règne en autocrate au Champ de Mars et sur la pelouse de Chantilly.
Son opulence lui permet de fournir plusieurs des prix à disputer; le steward ( juge de courses) est toujours choisi parmi ses membres.
l e Club jouit en outre dans ces solennités olympiques, du privilège d'occuper une charrette d'honneur.
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C'est en effet sur un véhicule de ce genre, placé en face du poteau servant à marquer le but de la course, que s'installe l'élite des sommités du sport ; c'est là que réagissent vivement toutes les péripéties de la lutte hippique ; c'est là que s'établissent des paris nombreux et animés. Les planches de la charrette sont transformées en succursale de la llourse, où la fortune est attachée aux jambes aléatoires, d'un cheval.
Aux courses anglaises, les paris ne sont pas circonscrits dans le cercle de la fashion; tous les assistants prennent plus ou moins de part à ce genre d'agio. Pour le Derly Stukes (grand prix d'Epsom) il y a souvent près de quarante mille livres sterling (un million) d'engagé. Aussi s'est-on efforcé en Angleterre d'assurer par toutes sortes de garanties l'acquittement des paris; on en a fait un point d'honneur, et il est admis que les dettes de turf sont encore plus sacrées que relies de tout autre jeu. Les noms des gentlemen convaincus de banqueroute olympique, sont, après un délai de trois mois, affichés dans tous les lieux de réunion du sport et cloués ainsi à une espèce de pilori, l^ur déshonneur rejaillit même sur leurs chevaux, qui sont déclarés indignes de ligurer dans aucun hippodrome.
A chaque course, le steward nomme un trésorier et un greffier spéciaux, chargés de recevoir en consignation l'argent des parieurs et d'enregistrer les paris. Kn France on est moins formaliste et moins rigoureux sur ce chapitre. .Nos sportsmen ont un portefeuille de courses qu'ils appellent boock (toujours de l'anglicisme), et sur lequel ils inscrivent leurs paris. Cette inscription suffit pour constituer un engagement fait double entre les parties. Les sommes engagées sont loin d'ailleurs d être aussi exorbitantes qu'en Angleterre : elles ne s'élèvent qu'à quelques louis ; c'est la seule monnaie qui ait cours en pareille solennité dans le beau monde ehml. I n sportsman qui s'aviserait de dire : « Je parie 600 fr. » au lieu de « je parie vinq-cinq louis, » ferait scandale. La toute-puissance du Jockey-Club a obstinément refusé jusqu'à ce jour de s'incliner devant la loi qui rend obligatoire l'emploi de la monnaie décimale.
On prétend même que pour certains jeunes sportsmen plus fastueux que bien reniés, ces louis ne sont qu'une monnaie conventionnelle signifiant tout simplement une vulgaire pièce de vingt sous ou même un simple cigare.
On sait que les chevaux de courses reçoivent tous un nom pa-
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tronimique ; les profanes ne se doutent pas que le choix de ces noms de quadrupède esl considéré dans les régions du sport, comme à peu près aussi importanf que le litre d'un ouvrage littéraire ou dramatique. C'est également une affaire de mode ; il y a cinq ou six ans, le bon genre était de donner aux pouliches de courses des noms d'actrices célèbres (usage qui. par parenthèse, scandalisait quelque peu les vieux soutiens de l'antique galanterie française). On lisait sur les programmes du Champ de Mars les nomsde Dèjazet, de Taglioni, «le Fanny Flsslcr, de Jmny t'rrt/>rc\ etc. Aujourd'hui nos sportsmen s'en tiennent presque exclusivement aux baplistaires anglais, et ils donnent de préférence des noms de chevaux célèbres en Angleterre, tels que Plarer, fterrltcr, etc. Ils ont également adopté une autre mode britannique, qui consiste à ne pas nommer du tout cl à se servir «le désignations telles que celles-ci : Hai-rolt hy Plenifm, lisez: • Poulain bai, fils de Pléniftotentiaire. » — Mark Fillyy lisez: « jument noire (\). Lors de l'apparition des Mémoires de madame Ijifarpe, le sport a ri de la singulière idée qu'avait eue I héroïne du Glandier, d'aller chercher un nom à terminaison polonaise pour donner un genre arabe à sa jument favorite, qu'elle apjielait Arabska.
Pour compléter nos révélations sur les graves futilités de la iashiou hippique, nous dirons qu'il est très anglais de donner à un |M>ulain de course un nmn qui rappelle par analogie celui de son père ou de sa mère. Exemple : I n lils de Itoyal Oark (Chêne royal i s'appelle Oack Stick (Branche de chêne); un autre descendant a reçu le nom de The chip of the old Hlock ( fragment du vieux Tronc) ; — Décoction avait pour mère Salsepareille ; — Paradoxe a eu pour fils II frêne et Sophisme ; — iMtny (Ixtterie) s'est vu père, en Angleterre, de Chance (Hasard), et en France de (Jaine, de (Jaaterne, d'Extrait et de Tombola; — S/tcctrc a engendré Mèphistttfda'lés, /invitant, et il était lui-même fils de Fantôme; — Contrebandier a donné le jour à Gabelon ; enfin, Pèche mortel est fils de Contrition. ( Cn théologien ferait sans doute observer qu'il devrait en être tout le contraire.)
Citons encore une des sérieuses préoccupai ions qui prennent naissance sur le terrain des courses. On prétend qu'il s'est formé dans le sein du jockey-club trois partis en façon de Guelfes et de Gibelins, au sujet de la manière de donner le signal du dépari aux
li Km français l'aiionyinr s*- itcNi^nt' de la façon suivante X — |»cli. btir.. « r • lui siKiiilit» >**', |kmiI ïcIm* hai-ln-iii»- ; N — p I» . «■ Vsl a-tlirr V, |N»uhiu bai . el» 4. o2
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coureurs. Voici ce qui divise profondément ces Irois partis : le premier veut qu'on dise, partez en français; le second, que l'on dise partez en anglais (go on); enfin le troisième, que l'on ne dise rien du tout, ainsi que cela se pratique actuellement en Angleterre, où les jockeys sont chargés de s'entendre entre eux pour partir ensemble.
Faire courir, c'est-à-dire acheter ou élever des chevaux de course est le née plus ultra du genre sportsrnan. Mais c'est une gloire excessivement dispendieuse; l'entretien d'un haras particulier absorbe des sommes exorbitantes, et les pur-sang sont cotés à des prix fabuleux. Ajoutez à cela les soins tout spéciaux, le nombreux personnel domestique (exclusivement composé d'Anglais), la nourriture recherchée qu'exigent ces sortes de chevaux ; enfin, les frais d'eutraînemenl ( 1) qui durent souvent pendant deux ans, à six francs par jour. Ce dernier chapitre seul constitue donc une dépense annuelle de 2,lî)0 fr. On voit que l'instruction d'un poulain de course coûte beaucoup plus cher que l'éducation d'un fils.
Le tapis sablé de l'hippodrome n'est pas moins ruineux que le tapis vert des maisons de jeu, et déjà il a vu disparaître un grand nombre d'opulents patrimoines.
Sut* trois cents tneinlues du Jockey -Club o« n'en compte que neuf qui font courir. Ce sont MM. Fasquel. Achille Fould, Antony llotschild, de lieauveau. Lupin, Kr. Sabalier, Pontalba, ÏVwregftux, et lord Henri Seymour. Beaucoup d'autres lauréats du Champ de Mat* et de Chantilly, tels que MM. Kugène Aumont, Marion, Leuiaître-Muparr, etc., n'appartiennent pas a 1 illustre club. A oe propos nous ferons observer <|tte> dans cette» société qu'on |x>nrrait croire, d'après son titre, exclusivement composée d'hommes hippiques se trouvent beaucoup de membres tout -à-fait étrangers aux exercices pratique* du cheval. Les sporlsmen négatifs dont not» parlons peuvent se ranger en deux classes : f ceux qui, sans jamais mettre le pied a lelrier, se montrent aaskkiment aux courses, et glissent de temps en temps dans la conversation le nom d'un pur-sang célèbre; 2" ceux qui cultivent le cheval comme on a dit qu'un nouvel académicien cultivait la littérature, c'est-à-dire d'une façon très discrète. Ces amateurs mystérieux et platoniques possèdent de fringants chevaux de selle et de brillants attelages,
(») HHtrainrr un eneval, »*Vsl le pousser graduellement jusqu'à ce qu'il parvienne à son dernier degré de vitesse, tout en l'enveloppant ne couvertures de laine attn de le dépouiller de tenir graisse siijm'iHiu-. et «le le réduire à sa plus simple expression lunsenlsMie.
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niais il est impossible de s'en douter, si ce n'est lorsque leur appartement est à louer, et qu'on peut visiter leurs écuries, ou bien encore en apercevant leur chiffre ou leurs armoiries sur les couvertures de superbes coursiers que des grooms promènent à sept heures du matin. Quant aux maîtres de ces trésors hippiques, ils ne sortent jamais qu'en remise ou en cabriolet de place.
Il est juste cependant de reconnaître que le Jockey-Club compte parmi ses membres une grande partie des illustrations actuelles du sport français, qui sont MM. de Normandie, de Vaublanc, Kdgar Ney. prince de la Moskowa, Allouard, lord Seymour. de Curnieu, de Miramont, Perregaux.de Cmï, Sabalier, Krnest Leroy, de Tournon, Lecoulteux, Charles Laflitte, de I ,a Valette, etc.
I.e Jockey-Club a tenté d'introduire en France tous les usages des fsfulleitêên-ridrrs (\) d'outre-Manche ; mais Us tuteurs et le caractère national moins prompts à se transformer sous l'influence de l'anglomanie, ont refusé d'accepter la plupart de ces importations britanniques. Ainsi, quoi qu'on en ait fait, les courses n'excitent encore dans les masses qu'un intérêt très médiocre et très borné. On serait même tenté de croire, d'après ce qui s'est passé l'année dernière aux courses d'automne de Chantilly, «pie cet intérêt, bien loin de s'accroître, va au contraire en saflfaiblissant. Ainsi encore les Stn/)U-Clta.s<s (courses au clocher) ont vainement essayé de se naturaliser de ce cAté-ci du détroit. Le public français n'a pu comprendre le but, l'utilité et le charme de cet exercice de casse-cou, de ces chutes fangeuses ou sanglantes de chevaux et de cavaliers. Après une douzaine de représentations, qui toutes ont fait fiasco, le (bélître de la Croix-de-Horny a été d< Tuiiiivement abandonné.
On sait que le (teuple anglais est généralement possédé de la monomanie des paris. Cette passion s'exerce surtout dans le cercle du monde hippique. Kn dehors de l'agio énorme et continuel auquel donnent lieu les courses publiques, des paris particuliers s'établissent journellement sur des tours de force de vitesse chevaline ou d'habileté équestre. Par exemple, un cheval anglais nommé Tom- T/tomb a fait, attelé, quarante lieues anglaises en neuf heures et demie ; un M. t Isbaldeston a gagné des paris considérables en faisant quatre-vingts lieues en neuf heures et quart sdr un certain nombre de chevaux disposés en relais. Dans ce genre de paris, comme partout,
(I) Expression l>i itaimi«|iic à |kmi près synonyme de s|»ortsmen, el t|ui signifie gentilshommes cnvoHcrs.
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le caractère britannique se livre souvent a son goul pour les excentricités. Nous nous bornerons à eiter, comme échantillon, le jeune marquis de Waterford, tfiii dernièrement a parié de sauter à cheval une barrière de quatre pieds et demi dans sa chambre à courber.
Nossportsiuen ont voulu, eux aussi, se lancer dans les paris excentriques. On a parlé d une partie de billard jouée à cheval dans une des salles du Jockey-Club; mais il y a vingt-cinq ans qu'un écuyer français avait surpassé en ce genre les Anglais eux-mêmes. En 1817. M. Testil de Brizzi paria d'exécuter sur son cheval une ascension en ballon. L'aréostal fut lancé du plateau de Meudon; la monture eJ le cavalier sortirent sains et saufs de cette périlleuse entreprise.
Le sport français devait également se faire une loi d'emprunter ii son modèle d'Angleterre un de ses plaisirs favoris, nous voulons parler des grandes chasses à courre. Grâce à son opulence, l'aristocratie anglaise peut se livrer a ce divertissement avec tout le luxe et le faste qu'il eoinjKnte essentiellement. On compte en Angleterre plus de deux cents magnifiques équipages de chasse. Ajoutons que les Netnrods britanniques si; font mi point d'honneur de ne reculer devant aucun obstacle, de franchir tous les murs, les haies et les fossés qui peuvent se présenter; un bras démis, une cote enfoncée, ne sont pas même une excuse suffisante pour quitter la partie.
De celle façon le chasseur est souvent plus exposé que le gibier.
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Les sporlsmeu français n'ont pas cru devoir, el avec raison, adopter ce système d'inutile bravade, grâce auquel on ne saurait entrer en chasse sans avoir fait préalablement son testament. .Mais sur d'autres |>oints beaucoup plus essentiels, l'imitation anglaise n'a pu Atre complète. Plusieurs de nos jeunes lions ayant la prétention de ivtirir la cha.ws, sont obligés, en raison de leurs minces fortunes, de former des es|>èces de sociétés en participation et en commandite, pour se procurer deux ou trois couples de chiens d'espèce douteuse, un piqueur a|>ocrvphe, voire un cerf de louage, de recourir en un mot à ces expédient eronomi<|ties dont la mesquinerie ressort encore davantage lorsqu'ils s'appliquent à des choses de luxe.
Il existe cependant aujourd'hui en France quelques équipages de chasse au grand complet et un certain nombre d'habiles et hardis chasseurs. Nous citerons entre autres les princes de Chalais et de Wagram, M.M. Shickler, de l'Aigle, de Perthuis, de Mac-.Mahoii , de Nanteuil, de Lincosme-llrèves, de Coisliu, de Plaisance, de Greft'euilh, etc.
Au Jockey-Club el dans le monde du sport, la considération sociale se mesure assez souvent au nombre de chevaux que l'on possède, au luxe et à la réputation des écuries. Aussi nos gentlemen-riders attachent-ils la plus grande importance à n'avoir chez eux «pie des eoursiers d'une noblesse authentique el comptant pour le moins